En route pour Davos! Entrevue avec Benoit Daignault, chef de la direction d’EDC

En route pour Davos! Entrevue avec Benoit Daignault, chef de la direction d’EDC

Cette semaine, Benoit Daignault, président et chef de la direction d’Exportation et développement Canada, sera à Davos, en Suisse, pour assister à la réunion annuelle du Forum économique mondial, qui aura pour thème « Maîtriser la quatrième révolution industrielle* ». Exportateurs avertis s’est récemment entretenu avec M. Daignault pour qu’il nous livre ses réflexions avant la rencontre.

Q. Pourquoi allez-vous à Davos?

Benoit Daignault : Les activités d’EDC touchent l’ensemble de la planète; c’est pourquoi nous devons aller à la rencontre de nos clients. Nombre des plus grands esprits novateurs du monde se réunissent à Davos pour discuter d’idées et de tendances. Les relations que nous créons à un événement de cette envergure et les apprentissages que nous en tirons alimentent le travail que nous faisons pour aider les entreprises canadiennes à manœuvrer dans un paysage commercial en constante évolution.

Q. Cette année, la réunion annuelle se déroulera sous le thème de la quatrième révolution industrielle, terme désignant diverses technologies modernes d’automatisation, d’échange de données et de fabrication. Comment les entreprises canadiennes peuvent-elles se préparer à accueillir cette révolution?

BD : La plupart des gens d’affaires au Canada connaissent le phénomène des données volumineuses, mais il me semble que nous avons à peine commencé à l’exploiter. Si nous voulons que les entreprises soient prêtes à affronter de tels changements, il faudra que les dirigeants y adhèrent vraiment et adoptent une vue d’en haut. L’une des questions les plus intéressantes qu’il m’ait été donné d’entendre à propos de l’avènement des données volumineuses vient de McKinsey : « Si vous pouviez mettre à l’épreuve chacune de vos décisions, comment cela changerait-il votre rapport à la concurrence? » Il n’y a pas un seul propriétaire ou chef d’entreprise qui refuserait un tel avantage concurrentiel, et c’est pourquoi il faut que plus d’entreprises participent au phénomène. L’accès à un immense volume de données permet de mieux gérer les changements rapides et perturbateurs, ce qui sera d’autant plus important compte tenu du fait que nous croyons approcher une longue période de volatilité des marchés.

Q. Quels sont les secteurs d’activité les plus enclins à profiter de cette révolution?

BD : En fait, chacun d’entre eux. Si l’on prend en compte les concepts de données volumineuses et d’Internet des objets, on constate que tous les secteurs profiteront des immenses progrès en matière d’interconnectabilité. On pourrait même soutenir que les secteurs les moins orientés vers les technologies sont ceux qui ont le plus à gagner.

Le secteur agroalimentaire en est un bon exemple. L’Internet industriel peut changer la donne et permettre à ce secteur de relever le défi de nourrir neuf milliards de personnes d’ici 2050. Les agriculteurs et les entreprises agroalimentaires commencent à peine à recourir à l’agriculture de précision, une technologie qui tient compte de la variabilité des milieux au sein des parcelles, souvent à l’aide de satellites et de systèmes de localisation GPS. Les systèmes de technologie de pointe utilisés en milieu agricole sont en pleine expansion. D’ailleurs, certaines entreprises, comme John Deere, intègrent à leur machinerie des systèmes qui analysent les sols et transmettent des données quotidiennement.

Le secteur des technologies du Canada se porte bien et nous faisons déjà preuve de beaucoup d’innovation, mais il y a un domaine dans lequel nous avons un avantage concurrentiel indéniable : les technologies propres. Nous sommes déjà chef de file dans de nombreuses sphères importantes, dont les réseaux électriques intelligents, l’eau intelligente et la transformation des sous-produits du gaz en énergie. On peut s’attendre à une forte croissance de ce secteur au cours des dix prochaines années.

Q. De quelle manière EDC peut-elle aider les entreprises canadiennes à prospérer durant cette quatrième révolution industrielle?

BD : Voici l’une des grandes questions posées par Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial, en préparation à l’événement : « Comment les États peuvent-ils bâtir des institutions en mesure de prendre des décisions quand les défis qu’ils doivent relever sont plus complexes, rapides et interconnectés que jamais auparavant? » Cette question ne pourrait pas mieux tomber, puisqu’EDC évolue afin de répondre aux besoins des exportateurs et continue de s’adapter à une plus grande volatilité, tant sur les marchés que dans les secteurs.

Du côté d’EDC, il faut continuer d’offrir un service utile aux bénéficiaires des politiques commerciales : les entreprises canadiennes. Il faut donc faire preuve de flexibilité pour continuellement et rapidement nous adapter et évoluer. C’est le contexte dans lequel évoluent nos clients et nous devons les y accompagner.

Q. À quoi ressemblent les perspectives pour les exportations canadiennes en 2016?

BD : Il ne fait aucun doute que 2015 a été une année difficile pour les secteurs de l’énergie et de l’exploitation minière. Toutefois, si l’on ignore la chute du prix du pétrole et des métaux de base, certains secteurs, notamment l’automobile, les équipements, l’aéronautique et les biens de consommation, ont connu une croissance à deux chiffres. En 2016, tous les secteurs devraient afficher une hausse grâce à la demande croissante aux États-Unis, à la faiblesse du dollar canadien et à un léger raffermissement du prix des produits de base. Dans l’ensemble, nous prévoyons cette année une croissance des exportations d’environ sept pour cent. Le Canada présente quelques avantages distincts, dont une politique budgétaire bien gérée, des institutions financières solides et des marchés d’exportation diversifiés, et est par conséquent en mesure de saisir rapidement les débouchés qui se présentent dans le contexte volatil actuel.

Cela dit, deux grandes contraintes nuisent à la croissance du Canada : sa productivité atone et sa capacité à participer aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Ces deux contraintes peuvent être largement atténuées par l’amélioration des résultats commerciaux. Selon une étude de Deloitte menée en 2014, la productivité des exportateurs canadiens dépasse celle des non-exportateurs de plus de 30 %. Toujours selon la même étude, les entreprises qui font leur entrée sur les marchés internationaux ont 37 % plus de chances d’adopter des technologies novatrices venant de partout dans le monde, qui sont des facteurs clés de productivité et d’accès aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Nous avons déjà les outils nécessaires pour vraiment améliorer les perspectives des entreprises canadiennes. Il nous suffit de déployer des efforts concertés pour exploiter tout notre potentiel commercial.

Q. Le contexte économique en Chine vous semble-t-il préoccupant?

BD : La Chine est en effet soumise à certaines turbulences économiques en ce moment, mais elle demeure la deuxième économie du monde ainsi qu’un excellent client potentiel pour les exportateurs canadiens. Autrement dit, un scénario de croissance tournant au ralenti resterait synonyme de formidables débouchés pour les exportateurs canadiens. Le ralentissement et la volatilité de l’économie chinoise au sortir des mesures de relance de l’État nous réservent sans doute encore quelques surprises. S’il faut s’attendre à une progression plus chaotique qu’à l’habitude, nous croyons qu’il y a dans l’ensemble moyen d’en tirer parti.

* « Les précédentes révolutions industrielles ont permis à l’humanité de découvrir de nouvelles formes de production d’électricité, de production de masse et de traitement de l’information. Grâce à l’omniprésence et à l’accessibilité mobile d’Internet, à l’utilisation de capteurs plus petits, plus puissants et moins coûteux ainsi qu’aux progrès de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage machine, la quatrième révolution industrielle se distingue par la rapidité, l’ampleur et la force avec lesquelles elle transforme des systèmes entiers de production, de distribution et de consommation… et peut-être l’essence même de la nature humaine. » – Fon Mathuros, « What is the theme of Davos 2016? », Forum économique mondial, 16 novembre 2015.

Catégories Aperçus économiques

Comments are closed.

Affichages connexes