Élection de M. Trump : les experts y voient quelques bons côtés pour les exportateurs canadiens

Élection de M. Trump : les experts y voient quelques bons côtés pour les exportateurs canadiens

L’élection de Donald J. Trump comme prochain président américain a d’abord laissé de nombreux Canadiens incrédules, avant de les rendre franchement inquiets. Ils se sont demandé ce que cela signifiait pour eux et à quoi ressembleraient les quatre prochaines années. Or, la semaine dernière, trois spécialistes des États-Unis étaient présents au banquet annuel du Conseil des affaires canadiennes-américaines (CABC), à Ottawa. Leur opinion? Il est encore trop tôt pour s’avancer, mais il y aura peut-être de bons côtés pour les Canadiens… même les exportateurs.

« Le président élu se perçoit comme un homme d’affaires et voit les échanges commerciaux dans cette optique », explique Maryscott Greenwood, directrice de politiques publiques du bureau de Dentons à Washington D.C. « La relation entre le Canada et les États-Unis est si profitable pour nos économies respectives… Il faudrait faire plus d’affaires ensemble, et non moins. »

Selon Mme Greenwood, conseillère principale auprès du CABC, le discours sur l’ALENA qu’a tenu M. Trump pendant sa campagne était, certes, inquiétant; cependant, lorsqu’il verra ce qui est en jeu pour les deux pays, il se rendra compte que les États-Unis s’en tirent gagnants.

« Nous passons beaucoup de temps à mettre de l’avant la relation canado-américaine et continuerons de le faire », dit-elle au nom du CABC, un OSBL non partisan et axé sur les enjeux qui a été créé en 1987 pour apaiser les réactions négatives à l’ALENA. Elle précise que le présentateur du banquet était l’animateur de télévision Ben Mulroney – le fils de Brian Mulroney, qui a codirigé la création de l’ALENA avec Ronald Reagan, président des États-Unis à l’époque.

« Pendant la campagne, Donald Trump dénonçait l’ALENA en raison des emplois que les Américains ont perdus aux Mexicains. Il s’en servait comme d’une cible pour les gens qui appréhendent la mondialisation. »

D’après elle, pour les Américains, « ALENA » était synonyme de « mondialisation », alors que pour les Canadiens, le terme renvoyait simplement à l’accord.

Le banquet du CABC a réuni au Château Laurier d’importants acteurs des deux côtés de la frontière. Mme Greenwood y a vu pour eux une première occasion de reconnaître, depuis les élections américaines – et avec l’aide de Howard Dean, ancien président de la Convention nationale démocrate – que le progressisme n’avait pas rendu son dernier souffle.

« J’espère que nous aurons profité de cette occasion pour nous pencher sur notre collaboration et aller de l’avant. »

Nous lui avons demandé ce qu’elle conseillerait aux Canadiens qui exportent vers les États-Unis, et elle a répondu : « Allez-y à fond. »

« Notre voisin du Sud est un excellent client, souligne-t-elle. Plus nous faisons affaire avec lui, plus il lui sera difficile de se défaire de l’ALENA. »

Howard Dean, qui a rappelé que l’économie américaine représente près du quart du PIB mondial, soutient que la présence de M. Trump à la Maison-Blanche augmente les risques et empire le climat d’incertitude, mais espère que la relation entre les deux pays restera solide. Il encourage les Canadiens à continuer d’investir et d’exporter.

M. Dean visite souvent le Canada et connaît bien le pays. Il sait que nous ressentons un certain malaise face aux États-Unis et face au fait qu’ils ne nous prêtent aucune attention. « Mon conseil : faites-vous discrets pour les quatre prochaines années. »

À son avis, le gouvernement Trump insistera pour renégocier l’ALENA.

« Je crois qu’au bout du compte, l’ALENA sera renégocié, affirme-t-il. Je ne vois pas pourquoi cet accord poserait problème pour le Canada. La plupart de nos États en ont grandement bénéficié, et l’établissement de tarifs ne ferait que nous nuire. »

Rick Santorum était également présent au banquet. Selon lui, les États-Unis finiront par conclure des ententes bilatérales avec le Canada et le Mexique une fois le dossier de l’ALENA réglé.

Quant à Gordon Giffin, ancien ambassadeur des États-Unis au Canada, il pense qu’une éventuelle renégociation de l’ALENA ne serait pas une si mauvaise chose.

« Je doute qu’on s’en défasse pleinement, dit-il. Comme j’ai participé au premier mandat du président Clinton, je connais très bien l’ALENA. Ceux qui ont une expérience semblable à la mienne vous diront, avec raison, que l’accord a besoin d’une mise à jour. »

M. Dean se demande si, après une renégociation de l’accord, M. Trump choisira de s’attaquer au dossier du bois d’œuvre. Pour ce qui est de son opinion sur le président élu, il a simplement prédit que « les quatre prochaines années seront tumultueuses ».

D’après M. Giffin, le bois d’œuvre a fait l’objet de pourparlers actifs, et le dossier pourrait être réglé. Toutefois, il précise que la question ne concerne pas l’ensemble du pays. Comme ce n’est pas très important dans l’Ohio, la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin, M. Trump n’en entendait pas parler tous les jours.

Il conseille aux exportateurs canadiens d’être patients. « L’élection n’a eu lieu que la semaine dernière, et le changement de gouvernement ne se fera qu’en janvier. »

Il s’est également voulu rassurant quant à la carence idéologique de M. Trump.

« L’idéologie trumpienne n’est pas coulée dans le béton, et c’est une bonne chose. Toute question peut être analysée de façon indépendante, car le président élu n’appartient à aucun système prédéfini – contrairement à bien d’autres personnalités politiques. C’est assez inusité. »

Les trois hommes s’entendent pour dire que, en ce qui concerne les États-Unis, le Partenariat transpacifique (PTP) est chose du passé. M. Giffin est particulièrement sarcastique : « Le PTP? Jamais entendu parler! » Puis, il ajoute : « D’après M. Trump, c’est une mauvaise entente. Il n’a rien contre les ententes, mais il en a contre celles qui ne valent pas la peine. D’expérience, les mauvais accords commerciaux sont ceux qu’on n’a pas négociés soi-même, explique-t-il. C’est un peu comme avec les enfants : les nôtres sont toujours plus beaux. En 1993, pendant sa campagne, Jean Chrétien se montrait sceptique envers l’ALENA. Une fois élu, il y a mis sa touche avec deux lettres d’accompagnement, et tout est rentré dans l’ordre. »

Il rappelle que M. Obama avait prévu de rajeunir l’ALENA.

« L’accord se fait vieux. Selon nous, il y a longtemps qu’il aurait dû être révisé. »

Mme Greenwood voit un autre avantage à la victoire de M. Trump.

« Je pense que le projet Keystone va être approuvé. Mitch McConnell, chef de la majorité au Sénat, a déjà donné le feu vert à cette promesse électorale. Est-ce que le projet en vaut la peine, vu le cours actuel des produits de base? Ça, c’est une autre histoire. »

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