Les esprits animaux hantent l’économie

Les esprits animaux hantent l’économie

Dans ses dernières Prévisions à l’exportation, EDC examine les fondamentaux et les turbulences qui infléchissent l’économie mondiale – et envisage le moment où la reprise s’amorcera.

À l’époque de la dépression, l’économiste John Maynard Keynes a parlé des « esprits animaux » pour décrire comment les revirements des marchés ressemblent aux mouvements des troupeaux et perturbent l’économie en passant de l’euphorie à la panique. Dans ses dernières Prévisions à l’exportation, EDC examine les fondamentaux et les turbulences qui infléchissent l’économie mondiale – et envisage le moment où la reprise s’amorcera. Tiré des Prévisions à l’exportation d’EDC de l’automne 2011.

L’économie mondiale n’a pas réussi à redémarrer au cours de la dernière année à cause d’une performance languissante. Et cette morosité demeurera pendant encore un certain temps, fort malheureusement.

L’économie mondiale a généré des excès monstrueux frappant notamment le secteur du logement et les niveaux d’endettement à la fin du dernier cycle d’expansion. Nous essayons toujours de les résorber. Si les mesures de relance ont créé l’illusion d’une reprise, nous nous heurtons néanmoins toujours à ces excès. La bonne nouvelle, c’est que le point d’équilibre qui déclenchera une véritable reprise approche.

Assaillis de toutes parts

Une économie qui piétine est particulièrement vulnérable aux chocs. Et deux chocs ont été notamment durs cette année. D’abord, la turbulence politique qui a frappé sans crier gare en Afrique du Nord au début de l’année et s’est vite répandue au Moyen-Orient. La production de pétrole a été menacée et les cours se sont envolés, ce qui tombait bien mal pour les consommateurs et les entreprises du monde entier.

Ensuite, les catastrophes naturelles qui ont entravé la croissance mondiale. Les plus graves ont été le séisme et le tsunami dévastateurs au Japon, qui ont brisé des chaînes d’approvisionnement cruciales dans les industries de l’automobile, de la machinerie et des technologies de pointe. Les inondations, les sécheresses et les tempêtes qui ont frappé la planète ont compromis l’approvisionnement alimentaire mondial et les expéditions de produits de base industriels essentiels.

Dans des circonstances plus normales, de tels chocs d’approvisionnement ne feraient que retarder la croissance, mais dans l’économie vacillante d’aujourd’hui, ces perturbations peuvent secouer encore davantage la demande.

L’Europe, à son tour…

En plus de ces turbulences, la crise de la dette souveraine dans l’Europe périphérique s’est aggravée à cause de chocs politiques et environnementaux imprévus. Les fluctuations des marchés ont fait bondir les rendements des obligations d’État, tandis que l’abandon progressif des mesures de relance a freiné la croissance dans la zone euro.

En outre, l’extravagance des mesures de relance et l’effondrement des revenus ont fait grimper la dette publique à des niveaux inimaginables dans les plus grandes économies de la planète. Leur cote de crédit ayant été abaissée, bon
nombre d’entre elles réduisent maintenant l’ensemble des dépenses publiques malgré la fragilité persistante de l’économie. Il n’est donc pas étonnant que les marchés boursiers dégringolent, que les cours des produits de base s’effondrent et que la confiance soit en chute libre.

De l’exaltation à la mentalité de troupeau

Mais l’économie mondiale semble toutefois venir à bout de certains obstacles temporaires à sa croissance. La production et les exportations du Japon se redressent, et les commandes dans les usines augmentent partout au monde. Il est encore trop tôt pour dire si ces tendances se maintiendront, mais tout donne à penser que la croissance fondamentale n’est peut-être pas aussi faible que certains des indicateurs les plus spectaculaires voudraient nous le faire croire.

Selon toute vraisemblance, par contre, les signaux contradictoires transmis par les chocs sur les marchés alimentent la volatilité. Incertains quant à l’avenir, les marchés essaient de protéger les actifs ou de profiter des mouvements à la hausse. Ils peuvent adopter des mesures, souvent irrationnelles, qui prennent la force des troupeaux – et ont de graves conséquences économiques.

Dans les années 1930, John Maynard Keynes a parlé des « esprits animaux » pour désigner les moyens permettant à une économie déprimée de redémarrer. Mais cette expression peut aussi décrire la manière dont les réactions négatives dans une économie profondément nerveuse peuvent créer un cercle vicieux. Des États souverains dangereusement endettés sont vulnérables à ces forces, ainsi que les pays et les institutions financières avec lesquels ils sont liés. Et c’est la croissance mondiale à court terme qui risque d’écoper.

La bonne nouvelle, c’est que les consommateurs réduisent leurs dettes et se préparent à dépenser plus normalement. Les marchés du logement se rétablissent lentement. Les banques prêtent plus facilement. La production est peut-être gênée par la confiance ébranlée, mais elle semble augmenter. Ceux qui déplorent la faible croissance de l’emploi et les investissements parcimonieux des entreprises oublient que ces indicateurs sont toujours en retard par rapport à une hausse de l’activité de base.

L’élan dont profitent les principales industries, conjugué à d’autres facteurs de redressement, pourrait entraîner le rééquilibrage de l’économie mondiale au deuxième semestre de 2012.

Perspectives

Nous prévoyons que l’économie mondiale fera fond sur la hausse actuelle de l’activité sous-jacente et continuera de remédier aux chocs et aux faiblesses qui perturbent la croissance à court terme, ce qui lui permettra de tenir jusqu’à des jours meilleurs.

L’élan devrait s’accélérer en 2012, ce qui portera la croissance sur les marchés développés de 1,6 % en 2011 à 2,6 % l’an prochain. L’économie américaine prendra les devants, et le Japon apportera une contribution notable puisque la recons­truction stimulera la croissance en 2012. L’austérité confinera l’Europe occidentale au second plan.

Les marchés émergents, quant à eux, afficheront de beaux gains de 5,9 % cette année et l’an prochain. Par conséquent, la croissance mondiale devrait s’accélérer légèrement et passer de 3,7 % en 2011 à 4,3 % en 2012 – pas si mal, tout compte fait.

Et le Canada?

Malgré les turbulences mondiales, le Canada a profité d’une demande intérieure relativement forte. Les résultats vigoureux dans le secteur des produits de base y étaient pour beaucoup, mais d’autres secteurs ont aussi rebondi par rapport aux creux de 2009. La politique budgétaire du Canada a été bien gérée, et notre secteur bancaire est resté solide tout au long du ralentissement.

Des facteurs temporaires maintiendront la croissance à 2,3 % en 2011, mais le Canada pourra profiter de l’élan américain l’an prochain et afficher une hausse modérée de 2,4 % en 2012, tirée en grande partie par les exportations qui augmenteront de 10,6 % cette année et de 6,6 % l’an prochain.

La volatilité des cours des produits de base sera à l’origine de résultats contrastés selon le secteur d’exportation. En 2012, la baisse de ces cours pèsera sur les exportations de pétrole, de gaz naturel et de métaux, qui continueront cependant d’augmenter en volume. La relance aux États-Unis entraînera une croissance à doubles chiffres des exportations du secteur automobile.

Les commandes reportées ont réduit les expéditions dans le secteur aéronautique cette année, mais une hausse de 22 % est prévue en 2012.

En ce qui concerne les provinces, c’est en Saskatchewan que les exportations seront en plus forte expansion, grâce à la performance des secteurs des engrais et de l’agroalimentaire. L’Alberta, qui dépend davantage du secteur énergétique, affichera une croissance modérée, tandis que l’Ontario se trouvera au milieu du peloton.

Conclusion

La volatilité est en train de devenir la norme, et pour cause. Derrière le chaos, l’économie mondiale se redresse et si elle peut continuer à résister aux chocs inévitables qui accompagnent une période de morosité et aux esprits animaux qui perturbent les marchés, nous devrions tous pouvoir préparer le prochain cycle de croissance mondiale dans la deuxième moitié de 2012.

Catégories Exportation

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