Manitobah Mukluks : À la conquête du monde

Manitobah Mukluks : À la conquête du monde

D’authentiques mukluks et mocassins canadiens maintenant offerts dans 50 pays

Sean McCormick a grandi avec des mukluks aux pieds, mais il ne se doutait pas qu’un jour, il ferait connaître au monde entier ces chaussures typiquement canadiennes.

Aujourd’hui, le jeune entrepreneur énergique, élevé dans la tradition métisse de sa mère, possède une société qui fabrique des mukluks et des mocassins vendus sur quatre continents.

« Nommez un pays », lance-t-il. « Cette année, nous avons vendu dans 50 pays avec notre plateforme de commerce électronique, qui nous permet de pénétrer sur des marchés autrement inaccessibles. Internet est une porte sur le monde pour les petits fabricants comme nous. Allez, nommez un pays – Angleterre, Italie, Russie, Chine, Corée, Brésil, États-Unis – nous sommes partout! »

McCormick insiste sur la mission de son entreprise et sa marque responsable, avouant volontiers qu’il pourrait en parler pendant des heures.

« J’ai grandi en symbiose avec mon héritage, poursuit-il. On m’a inculqué un grand sens de la responsabilité sociale. Additionnez ces valeurs et mes mukluks, et ma carrière était toute tracée! »

Tout commence en 1990, alors qu’il travaille le cuir et la fourrure dans une tannerie pendant ses études secondaires. Il établit un poste de traite avec des femmes autochtones fabriquant des mukluks.

« Je vendais leurs produits à des boutiques de souvenirs, se rappelle-t-il. J’en manquais toujours, alors j’ai décidé d’en fabriquer moi-même. »

En 1996, il suit un cours de neuf mois pour jeunes entrepreneurs autochtones et en ressort avec le plan d’affaires de Fleece Line, fabricant de mukluks et de mocassins.

« J’ai montré le plan à la banque, puis lancé l’entreprise début 1997, explique-t-il. Les premières années, nous n’étions que dix; nous vendions aux boutiques de souvenirs. »

En 2004, alors qu’il possède une usine à Brandon, les mukluks deviennent tendance et la demande explose. « Nous sommes passés de 1 000 paires par an à 1 000 par semaine! J’ai ouvert une deuxième usine à Winnipeg. Deux ans plus tard, quand la mode a passé, tout s’est écroulé. »

McCormick indique que cet essor lui a fait comprendre le pouvoir de la marque et l’envergure de l’industrie de la chaussure sur la scène mondiale.

« Ça m’a ouvert les yeux, dit-il. Mon objectif était de prendre de l’expansion. J’ai créé la marque Manitobah Mukluks en 2008 afin de vendre dans le monde entier. »

C’est alors qu’il s’associe avec Vibram, fabricant de semelles très réputé, pour rendre ses mukluks plus polyvalentes. « Nous avons pris des chaussures vieilles de 10 000 ans et les avons adaptées au 21e siècle. C’était le début de la croissance rapide. »

Que des célébrités comme Kate Moss, Megan Fox, Jessica Biel et Justin Timberlake portent ses chaussures n’a sûrement pas nui! Même le prince Harry en a acheté pour sa copine.

Néanmoins, M. McCormick maintient que son entreprise n’en est pas une de mode. Il la voit plutôt comme une marque communautaire authentique qui produit les « meilleures bottes d’hiver au monde ». Au siège social de Winnipeg, 40 % des employés sont autochtones, et l’entrepreneur offre un solide soutien aux artisans qui confectionnent ses mukluks. Un de ses programmes, StoryBoots, commercialise des bottes faites main – des œuvres d’art – et remet 100 % des profits aux artisans métis qui les ont fabriquées. « Nous les aidons à rejoindre une clientèle internationale et à obtenir le prix qu’ils méritent. Une femme de la nation manitobaine Norway House vend ses mukluks en France. C’est une occasion de préserver la culture, et ça me permet de redonner [aux artisans qui perpétuent la tradition] ». Un autre programme enseigne aux jeunes à fabriquer ces chaussures : un cours crédité de confection de mukluks est désormais offert à Carleton et à McGill.

McCormick mise beaucoup sur ses ventes directes par Internet, mais il fait aussi du commerce de gros avec des entreprises comme Holt Renfrew, Neiman-Marcus et Nordstrom. Il est fier de n’avoir jamais payé pour de la publicité. Sa marque s’est élevée d’elle-même grâce à son histoire et à un marketing créatif.

Manitobah Mukluks offre trois gammes de produits : les chaussures artisanales, qui se vendent à plus de 1 000 dollars; une collection fabriquée au Canada, dont les produits haut de gamme coûtent entre 250 et 350 dollars; et une troisième série – pour laquelle les prix varient entre 130 et 350 dollars – produite dans une usine vietnamienne dont M. McCormick deviendra bientôt l’actionnaire majoritaire.

« J’aimerais qu’un jour cette entreprise appartienne à la communauté autochtone en tant qu’entreprise sociale, conclut-il. C’est mon objectif ultime – ça l’a toujours été. »

McCormick a utilisé deux services d’EDC pour lancer ses exportations : le programme de garanties d’exportations, qui lui a donné accès à un fonds de roulement, et l’assurance comptes clients, qui l’a protégé contre le défaut de paiement.

CINQ QUESTIONS pour Sean McCormick, propriétaire de Manitobah Mukluks

1. Quelle a été votre première vente à l’exportation?

Nous avons toujours eu des clients, des boutiques de cadeaux et de souvenirs, aux États-Unis.

 

2. Comment cette première possibilité d’exportation s’est-elle présentée?

Quand j’ai participé à une mission commerciale en 1997 où j’ai rencontré un marchand de Denver.

 

3. Que connaissez-vous aujourd’hui de l’exportation que vous auriez aimé savoir à vos débuts?

Comme petite entreprise, faire concurrence à des marques valant des milliards de dollars demande beaucoup d’efforts, d’investissement et de planification – il faut être bien préparé. Mais ça prend plus que de la préparation, et c’est difficile de connaître le coût réel et l’ampleur de l’investissement requis. Au début, j’ai sous-estimé le temps et les efforts nécessaires.

 

4. Comment le commerce a-t-il évolué depuis que vous vous êtes lancé en affaires?

Il est devenu électronique. Tout est en ligne maintenant. La technologie met toutes les entreprises sur un pied d’égalité : il est possible de se mesurer avec succès à de grosses entreprises en racontant son histoire sur Internet. Dans les salons commerciaux d’Europe, certains kiosques de nos concurrents valent plus cher que ce que nous avons déboursé en marketing durant nos 20 ans d’existence. C’est difficile de se démarquer dans un tel contexte. Mais pas en ligne! J’adore cette démocratisation : il suffit de vous montrer sous votre meilleur jour pour avoir une chance de réussir. Si vous m’aviez dit, il y a quatre ans, que nous vendrions dans 50 pays, j’aurais ri!

 

5. Quelle est la chose la plus importante que doivent savoir les nouvelles PME au sujet du commerce d’exportation?

Quelle est votre stratégie? Quel objectif poursuivez-vous? On ne peut pas plaire à tout le monde. Vous devez savoir ce que vous recherchez et vous concentrer là‑dessus. Pour nous, ce n’était pas de courir les salons commerciaux internationaux, mais d’entrer dans les salons du monde entier grâce au commerce électronique.

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