Le Pérou, terre de contrastes

Le Pérou, terre de contrastes

Lutte contre les changements climatiques : les avis sont partagés

Il y a quelques semaines, je me suis rendue au Pérou pour mieux évaluer le potentiel des éco-entreprises canadiennes des secteurs de l’énergie renouvelable et de l’eau. J’ai pu y rencontrer les principaux acteurs du milieu, et je constate que leurs points de vue sont à l’image des magnifiques objets d’artisanat du pays : un mélange d’éléments colorés et distincts.

Prenons l’exemple de Lima, cette belle ville bordée par l’océan Pacifique où se côtoient architecture moderne et style colonial. En plus de pouvoir y pratiquer le surf et le deltaplane, on y trouve un centre commercial moderne bâti à même une falaise surplombant l’océan et certains des meilleurs restaurants au monde. En revanche, près de trois millions de Péruviens n’ont pas accès à l’électricité, et quatre millions n’ont pas d’eau potable.

Le Pérou est durement touché par les changements climatiques et les phénomènes El Niño et La Niña, qui ont notamment entraîné de graves sécheresses et inondations. Il était donc tout à fait naturel que Lima accueille en décembre dernier la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP20), l’un des plus grands événements du genre.

Toutefois, cette rencontre des grands acteurs de la lutte contre les changements climatiques offre un certain contraste avec le manque de cohésion du pays au sujet des questions climatiques, surtout en ce qui a trait à l’énergie.

Par exemple, l’économie du Pérou repose d’abord et avant tout sur l’exploitation minière, notamment en raison de ses riches gisements d’or, d’argent et de cuivre. Par contre, une telle exploitation demande beaucoup d’eau et d’énergie. Devant les investissements prévus de près de 60 G USD d’ici 2020, le pays doit établir un plan quant à la disponibilité de l’énergie et l’utilisation optimale de l’eau. En fait, même si la croissance prévue du secteur minier est un signe généralement positif pour l’économie du pays, certaines prévisions indiquent que l’énergie pourrait venir à manquer.

Où le Pérou s’alimentera-t-il en énergie?

C’est là que les avis sont partagés.

À l’heure actuelle, environ 60 % de l’électricité consommée au Pérou provient de projets hydroélectriques, contre 30 % pour les centrales thermiques. Aux yeux de bien des gens, l’avenir réside toujours dans les projets hydroélectriques, surtout pour le secteur minier. En fait, certains croient que le pays pourrait bientôt devenir un exportateur net d’électricité auprès de ses voisins.

Dans les faits, la plupart des projets hydroélectriques à l’étude se trouvent en Amazonie. En plus d’être éloignés, ces projets provoqueront certainement des conflits quant à l’impact environnemental et aux retombées économiques pour les collectivités locales. L’un des facteurs majeurs de conflits sociaux au pays concerne les enjeux relatifs à l’eau, plus précisément la façon dont les sociétés minières en gèrent l’utilisation et contrent les risques de contamination de l’eau douce.

D’autres croient que le gaz, ressource peu coûteuse que certains qualifient de « subventionnée », représentera une autre source d’énergie thermique à l’avenir. Toutefois, les réserves connues ne devraient durer qu’entre 15 et 20 ans; à moins qu’on en découvre d’autres, il s’agit donc d’une ressource limitée.

Qu’en est-il des sources d’énergie renouvelable?

Selon la loi péruvienne, 5 % de l’électricité produite au pays doit provenir de sources d’énergie renouvelable non conventionnelle (p. ex., autre que l’hydroélectricité), comme l’énergie solaire et éolienne, la biomasse et les centrales hydroélectriques de petite taille. Par contre, le gouvernement a annoncé lors de la conférence COP20 son intention de faire passer à 60 % la part de l’électricité provenant de l’énergie renouvelable, y compris l’hydroélectricité et les projets hydroélectriques conventionnels, d’ici 2025.

La plupart s’entendent pour dire que l’énergie solaire et éolienne seraient particulièrement indiquées pour les régions éloignées hors du réseau national. Des mesures ont d’ailleurs déjà été prises en ce sens, les projets de parcs éoliens Tres Hermanas (97 MW) et Marcona (32 MW) ayant récemment été lancés.

Toutefois, c’est ici que ça devient intéressant : les gens ont tendance à croire que l’énergie solaire est encore bien plus coûteuse que les sources conventionnelles, alors qu’en fait, les prix ont considérablement baissé depuis 2012, où ils s’élevaient à 12 cents le kWh. Dans la semaine suivant mon retour, nous avons d’ailleurs appris que l’entreprise NV Energy, propriété de Berkshire Hathaway Inc. elle-même détenue par Warren Buffett, s’est engagée à acheter à First Solar 100 MW d’électricité à 3,87 cents le kWh.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entreprises canadiennes?

Je crois que le marché offre la possibilité de mettre sur pied des projets d’énergie renouvelable non conventionnelle à un prix concurrentiel. Une bonne stratégie consisterait à approcher les grands consommateurs d’énergie, comme les sociétés minières, pour leur proposer de s’approvisionner en électricité renouvelable ou de participer au programme Works for taxes, qui soutient les projets d’infrastructure sociale.

Par ailleurs, il pourrait s’agir d’une bonne occasion de mettre sur pied des stations d’eau et des projets de production d’énergie hydroélectrique hors réseau ainsi que des microréseaux pour les petites collectivités.

Alors, sur quoi repose l’avenir énergétique du Pérou? Les avis sont partagés, et seul le temps nous le dira.

Si vous venez d’arriver au Pérou, n’hésitez pas à communiquer avec un délégué commercial. De plus, ProInversion, l’agence péruvienne spécialisée en recrutement d’investisseurs, est une bonne source de renseignements.

Catégories Ecotechnologies, Infrastructure et construction, Perspectives sectorielles

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