L’éclatante vérité sur le marché de l’or noir

Les cours pétroliers sont repartis à la hausse. Les observateurs du marché nous diraient que ce n’est pas nouveau, et que ces mouvements se produisent chaque jour, voire chaque semaine. Pourtant, la récente chute de 8 $ du West Texas Intermediate a ravivé les craintes d’un net repli. Les producteurs ne pensent pas que la fourchette actuelle se maintiendra : ils sont sans doute désabusés par les fortes fluctuations des cours depuis au moins trois ans. Dans le même temps, un auditoire de plus en plus vaste s’intéresse à l’effet des dernières fluctuations des cours de l’or noir sur notre dollar, et se demande ce que réserve l’avenir. Les cours se stabiliseront-ils dans une certaine fourchette? D’autres tendances se dessinent-elles à l’horizon ?

Depuis deux décennies, l’industrie constate à quel point il est difficile de prévoir l’évolution des cours. D’ailleurs, des prévisions justes ou erronées ont lancé ou détruit des carrières. Les 15 années de stabilité des cours à 25 dollars, soit jusqu’en 2002, ont laissé croire aux analystes que l’industrie connaissait une forme de « nouvelle normalité ». Par la suite, la folle envolée des cours a changé cette conception, et tous les efforts se sont cristallisés sur un objectif : répondre à l’insatiable demande des marchés émergents. Vers la fin de 2007, la « nouvelle réalité » ressemblait à des cours à 100 $ le baril. À la mi-2008, les cours se sont envolés à 150 $, et vers la fin de l’année, on annonçait des cours à 200 $.

La grande récession a mis fin à ces prévisions. Les analystes contrariés ont admis que l’embellie du début de 2008 était temporaire et qu’il y avait des raisons expliquant des cours d’à peine 35 $ à la fin de l’année. Étrangement, pendant un moment, ce niveau a été étiqueté comme celui de la « nouvelle normalité ». Les cours se sont vite hissés dans la fourchette plus tenable des 75 $ le baril, et ils sont restés là pendant plus d’un an. Ce qui a suivi a causé l’étonnement : malgré une contraction de la demande après la récession, les cours sont revenus dans la fourchette des 90 à 100 $, et ils y sont demeurés pendant trois ans et demi. Cette stabilité relative a convaincu les observateurs du marché que c’était là « la véritable nouvelle normalité » qui nous avait échappé. D’autres ont conclu que si une croissance mondiale timide pouvait générer des cours de ce genre, la relance de la croissance les pousserait encore plus haut. Les optimistes reprenaient du service!

Ce qui s’est passé par la suite a provoqué un choc. Les cours ont rapidement plongé de leur niveau de la mi-2014 pour s’établir au cours inimaginable de 25 $ le baril en janvier 2016. Le cours a remonté dans la fourchette des 50 $ à la mi-2016, ce qui a rassuré l’industrie, mais ce niveau a continué de nécessiter plusieurs rajustements. Les cours semblent dernièrement stables (une « nouvelle normalité » ?). Mais cela durera-t-il?

Pour le savoir, retraçons leur parcours mouvementé depuis 20 ans. Leur progression au début de 2000 est sans doute à attribuer à l’effet conjugué de la demande des marchés émergents et du changement des habitudes de consommation sur les marchés développés – un changement induit par la faiblesse des cours. L’ascension des cours a d’abord été alimentée par des craintes généralisées d’une pénurie structurelle des stocks, impossible à combler à court terme, et par la spéculation sur le marché. La récession a fait oublier ces craintes pendant un bref moment. Les mesures de relance – se présentant d’abord sous la forme de dépenses gouvernementales, puis du programme d’assouplissement quantitatif – ont catapulté les cours, qui sont restés élevés jusqu’à la mi-2014. Le retour de la croissance a sonné la fin de ce programme, privant les cours des produits de base d’une source essentielle de fonds. Résultat : le marché a été livré à lui-même, et la chute des cours s’est poursuivie malgré les tentatives de soutien répétées de la part du marché.

Pourquoi? Parce que les cours élevés avaient généré d’immenses investissements dans la technologie et dans des projets clés à l’échelle mondiale. La production augmentant, il est devenu évident que l’offre devancerait largement la demande dans un horizon prévisible. Aujourd’hui, la production américaine de schiste est devenue la production d’appoint du globe. Des stocks abondants sont donc prêts à revenir sur le marché à un cours avoisinant les 60 $. Il existe d’autres projets et investissements à l’international qui demeurent retardés, mais ils entreront en service dès que les cours grimperont. Ce contexte tend à conforter l’idée voulant que la fourchette actuelle soit la nouvelle normalité. Il est possible que ce contexte persiste pendant un temps. Cependant, si notre analyse est juste – à savoir, la croissance mondiale peut encore s’accélérer –, on révisera à la hausse la trajectoire de la demande, et naturellement aussi celle des cours.

Conclusion?

Les cours du pétrole brut devraient s’établir dans la fourchette des 55 $ le baril. Nous tablons sur des cours qui atteindront en moyenne à 54 $ le baril cette année et 57 $ le baril en 2018. D’après nous, la récente éclipse sera passagère, et de ce fait, le niveau actuel ne constitue pas une nouvelle normalité. Le regain actuel de la demande mondiale finira par se répercuter sur les cours du pétrole brut.

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