La génération Y à la rescousse?

Le fait d’appartenir à une génération revêt parfois beaucoup d’importance. C’est le cas des personnes nées entre 1983 et 1990 qui ont terminé leurs études ou encore reçu leur diplôme collégial et universitaire alors que sévissait la Grande récession, ou ses effets hautement indésirables. Jusqu’ici, ce groupe a dû attendre sept longues années avant d’intégrer correctement l’économie. Cet intervalle très long dans la vie ou la carrière d’une personne peut marquer de façon permanente une génération. Alors, la génération Y sera-t-elle un jour totalement intégrée à l’économie, ou est-elle condamnée à suivre un parcours différent?

La réponse se trouve du côté des statistiques du marché du travail. Les membres de la génération Y ne se trouvant pas d’emplois sont considérés comme des chômeurs, mais cette situation ne dure généralement qu’un temps. En effet, nombre d’entre eux se découragent et abandonnent leur recherche. Sur le plan statistique, ils quittent le marché, mais restent comptabilisés comme des « non-participants » dans la main-d’œuvre. Les taux de participation, publiés chaque mois dans la plupart des économies développées, ont énormément fluctué ces dernières années. Par exemple, aux États-Unis le taux de participation a chuté lors de la récession. Plutôt que de repartir à la hausse lors du réveil de la croissance de l’emploi, ce taux a, année après année, poursuivi sa descente, ce qui a pénalisé les différents groupes, et tout particulièrement les membres de la génération Y. Avant la récession, le taux moyen de participation des 25 à 34 ans dépassait les 83 %. En 2010, il avait glissé d’un point entier de pourcentage, et il a continué sa chute, perdant environ 0,2 % chaque année – ce qui est très inhabituel lorsque la croissance de l’emploi est remarquablement dynamique.

Comment expliquer cette trajectoire descendante? Eh bien, des légions de travailleurs ont perdu leur emploi lors de la Grande récession. Les entreprises n’ont pas seulement été confrontées à une débâcle économique, mais aussi à un risque accru d’implosion financière. Elles ont donc remercié des travailleurs plus rapidement qu’à l’ordinaire. Quand l’économie a renoué avec la croissance, il y avait beaucoup de travailleurs qualifiés sur le marché – un bassin équivalant à environ sept années d’effectif. Il est possible que les entreprises aient puisé dans ce bassin pour éviter les coûts supplémentaires liés à la formation des nouveaux diplômés. Ce qui pose problème, c’est que cette façon de faire persiste depuis longtemps; en fait, pendant un intervalle suffisamment long que cette pratique est devenue familière pour ces mêmes entreprises qui pourraient même perdre l’aptitude à intégrer les travailleurs moins expérimentés.

Pourquoi cette intégration est-elle capitale? Peu importe l’époque, perdre une génération est une chose terrible. La génération Y est particulièrement importante pour la raison suivante : elle représente les consommateurs « à la fine pointe ». Or, s’ils ne sont pas adéquatement engagés sur le plan de l’emploi, ils n’ont pas les revenus pour consommer, contrairement aux générations précédentes. Par ailleurs, aux États-Unis, la proportion de personnes de la génération Y habitant au domicile familial a atteint un niveau inédit ces dernières années. Dans certains cas, ces personnes forment des ménages, sans que cela n’entraîne l’achat d’une maison et la consommation qui l’accompagne. L’économie se trouve par conséquent privée de beaucoup d’activité – et nous en ressentons tous les effets.

Pour certains, cette situation est attribuable à un changement de culture : la génération Y fait les choses différemment – elle ne souhaite pas acheter de véhicule, former des ménages de la même façon ou devenir propriétaire de la maison de leur rêve. Pour d’autres, le changement est plus technique : il y a moins d’emplois, car les entreprises sont plus capitalistiques et offrent seulement des emplois à des techniciens très qualifiés. Il y a une part de vérité dans ces observations, mais les choses ont-elles vraiment changé à ce point?

C’est peu probable, et ce, pour deux raisons. La première : parce que le Canada a réalisé une reprise sans créer d’emploi dans les années 1990 puisque l’austérité budgétaire avait miné la croissance. Les travailleurs de la génération X en avaient souffert le plus, et le résultat ressemblait beaucoup à celui des membres de l’actuelle génération Y. À l’époque, plusieurs raisons de nature structurelle avaient été invoquées pour les comportements différents de la nouvelle génération. Mais dès la fin de l’austérité, ces changements structurels se sont progressivement effacés. Grâce à de nouveaux emplois, cette génération mieux nantie à commencer à consommer tout comme les générations précédentes. La génération Y (ou du millénaire) devrait sans doute faire de même. La seconde raison : les changements techniques auxquels nous assistons aujourd’hui ont créé l’un des plus faibles taux de chômage de tous les temps il y a à peine quelques années. Difficile de s’imaginer que quelques années plus tard qu’ils soient la cause d’une baisse de la vigueur du marché de l’emploi.

Conclusion?

Ce groupe d’une importance déterminante sera-t-il de retour en piste? Absolument : en fait, c’est déjà le cas. L’un des faits marquants de la conjoncture récente est justement le retour de la génération Y sur le marché du travail américain. Uniquement dans les six derniers mois, leur taux de participation a grimpé, passant de 80,5 % à 81,8 %, et la tendance s’oriente nettement à la hausse. Cette amélioration pourrait avoir des retombées considérables non seulement sur l’économie américaine, mais aussi sur l’économie mondiale en imprimant un élan nouveau à la consommation « à la fine pointe » qui fera alors un bond dans les deux chiffres. Ainsi, sept années après la crise, une croissance typique d’une véritable reprise pourrait enfin s’installer.

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