Le Mexique à la croisée des chemins?

Les problèmes sont imminents. Qui l’eût cru? Pour de nombreuses raisons, le Mexique a toujours été un marché privilégié; je l’ai déjà dit par le passé. Ces dernières années, sa relation avec le Canada s’est épanouie pour devenir une des pierres angulaires de notre transition vers le commerce d’intégration. C’est pourquoi la situation du Mexique suscite beaucoup d’intérêt ici : lors de mes tournées, on me pose toujours des questions sur le Mexique, et mes commentaires sur l’économie mexicaine figurent parmi les plus populaires. Mais cette vive curiosité se transforme indéniablement en inquiétude. Quelles sont les perspectives d’avenir du Mexique?

La tournure des événements surprend, vu les réussites considérables du pays. Il y a maintenant plus de vingt ans, la signature d’un accord de libre-échange avec les États-Unis et le Canada a marqué une victoire significative pour le Mexique. Elle a donné un second souffle au programme des maquiladoras et lancé une vague d’investissement direct à l’étranger – maintenant un pilier de l’économie du pays ‒, lequel varie maintenant et de façon constante entre 25 et 30 milliards de dollars chaque année, établissant le Mexique comme une puissance manufacturière. Pendant ce temps, le Mexique a impressionné par sa main-d’œuvre abondante, sa formation professionnelle et ses salaires concurrentiels. Son rendement stable au sortir de la récession est tributaire de ces qualités, tout comme de sa proximité et de ses liens solides avec le marché américain et d’un programme de réforme industrielle de plus en plus dynamique. Mais la belle époque est-elle révolue?

L’orage couvait déjà à la mi-2014 quand le cours des produits de base a entamé sa chute constante. Les finances publiques du Mexique dépendent largement des recettes pétrolières, et un programme de couverture ingénieux a protégé les coffres de l’État des premiers chocs. Toutefois, c’est maintenant terminé, et les compressions – notamment les réductions importantes des subventions à l’essence – sont très impopulaires et risquent d’engendrer des troubles. En outre, la baisse des cours mondiaux est survenue juste au moment où les réformes de l’énergie atteignaient leur rythme de croisière. En général, les secteurs mondiaux pauvres en liquidités devaient renoncer à une expansion rapide au Mexique. Puisqu’une reprise imminente des cours est peu probable, toute montée de l’investissement semblable à ce que des cours mondiaux à trois chiffres auraient pu offrir constitue une perspective à très long terme.

Pire encore, le président mexicain a subi une chute radicale. Après qu’il a gagné une popularité importante en 2012 – sa cote s’élevant à 61 % –, une série de faux pas dont le point culminant a été une visite désastreuse de Trump, alors candidat, a fait tomber sa cote à seulement 23 %, ce qui fait de lui le président le moins populaire de l’histoire.

Au même moment, l’issue de l’élection américaine a lancé un défi diplomatique de taille au Mexique. Le pays a reçu son lot de propos méprisants lors de la présidentielle, y compris des menaces alarmantes : ériger un mur à la frontière, imposer des droits de douane de 35 % sur tous les biens mexicains à destination des États-Unis, rapatrier les immigrants illégaux, contrôler l’envoi de fonds et, comme si ce n’était pas suffisant, éliminer l’ALENA. Ces mesures passeront-elles de la rhétorique à la réalité?

Au moment de la rédaction, aucune politique concrète n’avait été annoncée. Le programme de la nouvelle administration au jour 1 ne contenait aucun élément majeur concernant le Mexique. Actuellement, nous n’avons qu’un grand parleur, une foule de nominations et une volée imprévisible de gazouillis – qui ont influencé les marchés, voire les plans d’investissement. Les récentes annonces concernant le secteur de l’automobile suggèrent une sortie progressive du Mexique, ce qui indique à tous les projets d’investissement importants des États-Unis au Mexique qu’ils sont sous surveillance. Même si cette mesure met les plans d’investissement en suspens, la logique commerciale veut qu’elle soit temporaire. Premièrement, les liens commerciaux serrés entre les États-Unis et le Mexique seront difficiles à défaire rapidement. Deuxièmement, ce démantèlement coûterait très cher non seulement au Mexique, mais aussi aux États Unis. Le Woodrow Wilson Center estime que le commerce avec le Mexique soutient quelque cinq millions d’emplois aux États-Unis. Or, le Texas est particulièrement exposé au commerce avec ce pays. Troisièmement, condamner la prospérité du Mexique ne fera qu’accentuer le grave problème de l’immigration illégale. Quatrièmement, le retour en arrière menace de relancer le commerce illégal. Cinquièmement, le manque d’investissement à l’étranger lance une invitation à d’autres prétendants étrangers que les États-Unis pourraient trouver dérangeants tout près de chez eux.

Conclusion?

Le Mexique peut se consoler : la logique économique joue en sa faveur. Espérons que ce sera suffisant pour garantir que le discours musclé observé aux États-Unis vise vraiment à améliorer la situation actuelle, et qu’il se révélera avantageux pour tout le monde.

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