L’avenir se dessine aujourd’hui pour l’accord commercial Canada-Chine 

L’avenir se dessine aujourd’hui pour l’accord commercial Canada-Chine 

Le Canada pourrait gagner 7,7 milliards de dollars en exportations et 7,8 milliards en PIB d’ici 2030 grâce à la signature d’un accord de libre-échange avec la Chine. Également à la clé de cet accord : la création de 25 000 emplois de tous les niveaux de compétence et une augmentation des salaires en phase avec la montée de la demande en main-d’œuvre canadienne. Voilà quelques-uns des chiffres tirés du dernier rapport du Conseil d’affaires Canada-Chine, Chasing China: Why an Economic Agreement With China is Necessary for Canada’s Continued Prosperity.

« Les exportations totales du Canada en Chine doubleraient pour ainsi dire », avance Sarah Kutulakos, directrice générale du Conseil, en soulignant que les auteurs du rapport ont volontairement opté pour des chiffres prudents.

Le rapport prévoit une hausse de plus de 1,4 milliard de dollars pour les exportations automobiles du Canada à destination de la Chine, de 688 millions pour celles de produits chimiques, de plastiques et de caoutchouc, de 584 millions pour celles de machinerie et d’équipement ainsi que de 1,7 milliard pour celles d’oléagineux et d’huiles végétales.

L’Australie récolte déjà les fruits d’un accord commercial avec la Chine

Mme Kutulakos indique que l’Australie, en négociation depuis 2005, vient de signer un accord de libre-échange (ALE) avec la Chine et projette une croissance de son PIB excédant les 18 milliards de dollars. L’accord devrait éliminer 95 % des barrières tarifaires en une décennie.

« La taille de nos deux pays est similaire, mais l’Australie nous devance dans l’exportation vers la Chine », ajoute-t-elle.

Le rapport signale qu’avec les gains découlant de cet ALE, l’Australie délogera les exportateurs de biens et services canadiens concurrents, du moins jusqu’à ce que le Canada prenne des mesures semblables.

« S’il devenait le premier pays du continent américain à conclure un accord avec la Chine, le Canada bénéficierait non seulement de débouchés commerciaux directs, mais aussi d’un pouvoir d’attraction sur les investisseurs de pays tiers désirant profiter de l’accès privilégié du Canada », soutiennent les auteurs du rapport.

Le Canada à un choix à faire

Les accords Canada-Chine ne datent pas d’hier. La négociation de l’actuel Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) a commencé en 1994, mais a été suspendue jusqu’en 2004, car la Chine n’était pas encore entrée dans l’Organisation mondiale du commerce. Huit ans après la reprise de la négociation, en 2012, les deux pays ont signé un accord sur la protection des investissements étrangers, mais il a fallu deux ans avant qu’il entre en vigueur, ce que Mme Kutulakos explique par la lenteur du Canada.

« La Chine nous demande depuis près de quatre ans d’entamer la négociation d’un accord de libre-échange. Pendant ce temps, la Corée du Sud en a négocié un et l’Australie a fait de même », déplore-t-elle. « Le Canada se trouve tout de suite pénalisé, surtout vis-à-vis de l’Australie. Qu’attendons-nous pour demander ce que nous savons pouvoir obtenir? »

Le rapport est muet à ce sujet, mais Mme Kutulakos affirme que le Canada est confronté à deux choix : négocier un « accord complet et complexe », ou « se contenter d’atteindre la parité avec un accord modeste comprenant les mêmes concessions que les autres pays. Tout dépend de la vitesse à laquelle il souhaite avancer. »

Le marché de consommation chinois : un riche filon pour le Canada

Les exportations du Canada en Chine ont chuté dans ces deux dernières années en raison de la baisse du cours des produits de base, mais Mme Kutulakos soutient qu’il y a désormais des débouchés faciles à saisir du côté du marché de la consommation chinois. « Pensons aux fruits de mer, aux produits de consommation, à toutes sortes d’aliments. Certains seront peu touchés par les variations du cours des produits de base », explique-t-elle.

Le centre d’échange du renminbi à Toronto : un grand pas pour le Canada

Le rapport attire l’attention sur deux initiatives qui constituent un pas dans la bonne direction, notamment l’APIE et le centre d’échange du renminbi, mis en place à Toronto en mars 2015. Ce dernier permet aux entreprises de convertir des yuans chinois en dollars canadiens sans l’intermédiaire d’une autre devise (généralement les dollars américains).

Daniel Koldyk, analyste principal de la recherche à Exportation et développement Canada, signale que ce centre revêt son importance pour les exportateurs canadiens.

« Le centre donnera aux entreprises canadiennes une meilleure marge de manœuvre et un nouvel avantage concurrentiel », explique M. Koldyk.

Le nom de Trudeau ouvre des portes en Chine

Quant aux possibilités du Canada d’établir une entente commerciale avec la Chine, Mme Kutulakos soutient que nous avons encore du temps, grâce aux relations chinoises de la famille du premier ministre Justin Trudeau.

« La Chine est très attachée à ses repères historiques et elle en partage plusieurs avec M. Trudeau », affirme-t-elle en parlant des bonnes relations qu’y entretenait l’ancien premier ministre Pierre Trudeau dans les années 1970. « De plus, le fait d’avoir un nouveau gouvernement qui porte un regard neuf sur la situation nous fait gagner un peu de temps, mais je doute que la porte demeure ouverte indéfiniment. C’est le temps de foncer et de mettre de côté certaines politiques dépassées. »

« Loin d’assurer le statu quo, ne rien faire ne viendra qu’accentuer notre retard », révèle le rapport. « Le Canada doit poser une action rapide et ferme pour éviter que l’absence de la Chine dans la politique commerciale de notre pays n’entraîne des dommages irréparables. »

Catégories Exportation

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