Les femmes des technologies propres : Entretien avec Jane Kearns, conseillère principale à MaRS

Les femmes des technologies propres : Entretien avec Jane Kearns, conseillère principale à MaRS

Jane Kearns, conseillère principale à MaRS Cleantech et leader reconnue de l’innovation durable, compte plus de 15 ans d’expérience dans les secteurs de la finance environnementale, des technologies propres et du développement durable.

Elle a également participé à l’instauration du premier cours de finance environnementale à la Columbia Business School, lequel est toujours offert dans le cadre des programmes de MBA et de MBA pour cadres de cette école ainsi qu’à la School of International and Public Affairs de la Columbia University.

Exportateurs avertis a eu la chance de rencontrer Mme Kearns. 

Jane Kearns, conseillère principale à MaRS

Jane Kearns, conseillère principale à MaRS

Quels défis et perspectives attendent le secteur des technologies propres dans le contexte de la mondialisation au XXIe siècle?

La mondialisation crée une dynamique intéressante en ce XXIe siècle. Le mélange des idées et du talent s’accentue. Et comme les déplacements internationaux sont devenus relativement simples et abordables, les contacts entre professionnels et entreprises de domaines similaires sont plus faciles que jamais. Cette capacité accrue de réseauter et d’échanger des idées pourrait nous aider à progresser sur des questions importantes.

Du côté des technologies, il y a un immense potentiel d’électrification sans émissions de carbone dans les pays en développement. Grâce à des miniréseaux combinant énergie renouvelable, stockage et commandes, il est possible d’acheminer l’électricité vers des régions qui ne sont pas encore raccordées au réseau principal, ce qui libère les habitants de ces pays de leur dépendance et démocratise l’accès à l’énergie.

C’est également vrai dans les pays développés. Les fournisseurs publics ne détiennent plus le monopole d’approvisionnement : leurs clients peuvent produire leur propre électricité et les prix de distribution de l’énergie renouvelable commencent à rivaliser avec ceux des combustibles fossiles. Ces facteurs peuvent changer la dynamique de l’industrie de l’énergie chez nous aussi.

En général, le secteur des technologies propres doit relever les mêmes défis que les autres sur les marchés internationaux : cultures et attentes différentes, barrières linguistiques et déploiement difficile dans les régions éloignées.

Plus particulièrement, l’affranchissement de certains pays des combustibles fossiles s’annonce corsé. Les transports représenteront tout un défi, malgré qu’il s’agisse d’un secteur pivot dans la réduction des émissions de GES. La transformation de l’infrastructure de transports – par exemple, le virage vers les véhicules électriques – nécessite d’importants investissements et n’a de sens que si l’électricité est générée sans aucun recours aux combustibles fossiles. L’expédition et les déplacements par avion constituent des défis encore plus grands. Les navires et les avions produisent des quantités astronomiques de GES, et il faudra vraiment faire preuve d’une innovation tous azimuts pour réussir à les électrifier.

Que pensez-vous de la Chine comme écomarché émergent?

Tout indique que la Chine sera le plus grand marché des technologies propres dans les décennies à venir. Selon les données du Cleantech Group, en 2012, elle a investi 68 G USD dans ce secteur, soit un quart des investissements en la matière à l’échelle mondiale. Il n’y a pas de doute, l’Empire du Milieu représente une occasion en or pour les éco-entreprises canadiennes. Toutefois, ces dernières doivent bien faire les choses et trouver les bons partenaires.

Nous savons tous que la Chine a d’énormes problèmes environnementaux, mais heureusement, elle semble enfin s’y attaquer. Il faut dire qu’elle change vite. Actuellement, l’un de ses principaux objectifs est de miser sur l’innovation technologique au lieu de la fabrication, notamment dans le secteur des technologies propres. Si elle dépense encore beaucoup plus (environ 24 fois plus) dans l’acquisition de propriété intellectuelle à l’étranger que dans la conception, elle a d’ambitieux plans de changement et des capitaux considérables pour les mettre en œuvre (environ 165 G USD en R-D cette année).

Cette conjoncture crée des occasions de collaboration intéressantes pour les entreprises canadiennes souhaitant concevoir de nouvelles technologies avec des partenaires chinois, car elles pourront profiter d’un énorme capital, d’un grand savoir-faire manufacturier et des réseaux de distribution internationale chinois. Il faut donc voir dans la Chine une bonne occasion de créer conjointement et rapidement de nouvelles technologies qui pourront être distribuées dans le monde entier.

La présence de femmes à des postes de haute direction du secteur des technologies propres augmente encore lentement. Que faut-il changer pour que davantage de femmes deviennent cadres dirigeantes et qu’elles soient plus nombreuses dans le secteur des technologies propres?

Cinq questions pour Jane Kearns

1. Quel a été votre premier emploi dans les technologies propres?

J’ai d’abord travaillé dans le domaine financier, et non technique. Quand j’ai obtenu mon diplôme d’études commerciales à New York, je cherchais un emploi qui me permettrait d’exploiter mes compétences en finance pour contribuer à l’essor d’entreprises vouées à l’amélioration de l’environnement. Je crois bien avoir décroché le seul emploi en « finance environnementale » qui existait alors à New York. Je travaillais pour une société de placement spécialisée exclusivement dans les entreprises des secteurs de l’énergie renouvelable et des technologies environnementales (le terme « technologies propres » n’avait pas encore vu le jour; ça vous donne une idée de mon âge!). J’ai pu explorer les technologies en profondeur, mais aussi vraiment comprendre comment ce type d’entreprise pouvait être rentable.

 

2. Comment aviez-vous décroché ce poste?

Réseautage, réseautage, réseautage! Personnellement, je n’ai jamais trouvé d’emploi en envoyant mon CV à l’aveuglette. En fin de compte, c’est toujours une question de contacts. J’avais réussi à me rapprocher de deux des fondateurs de la firme; quand j’ai terminé mes études, ils me connaissaient déjà bien et m’ont informée qu’ils recrutaient.

  

3. Que connaissez-vous aujourd’hui de l’industrie des technologies propres que vous auriez aimé savoir à vos débuts?

Je sais combien le processus peut être long et lent. Depuis mes débuts dans le domaine en 2001, j’ai senti qu’il y avait beaucoup de défrichage à faire. C’est seulement aujourd’hui, 15 ans plus tard, que je peux véritablement dire que je suis à la fine pointe d’une industrie florissante. Croyez-moi, ça fait du bien.

 

4. Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui pensent se lancer dans le domaine des technologies propres?

De nos jours, il est très difficile d’y faire sa place sans un diplôme technique. La haute technologie étant omniprésente, il faut bien souvent parler le langage des créateurs techniques pour gagner leur confiance. On ne se trompe pas en choisissant le génie au premier cycle.

 

5. Qu’est-ce que vous faites lorsque vous ne travaillez pas?

Moi, ne pas travailler? Je ne connais pas ça.

Catégories Ecotechnologies

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