Place au Canada dans les écotechs

Place au Canada dans les écotechs

Partout sur la planète, jeunes entreprises, grandes sociétés et gouvernements nationaux adoptent les technologies propres pour croître, gagner en efficience et se doter d’un avantage concurrentiel. Indéniablement, la course mondiale à la domination du marché dans des sous-secteurs clés des écotechnologies est lancée. Place au Canada!

L’intensification de la demande de produits et services écotechs a été spectaculaire ces cinq dernières années. Un appétit vorace pour les ressources naturelles à l’échelle planétaire – aiguisé par l’essor de la consommation énergétique, une hausse de la demande sur les marchés émergents et une réglementation généralisée – a créé un marché international lucratif.

Le secteur mondial des technologies propres, dont la valeur du marché serait de 3 à 4 billions de dollars par année, a résisté admirablement à la récession de 2007-2009, ses recettes ayant progressé en moyenne de 45 % – 47 % au Canada – durant cette période. En 2010, les recettes du secteur canadien ont dépassé 9 milliards de dollars, dont des exportations d’une valeur de 4,8 milliards de dollars, et devraient atteindre 18 milliards de dollars dans les cinq prochaines années et 60 milliards de dollars dans les dix années à venir.

Le contexte canadien

« Grâce à sa main-d’œuvre qualifiée, ses pôles d’innovation, son excellence en recherche et son climat d’investissement stable, le Canada offre aux éco-entreprises un cadre idéal pour croître », explique Rod Lever, responsable, Écotechnologies, à EDC.

Les sources mondiales d’énergie classiques s’étiolant, la priorité s’est déplacée vers les sources renouvelables et les technologies d’extraction viables. Le Canada, riche en ressources naturelles des plus variées du monde, est dans une position unique pour diversifier ses activités de fabrication et saisir de nouveaux débouchés.

Les écotechnologies en bref

Les technologies propres, ou écotechnologies ou écotechs, désignent l’ensemble des produits et services qui améliorent la performance opérationnelle, la productivité et la rentabilité, diminuent l’apport d’intrants et la consommation énergétique et réduisent les déchets et la pollution. Exemples : produits biochimiques (écologiques), production d’électricité (solaire, éolienne et hydroélectrique), infrastructure énergétique (réseaux intelligents), efficacité énergétique (éclairage, verre, immeubles), diminution de la pollution atmosphérique, recyclage et production d’énergie à partir de déchets, dépollution des sites et des sols, véhicules électriques (hydrogène et piles à combustible), traitement de l’eau potable et des eaux usées.

« Nous avons des grappes de capacités et des technologies développées dans des industries ayant une masse critique d’expériences qui offrent un potentiel tout naturel d’intégration des écotechnologies », poursuit M. Lever. Le secteur forestier de la Colombie-Britannique l’illustre bien.

On estime que le Canada abrite déjà plus de 700 éco-entreprises, pour la plupart des PME, qui emploient quelque 44 000 Canadiens. Ce sont aussi de grands catalyseurs de l’innovation, ayant investi près de 2 milliards de dollars en R-D rien qu’en 2008-2010. Par ailleurs, leurs activités sont bien réparties entre l’Ontario, la Colombie-Britannique, le Québec et l’Alberta.

Cette singulière combinaison de facteurs forme les assises qui aideront le Canada à devenir un redoutable concurrent mondial dans ce créneau.

Dans une étude menée en 2009 par Cleantech Group LLC portant sur les initiatives et programmes publics, l’ampleur du mandat d’investissement, l’innovation entrepreneuriale et les vecteurs culturels et sociaux, le Canada s’est classé parmi les dix grands écopays, ses principaux rivaux étant le Danemark, l’Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni, Israël, la Chine, les Émirats arabes unis et les États-Unis. Or, le Canada compte de nombreuses entreprises en développement, dont plusieurs commercialisent maintenant leurs technologies.

Où trouver les débouchés?

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine ravira à l’Europe le premier rang des marchés porteurs de l’énergie renouvelable cette année, le ralentissement économique et la saturation des marchés en Europe déplaçant le pôle de croissance vers les grands pays émergents.

Néanmoins, presque toutes les grandes économies ont donné la priorité au développement de leurs éco-industries respectives. Au lendemain de la récession, pour la première fois depuis des décennies, des gouvernements ont injecté des sommes colossales dans des mesures de relance et affecté des milliards de dollars aux éco-initiatives, surtout les marchés émergents empressés à contrer la rapide dégradation de leurs conditions environnementales.

Les écotechnologies en chiffres :

marché mondial de 3 à 4 billions de dollars par an
9 milliards de dollars au Canada (2010)
60 milliards de dollars dans les 10 prochaines années
700 éco-entreprises canadiennes dont 80 % exportent ou investissent à l’étranger

« Nous considérons l’Asie du Sud-Est, la Chine, l’Inde, l’Amérique centrale et le Mexique comme les marchés écotechs les plus prometteurs, indique M. Lever. La Chine est déjà l’un des principaux importateurs et concepteurs de solutions du monde grâce à l’investissement massif du gouvernement, qui vise deux objectifs : atténuer la dégradation environnementale afin d’améliorer la qualité de vie qu’exige la classe moyenne grandissante, et porter le pays au premier plan d’une future industrie stratégique. »

C’est dans cette optique qu’une masse critique d’éco-entreprises canadiennes se tourne rapidement vers l’exportation.

Or, le secteur doit aussi relever des défis complexes. Des études de marché indiquent notamment que le manque d’accès aux prêts et aux assurances empêche les entreprises en développement de percer les marchés mondiaux. Pour une jeune éco-entreprise, l’inaccessibilité des ressources financières est souvent un obstacle majeur, même lorsque sa technologie a fait ses preuves sur le plan commercial.

« Le secteur écotech s’apparente à celui des technologies de l’information, ajoute M. Lever, car il est axé sur les technologies. Cependant, les technologies propres ont habituellement un cycle de vie plus long et requièrent souvent la construction d’une usine, ce qui augmente sensiblement l’intensité capitalistique. Donc, les capital-risqueurs ou les fonds de capital-investissement doivent patienter plus longtemps avant de récupérer leurs investissements, perspective peu attrayante pour plus d’un investisseur. »

Profils d’éco-entreprises :

LED Roadway Lighting – Des années-lumière d’avance

L’éclairage du Capitole de San Juan, Porto Rico, à un coût réduit de 53 %, l’une des quelque 300 réalisations de LRL au monde.

L’éclairage du Capitole de San Juan, Porto Rico, à un coût réduit de 53 %, l’une des quelque 300 réalisations de LRL au monde.

Si vous avez déjà roulé sur le Pont de la Confédération de l’Île-du-Prince-Édouard par une nuit d’hiver sans trouver la traversée intimidante, c’est grâce à LED Roadway Lighting (LRL).

LRL conçoit et fabrique des systèmes de contrôle et d’éclairage à DEL (diode électroluminescente) uniques pour voies et aires publiques. Alors que l’éclairage traditionnel s’éteint après six ans, les appareils de LRL en durent 20.

La technologie de gestion thermique en est la raison. Les DEL n’aimant pas la chaleur, leur longévité est accrue par leur capacité de refroidissement et de dissipation thermique. LRL se démarque aussi de ses concurrents par sa formule optique, 70 % – plutôt que 50 % – de la lumière étant dirigée sur la zone cible.

Mais en plus d’offrir une technologie d’éclairage routier sécuritaire, cette entreprise de la Nouvelle-Écosse fait aussi réaliser des économies d’énergie à des clients du monde entier en convertissant leurs systèmes d’éclairage à la technologie DEL, tout en offrant aux municipalités et aux services publics une solution de réduction des émissions de gaz à effet de serre facile d’entretien.

Ses produits sans plomb ou mercure consomment de 50 à 80 % moins d’énergie que les sources d’éclairage classiques et réduisent les coûts d’entretien.

Les activités de LRL ont crû de 50 % l’an dernier, en grande partie grâce à un contrat de 14 millions de dollars visant des installations à Salford, en Angleterre, et sur le pont de Briton Ferry, au pays de Galles. Cette réussite a incité LRL à s’associer à Sony U.K. afin d’exploiter une usine qui répondra aux besoins du marché européen.

Pleins feux sur les marchés mondiaux

La très grande majorité de ses activités est réalisée à l’étranger grâce à d’importantes percées notamment en Australie, en Norvège, au Royaume-Uni et aux États-Unis. LRL, qui compte plus de 300 installations sur 28 marchés, cible des pays ayant conclu des accords de libre-échange avec le Canada, aux tarifs d’électricité élevés et disposant de fonds à consacrer à l’efficacité énergétique. La société a dans sa mire des pays en développement, comme ceux d’Amérique latine et des Antilles, désireux d’améliorer leur infrastructure et bénéficiant de fonds des banques de développement internationales. Les pays européens du bloc de l’Est retiennent aussi l’attention de LRL, qui a de plus en arrière-plan une stratégie pour l’Asie.

Des installations de cette envergure peuvent monopoliser des millions de dollars en capital, sans compter les cautionnements d’exécution et de soumission fréquemment exigés qui grugent la marge de crédit de l’entreprise. Grâce aux solutions d’assurance d’EDC, LRL peut utiliser son fonds de roulement pour investir dans sa croissance. L’Assurance comptes clients d’EDC lui garantit également d’être payée. L’entreprise explore en outre la possibilité qu’EDC offre du financement à ses clients municipaux étrangers.

« Notre entreprise, fondée en 2007, est jeune. De nombreux acheteurs étrangers potentiels souhaitent s’assurer que nous serons encore là dans cinq ans », explique le président et chef de la direction de LRL, Charles Cartmill. « Or, l’éclairage à DEL est l’une des façons les plus écologiques et fiables d’améliorer l’infrastructure. Et la technologie se rentabilise en moins de deux ans – les arguments de vente sont donc plutôt convaincants.

« C’est une question technique et pécuniaire. Nous ne jetons pas de poudre aux yeux, nous fabriquons le meilleur produit possible, ce que quiconque peut vérifier. »

Grâce à l’appui considérable du gouvernement de la Nouvelle-Écosse, nommément un projet pilote d’un millier de lampadaires, les routes de la province sont devenues la salle d’exposition de l’entreprise. Des clients venus du monde entier n’ont qu’à se balader en voiture pour voir la technologie à l’œuvre.

M. Cartmill estime que son entreprise connaîtra une croissance substantielle d’ici cinq ans. La modernisation de l’éclairage des voies publiques génère actuellement 150 milliards de dollars à l’échelle mondiale, auxquels l’éclairage commercial, notamment pour les stationnements, ajoute 150 milliards de dollars – LRL est donc fin prête à se tailler une place bien plus importante encore dans ce secteur.
Profils d’éco-entreprises :

Ostara Nutrient Recovery Technologies – Les eaux usées, une précieuse ressource

Ostara Nutrient Recovery TechnologiesPlutôt que de considérer les écoulements industriels traités comme des déchets, Ostara Nutrient Recovery Technologies y voit une richesse renouvelable qui récupère une ressource précieuse – le phosphore – pour en protéger une autre – l’eau. Ostara a ainsi généré des économies et des recettes pour les usines de traitement, tout en les aidant à respecter des règlements environnementaux de plus en plus rigoureux.

De nombreuses usines de traitement des eaux usées concentrent de grandes quantités d’azote et de phosphore dans leurs écoulements de déshydratation des boues. Ces nutriments dissous forment souvent une incrustation obstructive dans les conduites, les pompes et les soupapes, qui a de graves répercussions sur la fiabilité de l’équipement d’une usine, son rendement et ses coûts d’entretien.

Établie à Vancouver, Ostara conçoit et construit des systèmes de traitement de l’eau fondés sur une méthode de récupération des nutriments des eaux usées qui les transforme en engrais commerciaux écologiques et générateurs de recettes. Par ailleurs, la technologie d’Ostara permet de réduire l’écoulement des nutriments dans les cours d’eau, où ils risquent de perturber les écosystèmes naturels. Les engrais d’Ostara à action lente libèrent uniquement la quantité de nutriments dont une plante a besoin, ce qui les rendent plus efficaces et écologiques que les engrais phosphatés traditionnels.

L’an dernier, Ostara a décroché son plus gros contrat à ce jour pour concevoir, approvisionner et construire une installation de récupération de nutriments et de production d’engrais pour Clean Water Services, partenaire de longue date, qui exploite l’usine de traitement des eaux usées de Rock Creek à Hillsboro, en Oregon.

Les projets de cette envergure exigent souvent une forme quelconque de cautionnement d’exécution ou de garantie. « Nous n’avons pas pu obtenir des solutions de cautionnement sur les marchés commerciaux », explique le président et chef de la direction d’Ostara, Phillip Abrary, « alors nous nous sommes tournés vers EDC, qui nous a fourni une solution de cautionnement de projet, jouant ainsi un rôle clé dès le début de notre expansion commerciale. »

Pour ce contrat, Ostara cherchait un partenaire bancaire qui assumerait une part des risques dans le cadre du Programme de garanties d’exportations d’EDC. Ostara s’est finalement associée à une banque qui comprenait son modèle d’affaires complexe et, étant donné qu’EDC garantirait 50 % du prêt, jugeait le niveau de risque acceptable.

Catégories Ecotechnologies, Technologies et télécommunications

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