« Aujourd’hui, il est beaucoup plus difficile de traverser la frontière canado-américaine » : le parcours de Stinson Studios sur les marchés mondiaux raconté par Jesse Stinson

« Aujourd’hui, il est beaucoup plus difficile de traverser la frontière canado-américaine » : le parcours de Stinson Studios sur les marchés mondiaux raconté par Jesse Stinson

Jesse Stinson, son père Don et son frère Spike exploitent ensemble les Stinson Studios, un atelier d’ébénisterie de Tamworth, en Ontario, qui conçoit et fabrique des saladiers, des pièces en loupe et d’autres œuvres d’art utilitaires haut de gamme.

Découvrez leur parcours sur les marchés mondiaux.

Y a-t-il un moment particulier que vous considérez comme décisif sur le parcours d’exportation des Stinson Studios?

Je participais à un salon commercial à New York, en 2009 ou 2010, et je parlais à un tourneur sur bois allemand. Il nous a félicités pour notre travail, puis m’a dit tout bas que le prix de nos bols de service en bois les plus chers était comparable à celui qu’il payait pour la matière première en Allemagne. Nous avons alors compris que nous devions nous intéresser davantage à l’environnement économique de nos marchés d’exportation et voir plus loin que notre milieu rural tranquille au Canada.

Quelle est la différence la plus importante entre la vente sur le marché canadien et la vente sur un marché étranger? Comment vous y êtes-vous adapté?

Dans l’ensemble, les Canadiens sont très pragmatiques et ne délient les cordons de leur bourse que s’ils savent à quoi servira l’objet et où ils le mettront. Je ne m’étonne plus de voir des clients canadiens sortir un ruban à mesurer pour s’assurer que la pièce ira parfaitement à l’endroit qu’ils ont en tête. On peut dire des Canadiens qu’ils mûrissent bien leurs décisions, mais que s’ils sont bien traités et qu’ils sont heureux de leur achat, ils reviendront toujours. Inversement, les Américains laissent parler l’enthousiasme et font des achats impulsifs. Quand c’est le coup de foudre, choisir l’emplacement idéal pour la pièce ou lui trouver une utilité devient une partie de plaisir. Nous nous efforçons d’offrir des objets qui attirent le regard et qui ont un charme intemporel.

En quoi l’exportation a-t-elle influencé votre approche de vente au Canada?

Nous fabriquons de beaux objets que les gens apprécient et qui leur survivront. Nous ne quittons notre patelin que quelques fois par année et nous croyons fermement que notre décision de limiter les influences extérieures stimule notre processus créatif. Mon fils est de la sixième génération de Stinson à grandir en périphérie du village. Notre famille fabrique des objets décoratifs et utilitaires à partir de matériaux canadiens qui se retrouvent aux quatre coins du monde, parce qu’ils transcendent les barrières culturelles et socio-économiques. J’ai vendu un bol de service en bois carré de 24 pouces à un travailleur d’une exploitation pétrolière. Il voulait l’offrir à une personne d’origine indienne qu’il connaissait bien; elle assurait le service lors de grandes réunions familiales et admirait une pièce qu’il avait chez lui. Ce même modèle aurait aussi pu se retrouver comme œuvre d’art moderne fonctionnelle à Carmel-by-the-Sea, à Beverly Hills ou sur Madison Avenue.

Qu’avez-vous appris en exportant qui vous a servi au Canada?

En assistant à des salons commerciaux internationaux et en exportant, nous avons eu la chance de côtoyer de nombreuses personnes beaucoup plus expérimentées, habiles et chevronnées que nous, et probablement bien plus intelligentes! Ce que nous avons appris d’eux nous a rendus meilleurs, que ce soit pour les petites choses comme le processus de commande, les étalages et la gestion des stocks, ou pour comprendre la valeur de notre travail. On apprend beaucoup à jouer dans la cour des grands.

Comment le commerce a-t-il évolué depuis que vous vous êtes lancé en affaires?

Aujourd’hui, il est beaucoup plus difficile de traverser la frontière canado-américaine; il ne faut pas l’oublier. Le temps de transport est presque 50 % plus long et, si le niveau de menace augmente aux États-Unis, ce n’est pas sans conséquence pour l’expédition et la distribution. Comme mon père se plaît à le dire, le libre-échange avec les États-Unis, ce n’est pas pour les petites entreprises. Entrer sur le marché américain n’est pas facile : la réglementation douanière est très opaque.

Catégories Exportation

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