Immersive Design Studios : l’exportation comme point de départ

Plutôt lucides, Thomas Soetens et son associée Kora Van den Bulcke sont persuadés non seulement d’assister à une renaissance des mondes convergents de l’art, de la culture et du commerce, mais aussi d’y contribuer.

Du Air Canada Centre de Toronto au Rogers Arena de Vancouver, les projections interactives 3D haute définition d’Immersive Design Studios transforment le divertissement d’avant-match. Et de musées de New York à d’autres d’Europe, en passant par des centres de congrès mondiaux, sa technologie redéfinit la manière dont le public reçoit et interprète le contenu. Grâce à de récentes avancées, sa technique scénographique permettra bientôt aux acheteurs potentiels de faire une visite virtuelle immersive du plus grand chantier de tour résidentielle au monde – lequel est actuellement en construction par le Lodha Group à Mumbai, en Inde.

Soetens, artiste en arts visuels de formation, et MmeVan den Bulcke, architecte, sont les esprits créatifs et entrepreneuriaux qui se cachent derrière ce studio montréalais.

« Que signifiait être un artiste à la Renaissance? C’était jongler avec la musique, la politique, la technologie et le commerce. L’artiste d’aujourd’hui n’est pas si différent, explique M. Soetens. Grâce à la technologie, nous pouvons de nouveau être des artistes de la Renaissance. »

Après avoir créé un collectif d’artistes en nouveaux médias respecté dans sa Belgique natale et honoré pour des œuvres numériques novatrices, le couple a imaginé une nouvelle approche : transformer son collectif d’artistes en entreprise. C’est avec cette idée en tête qu’il a trouvé son emplacement idéal : Montréal.

« Nous trouvions que le Canada encourageait concrètement l’innovation », indique M. Soetens, en ajoutant avec une fierté évidente que lui et Mme Van den Bulcke sont maintenant citoyens canadiens. « En raison de son capital humain, de son ouverture d’esprit et de sa proximité aux entreprises de jeu locales et au marché américain, Montréal était l’endroit idéal pour démarrer notre entreprise. »

C’est ainsi qu’est né Immersive Design Studios en 2006. Deux semaines après sa création, le studio décrochait son premier contrat : la Deutsche Bank lui confiait la conception d’une plateforme numérique améliorée pour un congrès des hauts dirigeants (voir les cinq questions ci-après).

Depuis, le studio offre sa technologie et ses services aux États-Unis, au Canada, en Inde, en Corée du Sud et en Europe. « Nous avons trois projets d’importance au Canada, mais 90 % de nos revenus proviennent de l’étranger, souligne M. Soetens. Cette situation ne pose aucun inconvénient. »

Comme d’autres clients, la Deutsche Bank a saisi l’occasion et demandé la création d’une expérience inédite pour son auditoire au moyen du produit phare du studio : CANVAS,  logiciel de traitement d’images basé sur un moteur de jeu.

Conçu pour de grandes surfaces comme les arénas, les structures architecturales, les centres de congrès et les centres d’exposition, CANVAS projette des images interactives remarquablement naturelles.

Ainsi, au congrès de la Deutsche Bank, CANVAS a permis à un haut dirigeant de Hong Kong d’apparaître sur scène à New York sous forme d’hologramme et d’interagir directement avec l’auditoire.

« CANVAS est l’outil créatif qui permet aux images de s’intégrer à l’architecture environnante et de la transformer, précise M. Soetens. Là où PowerPoint véhiculait simplement l’information, notre logiciel reproduit la réalité et permet à l’auditoire de vivre de près des émotions. »

Selon M. Soetens, lui et Mme Van den Bulcke ont commencé à explorer les moteurs de jeu il y a 15 ans. « Nous cherchions comment créer un environnement hybride qui relierait les mondes réel et virtuel. »

Ils ont passé les années suivantes à développer et à perfectionner CANVAS, que toute personne possédant une formation en animation informatique peut maintenant utiliser.

Les graphiques 3D produits par CANVAS sont aujourd’hui tellement convaincants que le premier spectacle, flamboyant, présenté avant le match des Canadiens de Montréal sur la patinoire du Centre Bell est devenu le premier à être diffusé à travers le pays.

Dans le centre d’exposition circulaire de Mumbai, construit sur mesure pour le Lodha Group, les visiteurs pourront explorer des scènes interactives grandeur nature qui reproduiront plus de 70 décors interreliés situés à l’intérieur et à l’extérieur de la tour résidentielle. Parmi les éléments marquants, notons la possibilité pour les visiteurs d’un appartement de changer les postes d’un téléviseur virtuel diffusant des émissions en direct, des miroirs virtuels réfléchissant leur image pour une expérience encore plus immersive et la vue de l’appartement-terrasse telle qu’elle se présente durant les quatre saisons.

« Nous avons créé le “holodeck” », affirme M. Soetens, en faisant référence au dispositif de la série Star Trek : La nouvelle génération.

Contrairement aux lunettes de réalité virtuelle, dont la conception impose une expérience individuelle, CANVAS permet aux participants d’interagir à la fois entre eux et avec l’environnement virtuel.

« Le Lodha Group a compris qu’une expérience de réalité virtuelle en groupe où les participants interagissent entre eux serait impossible avec de telles lunettes. »

Pour le couple, son équipe et ses investisseurs, la connectivité humaine est l’un des principaux éléments distinctifs qui expliquent le potentiel mondial croissant du studio dans les mondes du divertissement, de l’événementiel d’entreprise, de l’immobilier et de l’art.

« En tant qu’artistes, nous avons toujours tenu compte du facteur humain dans notre technologie, souligne M. Soetens. Celui-ci se reflète constamment dans notre travail et notre motivation. Ce chevauchement existe également entre l’art et le commerce, dans leur façon d’interagir et de s’influencer. »

Cinq questions pour Thomas Soetens, cofondateur d’Immersive Design Studios

1) Quelle a été votre première vente à l’exportation?

Un projet pour un congrès des hauts dirigeants de la Deutsche Bank, tenu à New York.

 

2) Comment cette première possibilité d’exportation s’est-elle présentée?

Nous venions tout juste de boucler, avec grand succès, un projet pour le Museum of the Moving Image à New York. Le directeur du musée nous a alors présentés aux représentants de la Deutsche Bank. Ce fut un magnifique recoupement entre les milieux artistique et commercial. Les deux clients voulaient une création à la fine pointe de la technologie, quelque chose d’encore inédit. Nous avons conçu le projet du congrès grâce à CANVAS, comme nous l’avions fait pour celui du musée.

 

3) Que connaissez-vous aujourd’hui de l’exportation que vous auriez aimé savoir à vos débuts?

Nous avons commencé à faire des affaires à l’étranger il y a dix ans. Comme artistes, nous avons toujours adopté une perspective mondiale : nous reconnaissons la nécessité et la pertinence de voir les choses en grand. À l’époque, les médias numériques semblaient à tous une avancée sans limites. C’est encore plus vrai aujourd’hui. L’essence même de la technologie est de traverser les frontières et de croître mondialement.

 

4) Comment le commerce a-t-il évolué depuis que vous vous êtes lancé en affaires?

La mondialisation et l’essor de l’Inde et de la Chine au cours des dix dernières années ont considérablement modifié notre vision des endroits sur lesquels nous devrions nous concentrer. Les États-Unis sont et resteront un marché important, mais les projets les plus novateurs ne s’y trouvent plus nécessairement. Les marchés émergents ne veulent pas simplement suivre la parade : ils veulent devenir des meneurs. Ils cherchent constamment à innover. Notre projet à Mumbai – le centre d’exposition consacré à la plus haute tour résidentielle au monde – est ainsi à l’avant-garde de la technologie.

 

5) Quelle est la chose la plus importante que doivent savoir les nouvelles PME au sujet du commerce d’exportation?

Elles doivent d’abord et avant tout savoir que leur produit doit répondre à un besoin mondial et s’exporter. Il arrive que des gens créent un produit avant même de se demander comment l’exporter. Ils devraient plutôt adopter la stratégie inverse, c’est-à-dire envisager l’exportation dès le départ.

L’exportation commence par la recherche et le développement. Il s’agit de concevoir des produits qui tiennent compte d’un vaste éventail de besoins et de différences culturelles. En d’autres mots, ils doivent pouvoir se mouler et s’adapter à différents besoins partout dans le monde.

Catégories Technologies et télécommunications

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