Croître sur le marché américain, un défi pour les entreprises canadiennes?

Croître sur le marché américain, un défi pour les entreprises canadiennes?

Il n’est point surprenant d’affirmer que le marché américain a changé depuis que l’ALENA a fait la manchette dans les années 1990. Depuis lors, les États-Unis ont été secoués par des événements que peu de gens auraient pu prévoir. Pour rester concurrentielles sur le marché américain actuel, les entreprises canadiennes doivent pouvoir suivre le courant et savoir tirer profit de ce que ce marché offre. Or, au cours des prochaines années, les produits canadiens se disputeront un marché américain de plus en plus serré. L’heure est donc venue d’optimiser notre avantage concurrentiel.

Qu’est-ce qui a changé? D’abord, les événements tragiques de 2001 ont poussé le Congrès américain à exiger des frontières plus sécurisées. Nos clients américains cherchent désormais de bonnes entreprises avec qui faire affaire. Il est dans l’intérêt des entreprises canadiennes qui se sont inscrites aux programmes antiterroristes canado-américains de s’assurer que leurs partenaires et clients américains reconnaissent leur statut de « partenaire digne de confiance ».

Secundo, les Américains accordent aujourd’hui une grande importance à la sécurité des produits de consommation importés. Dès 2005, le volume croissant des importations éveillait des craintes au sein de l’administration et du gouvernement américains. Le congrès a adopté des lois englobantes qui établissent de nouvelles normes plus strictes ainsi que des essais de produits. Les entreprises canadiennes seraient bien avisées d’assujettir leurs procédures d’essais de produits aux normes américaines. De même, elles pourront chercher à inciter leur partenaire américain à appuyer lui aussi les efforts du conseil bilatéral de coopération en matière de réglementation. (RCC). D’aucuns diront que le plan d’action du RCC n’a pas le panache d’une politique en matière de commerce international, mais que c’est là où les fabricants doivent passer à l’action pour réaliser de réelles économies de coûts.

Tertio, les Américains continuent de se soucier de leur sécurité économique. Le ralentissement économique de 2008 a généré un niveau d’anxiété parmi les ménages américains qu’on n’avait pas vu depuis la Crise de 1929. Washington a adopté plusieurs lois privilégiant le marché américain que nous connaissons comme la clause Achetez américain. Ces lois ont eu pour effet de bloquer l’accès d’un grand nombre de composants canadiens et de ravager de solides partenariats commerciaux transfrontaliers. On ne peut nier que cette réglementation est frustrante, mais on constate ici même à Washington un milieu réceptif à une approche nord-américaine de l’approvisionnement gouvernemental. Pour y arriver, les entreprises des deux côtés de la frontière devront faire preuve de leadership.

Quatrièmement, pour stimuler la croissance de l’emploi lié à l’exportation, l’administration Obama devra établir un ambitieux programme en matière de commerce extérieur. Pour les produits canadiens, cela sous-tendra une plus grande concurrence de l’étranger. Mais voici où le bât blesse.

Washington voudra avoir droit de regard sur les entreprises faisant affaire aux États Unis en imposant des politiques obligatoires en matière de gérance des entreprises. Là aussi, les entreprises canadiennes sont bien positionnées – notre éthique commerciale et nos politiques relatives à la responsabilité sociale des entreprises peuvent se révéler comme des avantages indéniables sur le plan du marketing aux États Unis. On ne peut en dire autant pour bien d’autres partenaires commerciaux. On privilégiera les entreprises qui pourront commercialiser leurs programmes de gérance, tant au Canada qu’aux États-Unis.

Enfin, les entreprises doivent continuer à jouer le jeu. Les compagnies canadiennes sont avisées et bien renseignées sur l’évolution du milieu des affaires américain. Notre taux de conformité aux exigences américaines en matière d’importation est immanquablement parmi les plus élevés des partenaires commerciaux des États-Unis. Les entreprises américaines chercheront de solides partenaires, pas nécessairement ceux présentant la soumission la plus basse, mais des partenaires fiables et à long terme. Des partenaires produisant des produits sûrs en préconisant des pratiques éthiques et conformes aux normes américaines. Peu de pays peuvent en dire autant et c’est là que résidera notre avantage dans les années à venir.

De bonnes pratiques en matière de fabrication? Oui. Un marketing efficace? Encore plus.

Birgit Matthiesen est bien connue au Canada. Elle est actuellement co-présidente du comité du commerce transfrontalier canado-américain au cabinet Arent Fox LLP, à Washington. Elle a travaillé à l’ambassade du Canada à Washington et occupé le poste de représentante à Washington et de conseillère spéciale du président et chef de la direction de Manufacturiers et Exportateurs du Canada (MEC). On peut la joindre à birgit.matthiesen@arentfox.com.

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