Que signifie l’élection américaine pour les exportateurs? Exportateurs avertis s’entretient avec Omar Allam, chef de la direction d’Allam Advisory Group.

Que signifie l’élection américaine pour les exportateurs? Exportateurs avertis s’entretient avec Omar Allam, chef de la direction d’Allam Advisory Group.

La campagne électorale américaine a été qualifiée de sans précédent, d’incroyable et de déplorable, à quoi il faut maintenant ajouter « lourde de conséquences ». C’est pourquoi nous avons interrogé trois experts sur les conséquences qu’aurait une victoire de Donald Trump ou d’Hillary Clinton pour les exportateurs, et sur les mesures que ceux-ci devraient prendre selon les résultats.

Voici l’avis d’Omar Allam, fondateur et chef de la direction d’Allam Advisory Group.

Que signifierait une victoire de Mme Clinton pour les exportateurs?

Je pense qu’une administration Clinton verrait l’engagement bilatéral d’un bon œil pour les relations canado-américaines et comme un grand pas pour la facilitation des échanges entre les deux pays. Les cartes du commerce international sont toutefois brouillées, notamment parce que la candidate se refuse à pousser la réflexion sur le Partenariat transpacifique (PTP). Ces accords de libre-échange sur lesquels table le Canada, notamment l’Accord économique et commercial global (AECG) et le PTP, seront une source d’inquiétude du point de vue des relations internationales. Cela dit, la coopération dans son ensemble ne devrait pas être aussi problématique.

La politique extérieure est l’une des nombreuses sphères où Hillary Clinton se distingue de Donald Trump – à vrai dire, son expérience dans le domaine en tant que secrétaire d’État lui donne une bonne longueur d’avance. J’avais toujours en tête qu’une administration Clinton transigerait afin de trouver un terrain d’entente et une visée commune pour stimuler l’économie nationale et promouvoir le libre-échange avec des partenaires aux vues similaires.

Mme Clinton voudra peut-être renégocier les aspects de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) liés à l’environnement et au travail, mais je ne crois pas que les États-Unis se retireront, et je ne vois pas de changements majeurs se profiler.

La candidate a un plan pour faire croître l’économie nationale et soutenir l’emploi en incitant les entreprises à rester aux États-Unis. La question qui se pose : quelles sont ses intentions en matière de politique extérieure, et quelle place accordera-t-elle au Canada? Si Mme Clinton est élue, il y a moins de risques que les marchés s’effondrent et que la barrière protectionniste soit rehaussée.

Son plan de croissance économique prévoit la hausse du salaire minimum, des mesures incitatives pour les petites entreprises, la limitation de l’expatriation des entreprises ainsi que l’investissement dans l’infrastructure et la création d’emplois dans les secteurs de la fabrication, de l’énergie propre, de la technologie, de l’innovation, des petites entreprises et de l’infrastructure.

La mise en œuvre de la politique étrangère des États-Unis dépendra en grande partie de leurs alliés, notamment le Canada, partenaire majeur pour le commerce, la sécurité et la défense.

Que signifierait une victoire de M. Trump pour les exportateurs?

L’élection de Donald Trump causerait beaucoup d’incertitude pour les exportateurs canadiens qui se tournent vers les États-Unis pour la première fois et ceux qui y sont déjà présents, parce que les discours et les renseignements qui sortent quotidiennement du camp Trump ne sont pas factuels, constants ou cohérents.

Le flux d’investissement à l’étranger à partir des États-Unis pourrait augmenter, parce que le Canada serait perçu comme un marché très concurrentiel pour faire des affaires ou pour y établir ses activités. Certains entrepreneurs pourraient profiter d’incitatifs fiscaux plus avantageux que ce à quoi ils ont droit aux États-Unis et décider de s’installer au Canada, voire de devenir citoyens. Le potentiel réside dans les jeunes entreprises de Silicon Valley et celles d’autres secteurs qui cherchent des débouchés à l’étranger en raison de l’incertitude économique que causerait l’élection de Donald Trump. Aux yeux de nombreux Américains, le gouvernement du Canada serait plus stable que le leur.

Que devraient faire les exportateurs canadiens, peu importe le vainqueur?

Les États-Unis devraient avoir une place dans la stratégie mondiale de tout exportateur canadien; pour de nombreuses petites ou moyennes entreprises de fabrication et d’exportation, ce marché est la porte d’entrée vers le libre-échange. Chaque jour, des biens et services d’une valeur de 2,4 milliards de dollars traversent la frontière, et le Canada exporte pour environ 450 milliards de dollars annuellement aux États-Unis, ce qui représente plus de 72 % de ses exportations totales.

Les entreprises canadiennes présentes sur le marché américain, spécialement les moins expérimentées, se doivent d’avoir une stratégie pour atténuer les risques associés à l’élection de l’un ou l’autre des candidats, comme l’incertitude demeurera jusqu’à la formation du nouveau gouvernement. Pour ne pas sombrer, elles doivent considérer d’autres marchés que les États-Unis; leurs dirigeants ne peuvent se permettre d’attendre les bras croisés, ou ils manqueront de temps, d’énergie et de ressources pour s’ajuster à d’autres marchés.

Le fait est qu’on ne peut pas compter sur l’un ou sur l’autre. Par ailleurs, l’onde de choc provoquée par le Brexit redessinera peut-être la carte des marchés où les entreprises canadiennes ont un avantage concurrentiel.

Le marché américain n’est qu’un parmi tant d’autres – on aurait tort de tout miser sur lui et de lever le nez sur les autres par peur de l’inconnu ou parce qu’on pense qu’ils sont trop chers.

Les entreprises doivent adopter une stratégie pour atténuer les risques, notamment le risque de change. Les devises vont fluctuer. Si les États-Unis se tournent vers le protectionnisme, le Canada entrera en récession. Il n’y a qu’à regarder ce qui s’est passé avec le Brexit. Les gens ont été pris par surprise, ils n’étaient pas préparés et les marchés ont chancelé. Résultat : le cours de la monnaie a baissé. On pourrait bien voir des problèmes similaires ici.

Finalement, il faut regarder toutes les possibilités qui s’offrent, considérer les conséquences de l’élection de l’un ou l’autre des candidats, puis se demander : peut-on aller sur d’autres marchés?

Catégories Exportation

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