Moment en or pour l’Inde

L’économie indienne soulève un enthousiasme grandissant. À la différence des autres nations BRICA aux prises avec des difficultés, l’économie indienne a vu sa croissance se hisser en tête du classement – et aucun véritable concurrent n’est actuellement en piste. On pardonnera à ceux qui font preuve de cynisme, car l’Inde moderne a connu des épisodes prometteurs qui n’ont pas abouti. Certains facteurs, notamment des problématiques de longue date, pourraient dans le cas présent jouer les trouble-fête. Les conditions actuelles pourraient-elles constituer un argument convaincant que « cette fois sera la bonne »? Pour le savoir, examinons six facteurs qui rendraient ce moment possible.

La croissance mondiale. L’économie est prête à accueillir davantage de croissance, et pendant quelques années. Les États-Unis ont pris leur temps, mais les entreprises américaines semblent finalement disposées à mobiliser des groupes plus vastes laissés de côté par l’économie d’après-récession. La phase de croissance s’en trouvera prolongée et bonifiée, ce qui donnera à l’Europe plus de temps en piste pour prendre son envol. Voilà le contexte dont les marchés émergents ont besoin en général, puisque même les « grandes économies » n’ont pas le statut de locomotives, tout particulièrement l’Inde où la généralisation de la croissance est une condition indispensable pour tirer parti des autres occasions naissantes au pays.

Les aspirations. La population indienne aspire à un meilleur niveau de vie. Des programmes permettent de réaliser des progrès considérables dans la lutte contre la pauvreté. Voilà une excellente nouvelle étant donné que les signes de prospérité sont maintenant plus visibles chez davantage d’Indiens. Grâce à la présence accrue des médias et des communications au moyen d’appareils intelligents, les citoyens indiens sont plus exposés à la prospérité dans d’autres pays. Mais il y a plus : ils la voient aussi dans leur pays. En effet, les manifestations de la croissance récente en l’Inde sont difficiles à cacher, tout particulièrement les excès de cette nouvelle richesse. Ce contexte alimente dans la population le désir d’une vie meilleure, et à partir du moment où ce mouvement atteint une masse critique, il devient inéluctable.

Les réformes. L’Inde est depuis longtemps consciente de l’inefficacité de bon nombre de ces systèmes nationaux – et des difficultés qu’ils présentent aux investisseurs du pays et de l’étranger. Il est donc peu étonnant que l’Inde occupe le 130e rang sur 190 pays du classement 2017 selon l’Indice de la facilité de faire des affaires de la Banque mondiale. L’Inde a gagné une place en une année grâce à des améliorations notables dans les dossiers de l’électrification et de l’exécution des contrats. Des réformes sont constamment engagées, comme l’illustrent les progrès réalisés à l’égard de la TPS, une inclusion accrue des populations et l’élargissement de la couverture du système d’identification par biométrie. Beaucoup reste à faire sur ce front, mais l’Inde est sur une lancée.

L’infrastructure. Longtemps considérée comme un handicap du sous-continent, cette catégorie a aussi le vent dans les voiles. L’amélioration souvent citée des réseaux de transport, de concert avec la multiplication des entrepôts réfrigérés, a augmenté les denrées pouvant être acheminées à temps aux marchés. De plus, l’Inde semble faire un atout de ses infrastructures sous-développées : elle peut sauter des générations technologiques et directement opter pour des systèmes d’avant-garde, notamment des cités intelligentes et le système d’identification Aadhaar de prochaine génération – de même que les innovations commercialisables développées au pays qui sont ainsi favorisées.

L’ouverture. L’Inde est traditionnellement beaucoup moins ouverte que d’autres grands marchés émergents. Le principal indicateur de cette ouverture est la part des échanges commerciaux dans le PIB, qui était extrêmement maigre de 1960 à 2000. Plus récemment, ce nombre a doublé – un progrès pour le moins remarquable –, mais le chiffre global reste faible. Malgré tout, l’Inde participe à 14 accords de libre-échange et cherche à en conclure 14 autres. L’Inde a aussi conclu une longue liste de traités de double taxation, et une liste datée d’accords de protection des investissements, la majorité d’entre eux signés dans les années 1990. Dans l’ensemble, l’Inde s’engage constamment sur la voie d’une plus grande ouverture – et elle en récolte les fruits.

Les locomotives du futur. C’est la raison pour laquelle l’ouverture est primordiale. Dans un monde confronté à une baisse de la population, l’Inde dispose d’une main-d’œuvre vaste, disponible et toujours plus nombreuse. Au cours des prochaines années, le reste de la planète viendra de plus en plus frapper à la porte de l’Inde en quête de main-d’œuvre. La Chine est déjà active sur ce front. Une seconde vague de croissance est générée par l’enrichissement de ces masses nouvellement recrutées. À mesure que ce mouvement s’amplifie dans l’économie, la consommation grandissante de ces masses stimulera la croissance des entreprises indiennes sur le marché intérieur, tout comme l’investissement direct des sociétés étrangères désireuses d’accéder à ce marché. De bien des façons, cette dynamique est fondamentale pour que l’Inde s’impose comme la Chine du prochain cycle de croissance.

Conclusion?

Ce scénario est-il imaginaire ou est-il en train de se concrétiser? Grâce à une croissance annuelle soutenue dépassant 7 %, l’Inde est déjà en marche. D’ailleurs, EDC constate que les entreprises canadiennes réalisent aujourd’hui des gains substantiels en Inde. Le meilleur est à venir. Cela dépendra pour beaucoup de la manière dont on tirera parti de ces six facteurs.

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