Les exportateurs moins optimistes

Pour tous ceux qui évoluent dans la sphère du commerce international, 2016 restera sans doute graver dans les mémoires comme l’année où « monsieur et madame tout le monde », fatigués d’attendre un véritable redressement de l’économie, ont voté contre l’ordre établi. L’issue du Brexit et de l’élection américaine témoigne d’un cynisme envers l’architecture du commerce international. Ce changement d’attitude a modulé le discours électoral, qui a récupéré la notion populaire – mais erronée – voulant que le commerce se fasse au détriment d’une nation, et qu’il soit une proposition où il y a nécessairement un gagnant et un perdant. EDC a réalisé le sondage de l’Indice de confiance commerciale (ou ICC) auprès des exportateurs canadiens pendant les virulents débats ayant fait rage aux États-Unis. Devinez ce que nous a révélé le sondage…

Les gains substantiels enregistrés par l’Indice lors du sondage du printemps ont été plus qu’effacés à l’automne. En fait, l’ICC a chuté à son plus bas niveau depuis l’automne 2012 – alors que la conjoncture économique était beaucoup plus grave que celle que nous connaissons aujourd’hui. De manière générale, l’Indice s’est orienté à la baisse depuis son dernier pic du printemps 2014. Cette trajectoire descendante de l’Indice coïncide avec le plongeon des cours mondiaux des produits de base, mais elle laisse perplexe, car elle survient pendant un raffermissement généralisé de la demande américaine.

Les cinq éléments de l’ICC ont perdu des points dans le récent sondage et, fait intéressant, c’est dans l’élément conjoncture économique nationale où la glissade a été la plus prononcée. La confiance des répondants à l’égard de cette conjoncture est l’élément s’étant le plus dégradé entre les deux sondages – les initiatives gouvernementales étant un facteur clé dans l’érosion de la confiance. L’élément ventes sur le marché intérieur n’était pas très loin derrière, les répondants blâmant la demande défaillante et la saisonnalité. L’élément ventes à l’exportation suivait de près au troisième rang : le tiers des entreprises sondées s’attendant à une détérioration ont invoqué un tassement de la demande étrangère. Fait à souligner, pas moins de 21 % des répondants de ce même groupe ont attribué le recul des ventes à des limites de capacité – une préoccupation absente de l’enquête du printemps.

Dans le sondage de l’automne 2016, les exportateurs ont exprimé leur inquiétude au sujet de la conjoncture économique mondiale. La récession et l’instabilité planétaires sont jugées inquiétantes pour près de la moitié des répondants escomptant une conjoncture moins favorable, contre 29 % ce printemps. Parmi les répondants étant les plus pessimistes à propos de l’élément débouchés à l’étranger, 20 % ont cité l’instabilité comme un facteur prépondérant.

Les réponses des petits exportateurs pèsent énormément dans les résultats de sondage. À l’image de leur présence dans l’économie canadienne, les petites entreprises représentent la majorité des répondants au sondage, et leur vote compte autant que celui des grandes entreprises. Dans l’enquête menée cet automne, les petites entreprises ont déclaré être franchement moins optimistes. Comme leur résultat dans l’indice a perdu 3,3 points, elles sont passées du premier au dernier rang. De même, le niveau de confiance des grandes et moyennes entreprises a diminué par rapport au printemps. Toutefois, les déclins représentaient moins du quart de ceux constatés chez les petites entreprises.

Quant à l’ICC en fonction des divers secteurs, la chute la plus marquée s’est produite dans les industries extractives – soit les hydrocarbures et les mines. Tout comme chez les petites entreprises, le score de ces industries est passé du meilleur au pire en à peine six mois. Manifestement, les cours des produits de base ont encore une influence considérable sur les perceptions du marché. Les secteurs du transport et des TI ont aussi enregistré des baisses notables, les résultats étant plus modérés dans les autres industries.

L’attitude des exportateurs canadiens envers les débats à saveur populiste sur le thème du commerce international figure parmi les grandes révélations du sondage. En effet, lorsqu’on a demandé aux exportateurs canadiens de nommer les facteurs ayant la plus forte incidence sur leurs activités internationales à court terme, 58 % d’entre eux ont cité le résultat (alors inconnu) de l’élection américaine comme leur principale préoccupation – la troisième étant le vote du Brexit, ce qui illustre l’importance des échanges commerciaux entre le Canada et l’Union européenne pour nos exportateurs. Entre ces deux sujets d’inquiétude se trouvait le ralentissement de la croissance en Chine. L’issue de l’élection américaine étant désormais connue, il y a fort à parier que ces préoccupations sont aussi vives – voire plus vives – que lors de la réalisation de l’enquête sur l’ICC. C’est en tout cas ce que j’ai observé lors de ma récente tournée pancanadienne des Prévisions à l’exportation.

Conclusion?

De toute évidence, le monde est entré dans une ère d’incertitude accrue qui bouscule l’architecture même du commerce international. Les débats sur cette question ont, semble-t-il, ébranlé les exportateurs canadiens. Leur confiance envers les perspectives à court terme sera très probablement façonnée par les résultats tangibles des politiques adoptées à la suite des élections et des référendums, passés ou en cours.

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