Constats et prévisions au retour d’une tournée pancanadienne sur l’exportation : Entretien avec Peter Hall, économiste en chef d’EDC

Constats et prévisions au retour d’une tournée pancanadienne sur l’exportation : Entretien avec Peter Hall, économiste en chef d’EDC

Peter Hall, économiste en chef d’EDC, terminait récemment une tournée de plusieurs semaines, où il a livré des allocutions à des exportateurs actuels et potentiels partout au pays pour leur faire connaître les plus récentes Prévisions à l’exportation d’EDC. Exportateurs avertis a rencontré l’économiste afin de découvrir ce qu’il a appris et ce dont il a parlé.

Vous avez amorcé la tournée à la fin avril; quelle en est votre impression générale?

La tournée a été particulièrement intéressante parce que les prévisions étaient tout sauf uniformes à l’échelle du pays. La chute des cours des produits de base désavantage les centres miniers et énergétiques canadiens; les difficultés se font donc surtout sentir en Alberta, en Saskatchewan, à Terre‑Neuve et, dans une certaine mesure, au Nouveau-Brunswick.

D’un autre côté, la valeur moyenne du dollar canadien a oscillé autour de 75 cents, ce qui a eu des retombées positives; j’en ai vu des preuves évidentes durant ma tournée. D’ailleurs, on m’a répété souvent, partout au pays : « Nos activités de ventes augmentent comme vous l’aviez prévu – de 10, 20 ou 30 pour cent. » Une personne m’a même affirmé que ses ventes en Chine avaient doublé au cours de la dernière année.

Avant de partir, je me disais : « Je sais bien ce que montrent les données du commerce international; les deux derniers mois ont été assez lamentables. » Je m’inquiétais de la réaction des gens, qui nous reprocheraient peut-être de leur faire encore une fois des discours optimistes alors qu’ils en bavent. Pourtant, je n’ai eu droit à rien de tel. Les chiffres racontent une histoire, mais les gens disent que leurs affaires vont bien. S’ils admettent avoir certains soucis, la croissance n’en fait pas partie.

Auraient-ils de l’avance sur les prévisions?

Non, cet écart est probablement dû au fait que les prévisions reflètent les développements transitoires. Il y a eu un pépin aux États‑Unis en début d’année – une volte-face concernant les stocks liée en partie à la météo, peut-être aussi à d’autres circonstances –, ce qui constitue simplement l’une des nombreuses interruptions successives auxquelles l’économie doit réagir, à notre avis. Pour autant que l’on sache, les fondamentaux sont encore solides.

Ce genre de nouvelles des participants faisait plaisir à entendre, mais à certains endroits, on brossait un tout autre tableau, notamment dans les secteurs du pétrole et du gaz naturel et de l’exploitation minière. On ne mentionne pourtant presque jamais que certains secteurs misent sur la demande américaine, que la demande européenne commence à augmenter et que des gains se dessinent sur des marchés dont les gens ne soupçonnent pas la croissance. Si on ajoute à cela la faiblesse du dollar, un essor est dans l’air.

Quel était votre principal message durant la tournée?

Nous voulions surtout expliquer les raisons de la croissance et montrer qu’elle n’est pas près de s’arrêter. Des gens me disaient : « Votre message s’accorde avec notre expérience. Quand vous affirmez que, d’après les fondamentaux, la croissance devrait continuer, nous avons de quoi nous réjouir. » Les exportateurs pensent aux décisions d’investissement qu’ils doivent prendre pour que ces prévisions se concrétisent.

Qu’est-ce qui les tracasse?

D’abord, les élections aux États‑Unis. On m’en a parlé partout où je suis allé, sauf à un endroit, et il s’agissait généralement de la première question posée. Le Brexit était le deuxième sujet d’inquiétude : les gens se préoccupaient beaucoup des conséquences pour l’économie du Royaume-Uni, du Canada et de l’Europe advenant une sortie de l’UE, mais aussi des possibles effets du Brexit sur l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’UE.

Qu’aviez-vous à dire au sujet des États‑Unis?

Le discours protectionniste fait toujours surface durant les élections américaines. Il est très vendeur, surtout quand des pans de la population se sentent laissés pour compte. Par exemple, la génération Y ne profite pas du boom de l’emploi que connaissent actuellement les États‑Unis. D’ailleurs, près du tiers des jeunes de 18 à 34 ans vivent encore avec leurs parents. Tout le monde rit quand j’en parle, car c’est aussi la réalité au Canada. Par ailleurs, certaines personnes sont sorties du marché de l’emploi durant la grande récession et n’ont jamais réussi à le réintégrer; voilà d’autres gens plutôt mécontents. Ajoutons à ces insatisfactions d’autres sujets d’actualité aux États‑Unis et le protectionnisme devient particulièrement attrayant.

À ce propos, je réponds qu’il n’y a rien de nouveau dans tout cela. Lorsque la crise financière de 2009 a frappé, même certains des principaux bénéficiaires de la mondialisation y allaient de prises de position protectionnistes, mais celles-ci n’ont pas fait long feu. J’ai une bonne idée de ce qui s’est sûrement produit : les multinationales en ayant eu vent, elles ont dû expliquer à ces gens comment fonctionnent les chaînes d’approvisionnement et leur dire que de telles politiques causeraient des mises à pied aux États‑Unis. Ainsi, ces politiques ont vite été modifiées, et pas qu’un peu. Pour moi, un énorme écart sépare la rhétorique de la réalité. Et quand celle-ci rattrapera le nouveau président le premier jour de son mandat, il devra réexaminer sérieusement ses positions.

Que disaient les professionnels des secteurs du pétrole et du gaz naturel et de l’exploitation minière?

Pour eux, c’est l’hécatombe, et l’heure de la rationalisation; ils ne sont pas certains de garder leur emploi. Je leur ai rappelé que, même si les prix ont chuté et que les entreprises clament que le ciel va nous tomber sur la tête, la situation paraît toujours pire qu’elle ne l’est vraiment. Les entreprises réduisent leurs coûts et tentent de négocier une entente plus avantageuse auprès de leurs fournisseurs. Ce faisant, elles découvrent qu’elles peuvent maintenant traiter et expédier leurs combustibles minéraux ou produits raffinés à un coût de base bien moindre qu’avant. Elles-mêmes voient que des possibilités existent. Je ne veux aucunement sous-estimer les contraintes qui pèsent sur elles, mais elles affirment que, si elles sont en plein processus de rationalisation et que ce n’est pas facile, l’opération est en marche et donne déjà des résultats.

Cependant, dans d’autres secteurs – fruits de mer sur la côte est, automobile, aéronautique ou produits de consommation –, on s’efforce de trouver comment soutenir l’essor actuel, et la foresterie alimente l’explosion dans la construction domiciliaire aux États‑Unis. Les gens de ces domaines étaient ravis d’entendre que la croissance promet de continuer.

Avez-vous constaté des besoins qu’EDC pourrait combler en matière de produits et services?

J’ai insisté sur quatre éléments dans mes présentations :

  1. La volatilité est forte, et ne disparaîtra pas.
  2. La croissance est très présente, et elle ne disparaîtra pas.
  3. La volatilité et la croissance vont de pair, elles sont l’essence d’un nouveau cycle d’essor. Qu’est-ce que cela signifie? La croissance explique le retrait des liquidités, et entraîne ainsi la volatilité qui a cours en ce moment. En clair, les indicateurs avancés auxquels nous nous fions depuis des dizaines d’années, voire plus, montrent le contraire de ce qui se produit réellement. Si les marchés boursiers déclinent, cela signifie habituellement que l’économie se détériore. Pas cette fois-ci. Le prix du cuivre chute, mais en ce moment, les indicateurs avancés envoient le mauvais signal, et se contredisent entre eux. L’achat de biens durables aux États‑Unis est en hausse, et le marché de l’habitation y est bel et bien en croissance. Les indicateurs avancés étant en conflit, je me range du côté de ceux qui nous montrent où est la croissance.
  4. Mon dernier point touche la place du Canada dans tout cela. Nous faisons des prévisions, mais nous insistons sur le fait que, si ce cycle alliant croissance et volatilité est sans précédent, l’important est de miser sur la première tout en gérant la seconde.

Et devinez quoi? EDC est l’allié idéal pour bien gérer cette volatilité. Si certains en doutent, c’est pourtant vrai. Nous offrons l’Assurance comptes clients. Ainsi, même sur un marché volatil, si nous avons accepté de souscrire une transaction parce que nous considérons qu’il s’agit d’une bonne décision, vous pouvez avoir l’esprit tranquille en sachant que vous serez payé. Et qu’en est-il des institutions financières? Notre Programme de garanties d’exportations peut dissiper leurs craintes, à elles aussi : une telle garantie leur assure d’obtenir leur dû. Les risques sont couverts pour vous comme pour elles; tout le monde y gagne. J’ajouterais même que, si vous avez des activités sur un marché étranger instable, nous pouvons vous offrir du financement et vous protéger des trois conséquences majeures liées aux risques politiques. En passant, nous pouvons aussi financer une entreprise étrangère si vous réussissez à intégrer sa chaîne d’approvisionnement.

Vers la fin de la tournée, j’ai commencé à demander aux gens : « Comprenez-vous ce que je vous ai dit? Tout le monde crie au feu, mais nous, nous disons plutôt que nous doutons qu’il y ait le feu, et que nous vous offrons notre protection. Tout le monde se sauve, mais voici qu’une compagnie d’assurances vous propose une garantie malgré la situation. »

L’une des choses que j’ai remarquées durant cette tournée, en comparaison à celles des années précédentes, c’est que je n’étais pas submergé d’un aussi grand flot de participants à la fin de mes présentations. Ils se dirigeaient plutôt vers nos spécialistes de prospection de la clientèle. En règle générale, ces collègues m’ont d’ailleurs dit que les clients potentiels étaient plus nombreux cette année.

Y avait-il une autre question qui préoccupait les participants?

La Chine revenait beaucoup sur le tapis. On entend souvent des histoires de bulles inquiétantes, et j’ai dû répondre à plusieurs questions sur le sujet.

Pour conclure, les principaux éléments préoccupants étaient donc le dollar, la Chine, les États‑Unis et le Brexit?

Dans leur ordre de fréquence, il s’agissait plutôt des élections aux États‑Unis, du Brexit, du dollar, et enfin de la Chine et d’autres sujets : le Brésil et la Russie, par exemple. En effet, nous menons d’importantes activités dans ces pays. Il a aussi été question de désordre général dans l’économie.

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