La confiance en Amérique

Il ne reste plus qu’un jour avant l’inauguration du président désigné des États-Unis – et le monde retient son souffle. Dire que la confiance envers l’Amérique a été mise à l’épreuve au cours de la dernière année serait un euphémisme. Dans la « zone grise » comprise entre la fin de l’élection et le premier jour de la présidence, la confiance s’est probablement émoussée. Pourtant, le tableau de la confiance en Amérique ne pourrait être plus différent. Après l’élection, les indicateurs révèlent une amélioration du « facteur bien-être » aux États-Unis qui défie l’entendement. Que se passe-t-il chez nos voisins?

Tout d’abord, si nous éprouvons le sentiment contraire, pourquoi est-ce une source d’inquiétude? Précisément parce des consommateurs et des entreprises optimistes dépensent et investissent davantage. Aux États-Unis, les consommateurs pèsent pour près de 70 % de l’activité économique, ce qui représente directement de 12 à 13 cents de chaque dollar dépensé sur la planète. Si quelque chose dynamise ce puissant groupe, à peu près tout le monde devrait en ressentir les effets positifs, directs ou indirects. Les entreprises, dont la contribution à l’économie est moindre, ont aussi une influence mondiale. Si elles jugent que la conjoncture s’améliore, elles pourraient se décider à investir plus massivement. Pourquoi? D’abord, parce qu’après des années de sous-investissement, elles disposent généralement d’abondantes liquidités. Ensuite, parce que les secteurs hors ressources sont confrontés à de fortes contraintes de capacité auxquelles ils doivent remédier. Par le passé, ces éléments ont, dans l’ensemble, profité à l’économie mondiale.

Quelle est l’ampleur du regain de la confiance? Selon le Conference Board, la confiance des consommateurs a grimpé de près de 13 points à l’indice en novembre et décembre pour s’élever à un pic datant du milieu de 2001. Voilà qui est révélateur. Cette variable rend compte avec précision des mouvements clés de l’économie américaine durant le dernier cycle économique. Des sommets d’avant la récession, la confiance nationale a glissé aux niveaux typiques des récessions en 2009 – un gouffre qui, par bonheur, a été de courte durée. Par la suite, la confiance a rebondi pour se maintenir obstinément à des niveaux récessionnistes pendant cinq ans. Enfin, la confiance est passée dans une zone de « normalité », où elle est restée pendant deux autres années. Une performance respectable, mais guère digne d’une reprise. La confiance a commencé à se raffermir en juin, puis a connu un sursaut en octobre et en novembre.

L’autre grand indicateur de la confiance, soit l’enquête de l’Université du Michigan, suit la même trajectoire à la hausse. Cet indicateur est un peu différent de celui du Conference Board, mais cette fois-ci, les deux indicateurs évoluent de la même façon. De fait, cet indice américain a enregistré un bond de deux mois qui constitue un sommet depuis l’embellie d’un mois du début de 2004 et, plus important encore, depuis le pic soutenu de 2000. Le nouveau sommet de l’indice de l’Université du Michigan s’explique surtout, comme chez son indice rival, par la progression de la composante des attentes liées à l’avenir.

Les consommateurs font-ils cavalier seul? Pas vraiment. La NFIB réalise des enquêtes depuis le milieu de 1975, et les mouvements à la hausse constatés en novembre et décembre sont inédits. La montée a été spectaculaire, et elle a catapulté du jour au lendemain la série aux niveaux de 2004. Moins remarquable, mais digne de mention : les résultats du 4e trimestre de l’enquête Duke-Fuqua sur l’optimisme menée auprès des directeurs financiers ont atteint un sommet depuis le début 2007.

L’amélioration de la confiance n’entraîne pas forcément une augmentation de la croissance du PIB. Toutefois, en présence de facteurs fondamentaux sous-jacents respectables, l’indice signale une envolée de la croissance. Au début des années 1970, et à nouveau au début des années 1980, l’ascension de la confiance s’est accompagnée de gains impressionnants du PIB. C’est aussi ce qui s’est produit au milieu et à la fin des années 1990. Cependant, cette fois-ci, nous n’avons pas eu droit à une remontée typique des reprises. Il se pourrait bien que c’est ce que nous voyons aujourd’hui.

Qu’est-ce que cela signifie? Alors même que certains doutent de l’Amérique, toute trace de doute semble avoir été effacée aux États-Unis – ce qui contraste nettement avec le ton acrimonieux de la campagne électorale. Si ce sentiment persiste, il marquera le retour d’un ingrédient essentiel au présent cycle et sera le changement le plus rafraîchissant au contexte économique de la dernière décennie, où le doute a été prédominant.

Conclusion?

Plombez une économie, puis brisez ses espoirs d’un retour de la croissance pendant sept longues années, et vous aurez une population découragée et désabusée auprès de laquelle il est de plus en plus difficile de raviver la confiance. Aussi étrange que cela paraisse, l’Amérique aurait trouvé le remède durant l’été. Si tel est le cas, l’économie pourrait d’elle-même accélérer la cadence – sans le recours à une potion concoctée à partir de politiques.

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