Accord commercial entre le Canada et l’Ukraine : Ce que les exportateurs doivent savoir, selon les experts d’EDC

Accord commercial entre le Canada et l’Ukraine : Ce que les exportateurs doivent savoir, selon les experts d’EDC

Dans les mots d’Andriy Shevchenko, ambassadeur d’Ukraine, le commerce entre le Canada et l’Ukraine est « quasi-inexistant ». L’envoyé espère toutefois que l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange Canada-Ukraine (ALECU), le 1er août, changera la donne.

En 2016, les échanges commerciaux entre ces deux pays ne représentaient que 372 millions de dollars. M. Shevchenko est convaincu que le Canada, un pays du G7, et l’Ukraine, qui compte 45 millions de consommateurs, peuvent faire mieux.

Les experts d’Exportation et développement Canada (EDC) sont du même avis. Olga Vovk, directrice régionale principale d’EDC pour l’Europe occidentale et l’Ukraine, voit du potentiel dans le secteur agroalimentaire –« très solide dans les deux pays » – ainsi que le potentiel de l’équipement dans toute la chaîne de valeur, des terminaux portuaires aux silos, en passant par la récolte et l’entreposage du grain. Les entreprises canadiennes pourraient aussi fournir tout le nécessaire dans le secteur du pétrole et du gaz naturel, des plateformes de forage à l’équipement destiné aux pipelines.

Les technologies de l’information et des communications sont un secteur en pleine croissance, et l’Ukraine s’est démarquée comme centre d’externalisation. Les entreprises canadiennes font d’ailleurs déjà appel aux experts en TI de l’Ukraine.

Mentionnons aussi le secteur de l’énergie renouvelable, fort prometteur selon Mme Vovk.

« L’Ukraine augmente ses capacités éolienne, solaire et de biomasse. Le gouvernement a pris un engagement clair envers l’énergie renouvelable. Dans les sept à dix prochaines années, les occasions d’investissement intéressantes abonderont, assorties de mesures d’incitation comme des remises en argent aux consommateurs générant de l’énergie verte. L’Ukraine doit cependant se réformer davantage pour respecter les normes internationales et rendre les transactions bancables et attrayantes pour les investisseurs étrangers. Si certaines occasions seront intéressantes pour les PME et les petits investisseurs, les grands parcs éoliens et solaires devront trouver des bailleurs de fonds », explique-t-elle.

Selon son collègue, l’économiste principal Richard Schuster, l’investissement direct à l’étranger présente du potentiel. Par exemple, si l’Ukraine intensifie son exportation agroalimentaire, les entreprises canadiennes pourraient s’occuper de la transformation et de la distribution. L’économiste ajoute que l’ALECU facilitera l’exécution des contrats, mais que l’ingérence de l’État demeure préoccupante.

« Cela reste à voir. Pour l’instant, les exportations agroalimentaires de l’Ukraine sont surtout en ex-URSS et en Europe occidentale, mais la situation pourrait changer radicalement. Les pays riches du golfe Persique, comme l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis, importent tous beaucoup en agroalimentaire, et la Chine aussi. Il y a du potentiel, mais le secteur est inefficient. »

La situation est la même en pharmaceutique, indique l’ambassadeur : l’Ukraine a beau être l’un des pays les plus alphabétisés au monde, son taux d’immunisation est très faible.

« Lorsque l’immunisation gagnera du terrain, l’Ukraine sera un marché gigantesque. »

Le secteur public est également très prometteur : M. Shevchenko estime que l’Ukraine lance quelque 4 000 appels d’offres par jour.

« Nous migrons encore vers une économie de marché libre, dit-il. Le secteur public offrira d’immenses possibilités, non seulement auprès des agences, mais aussi auprès des sociétés d’État, comme les chemins de fer. Il y aura une mer de débouchés, représentant 14,6 milliards par année en approvisionnement. En plus de fournir de l’excellent travail, les entreprises canadiennes nous aideront à combattre la corruption, un enjeu que nous prenons très au sérieux. Dans les deux dernières années, nous avons lancé ProZorro, un système d’appel d’offres dont nous sommes très fiers, qui assure l’impartialité envers les entreprises inscrites. »

Quant aux terres agricoles, l’ambassadeur croit que le gouvernement offrira des baux à long terme pour inciter les entreprises étrangères à employer leurs technologies et leurs fonds pour améliorer la productivité des terres.

L’ambassadeur voit aussi du potentiel en aéronautique, puisque c’est en Ukraine que sont construits les plus gros avions-cargos au monde, l’An‑225 et l’An‑124. Citons aussi l’Antonov 132D, un plus petit appareil produit conjointement par Antonov et Pratt & Whitney Canada.

« Ses moteurs sont canadiens. C’est un bon exemple des collaborations possibles », explique-t-il, ajoutant qu’un seul avion Antonov peut transporter jusqu’à 20 tonnes et atterrir sur de courtes pistes non asphaltées, comme celles en Arctique.

Si les débouchés semblent nombreux, les experts d’EDC invitent toutefois à la prudence.

M. Schuster rappelle que l’Ukraine est reconnue pour sa mauvaise gouvernance. Le gouvernement reconnaît d’ailleurs ouvertement la problématique de la corruption. Le FMI prévoit, entre autres, une réforme des pensions, une réforme agraire, une plus grande privatisation des sociétés d’État et, surtout, une lutte plus acharnée contre la corruption. L’ALECU assurera une certaine prévisibilité.

« Il y a des débouchés, dit-il, mais n’oublions pas les risques. » Il souligne notamment que les réformes agraires amélioreront le secteur agroalimentaire et attireront des investissements à l’étranger visant l’augmentation de la productivité, mais que le risque demeurera élevé s’il n’y a pas de progrès réel dans la lutte anticorruption.

L’économiste affirme que le gouvernement ukrainien avance dans la bonne direction, mais est encore loin de satisfaire aux normes canadiennes.

Mme Vovk explique que l’Ukraine subit des transformations dans divers secteurs.

« Le FMI et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ont mené de nombreux programmes, qui ont entraîné la restructuration de sociétés d’État, notamment de pétrole et de gaz naturel. On espère que la gouvernance et la gestion stratégique et financière en Ukraine s’aligneront davantage sur celles de l’Occident. Il y a de nombreux appels d’offres dans ce secteur qui seront gérés, on l’espère, avec plus de transparence qu’auparavant. »

La privatisation présente aussi beaucoup de débouchés, mais elle nécessite des réformes et une plus grande transparence. Le gouvernement transforme actuellement ses procédés pour augmenter la transparence, et les investisseurs étrangers se réjouissent des changements liés aux privatisations prévues.

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