2016 : les dix principaux risques

Vous vous demandez si le monde n’a jamais été aussi risqué? Cette impression est légitime, tout particulièrement durant les périodes où nous sommes exposés à un flot presque quotidien de mauvaises nouvelles. Pour mettre les choses en perspective, les Services économiques d’EDC évaluent périodiquement les dix principaux risques pays auxquels est confronté le Canada. Dans ce propos, nous nous penchons sur l’évolution de la conjoncture mondiale depuis notre dernière évaluation et mettons en lumière certains risques extrêmes dont vous devriez tenir compte.

Tout d’abord, au Sud de la frontière souffle indéniablement un vent favorable à la montée du protectionnisme et au renforcement de la réglementation. Les références à l’Amérique forteresse dans les discours de la présidentielle américaine ont hissé cet enjeu à notre palmarès des risques. Selon notre plus récente analyse des scénarios envisagés en fonction de l’issue du scrutin, il y a une forte probabilité que le Congrès empêche l’un ou l’autre des candidats de donner suite aux promesses les plus hardies en matière d’économie et de commerce. Malgré tout, les États-Unis dans l’ensemble s’engageront de plus en plus sur la voie de l’isolationnisme. Quelle en serait l’incidence pour les entreprises canadiennes? En toute probabilité, le gouvernement américain prendrait des mesures plus vigoureuses pour corriger ce qu’il perçoit comme des déséquilibres commerciaux, mais il n’entamerait aucune renégociation de l’ALENA, loin de là. Cependant, il y a un risque plus grave : celui que le Congrès n’approuve pas le Partenariat transpacifique en raison du sentiment anti-commerce avivé durant la campagne électorale. En effet, les élections américaines semblent accentuer le mouvement populiste contre la mondialisation, où des enjeux tels que les inégalités salariales occupent le devant de la scène. Ce contexte contribue à amplifier l’augmentation du risque politique dans le monde développé.

L’effondrement de l’UE : Au fil des ans, le continent européen est devenu le théâtre de crises quasi incessantes. Alors que la croissance semblait enfin prête à redécoller dans cette zone tourmentée, le Royaume-Uni a secoué les marchés financiers mondiaux en votant, le 23 juin, pour une sortie de l’Union européenne. Les retombées économiques et politiques définitives du Brexit seront déterminées en fonction du caractère « douloureux » ou « amical » de la procédure et quand celle-ci aura lieu. Chose certaine, l’incertitude engendrée par le vote assombrit les perspectives à court terme. L’après-Brexit, qui a déjà des répercussions sur les projets des investisseurs, devrait retrancher jusqu’à 8 % aux exportations canadiennes vers le Royaume-Uni en 2017. Ce vote a aussi cristallisé au sein du continent un scepticisme envers les institutions supranationales censées renforcer les relations transfrontalières, ce qui a alimenté le nationalisme. Ce sentiment pourrait bien compliquer la ratification d’accords commerciaux multilatéraux, notamment le fameux Accord économique et commercial global (ou AECG). L’accord, s’il est ratifié pendant le sommet Canada-UE prévu en octobre, stimulerait sensiblement les exportations canadiennes à destination de l’UE.

La crise bancaire italienne : Comme si cela ne suffisait pas, cette crise fait peser une nouvelle menace sur la zone euro. Selon les estimations du FMI, les banques italiennes seraient plombées par 360 milliards d’euros de créances douteuses, soit environ le tiers du total de la zone euro. Au cœur du problème, on trouve des prêts consentis par des banques au bilan chancelant à des entreprises en difficulté, et ce, alors même que la croissance est en panne. Les banques italiennes ont besoin d’injections immédiates de capitaux pour restaurer la confiance des investisseurs. Or, les règles actuelles de l’UE régissant le secteur bancaire interdisent toute aide publique directe. Pour le premier ministre Renzi – qui subit déjà des pressions puisque son train de réformes constitutionnelles sera prochainement soumis au référendum –, le temps presse pour trouver une solution. Si l’issue est défavorable, ce risque pourrait avoir des effets plus importants que ceux du Brexit.

La crise économique en Chine : D’après nous, ce risque demeure parmi les plus élevés, même si les nouvelles en provenance de Beijing sont moins alarmantes. Ce risque reste modulé par la difficile quête du Parti communiste de concilier la croissance à court terme et la transformation de l’économie à moyen et à long termes. Le constant recours, par le gouvernement, à des mesures de relance monétaires et budgétaires pour éperonner la croissance accentue aussi les risques pour le secteur financier. Vu les répercussions générales d’une crise chinoise sur l’économie, nous surveillerons de près la progression de ce risque.

La bombe de la dette japonaise : Ce risque, qui nous préoccupe depuis longtemps, figure aussi à notre palmarès des principaux risques. De fait, il est évident depuis un bon moment que la dette publique japonaise (elle s’élève à 250 % du PIB) n’est pas viable. Une évolution de la perception des risques sur les marchés à moyen terme aurait de profondes conséquences sur les immenses besoins en financement du Japon. Comme on l’a indiqué le printemps dernier, l’éclatement d’une crise financière au Japon serait ressenti à l’échelle du globe. Comme aucune nouvelle mesure probante n’est attendue dans un avenir prévisible, la probabilité que ce risque se réalise continuera d’augmenter.

Conclusion?

Dans l’ère de l’après-récession, la présence de multiples risques pays plus élevés est malheureusement devenue la norme. Pour les exportateurs, il est primordial de comprendre non seulement l’incidence négative de risques conjoncturels toujours plus complexes, mais aussi les occasions que ce contexte présente. Voilà ce qui a présidé à la création de l’Analyse trimestrielle des risques pays – dont la nouvelle livraison paraît aujourd’hui.

Catégories Propos de la semaine

Comments are closed.

Affichages connexes