Vous tirez davantage de revenus de l’étranger que vous le pensez

Vous tirez davantage de revenus de l’étranger que vous le pensez

Imaginons que vous êtes un fabricant de pièces de machinerie de la Colombie-Britannique. Bien que la plupart de vos ventes se fassent au Canada, les achats d’un fabricant de camions de Seattle représentent 20 % de votre chiffre d’affaires, et les ventes au Mexique, 10 %. Quel pourcentage de vos ventes dépend des marchés étrangers? 30 %? Prenez le temps d’y penser.

Vous faites probablement partie d’une ou de plusieurs « chaînes de valeur » d’exportation, plus longues et sinueuses qu’on pourrait le croire. Examinons l’une d’entre elles.

Supposons que votre plus gros client, un fabricant de tracteurs de Winnipeg, au Manitoba exporte directement vers le Brésil, et compte également parmi ses clients plusieurs tubériculteurs de l’Île-du-Prince-Édouard. Ces derniers vendent leur production à une entreprise de transformation des aliments du Québec, qui en fait des frites surgelées pour les supermarchés de l’Est du Canada et du Nord-Est des États-Unis.

Il semble donc que vous dépendiez plus de la demande extérieure que le laisse paraître votre carnet de commandes. Ainsi, quels seraient les effets, par exemple, d’une conjoncture difficile au Brésil, qui inciterait les producteurs agricoles à retarder l’acquisition de machinerie? Ou encore, d’une envolée du dollar canadien?

Même si les incidences directes s’avéraient limitées – 70 % de vos ventes proviennent du Canada –, ces situations plomberaient évidemment les bénéfices de vos clients, ceux de leurs clients… et ainsi de suite. Au final, vos bénéfices en souffriraient.

La demande de frites aux États-Unis aura bien sûr une incidence moindre sur vos ventes que la demande de tracteurs au Manitoba. Gardez à l’esprit toutefois que le nombre d’entreprises participant à la chaîne de valeur augmente exponentiellement à chaque maillon; donc, ces incidences s’accumulent. Mais dans quelle mesure exactement?

La réponse dépend de la chaîne de valeur à laquelle vous appartenez. Pour avoir des chiffres précis, il faudrait reconstituer le parcours, parmi les multiples acheteurs et fournisseurs, de toutes les sommes qui aboutissent dans vos coffres. Ou, plus pratique encore, examiner la part moyenne qu’occupe la demande extérieure dans le PIB de chaque secteur.

Comme le démontre notre exemple, une entreprise peut exporter directement, en réalisant sans intermédiaire des ventes à l’étranger, ou indirectement, en participant à une chaîne de valeur d’exportation. Le fabricant de tracteurs manitobain exporte indirectement les pièces de son fournisseur de la Colombie-Britannique. Ces pièces jouent même un rôle dans les exportations de frites surgelées du Québec.

Comment cela se transpose-t-il dans l’économie réelle? Prenons le secteur des pièces pour véhicules automobiles. Dans chaque dollar de PIB qu’il génère, 0,56 $ provient des exportations directes. À ce chiffre, il faut ajouter 0,26 $ en exportations indirectes, car les fabricants de voitures et de camions canadiens, qui achètent le 0,44 $ restant, exportent le gros de leur production. En définitive, la consommation intérieure ne représente que 0,18 $ par dollar de PIB. Dans le secteur des services de membres de profession libérale, techniques et d’ingénierie, les ventes directes à l’étranger n’occupent que 15 % du PIB, mais ce nombre atteint 30 % si l’on y ajoute les ventes indirectes. Tous secteurs compris, la demande extérieure génère plus du cinquième (22 %) du PIB du Canada.

L’avantage des chaînes de valeur d’exportation : nul besoin d’exporter directement pour profiter des occasions de croissance sur les marchés étrangers. Si vous hésitez à vous lancer dans le commerce extérieur, servir des clients dans un secteur axé sur l’exportation constitue un bon point de départ. Il se peut que vous participiez déjà, sans le savoir, à une ou plusieurs chaînes de valeur d’exportation. Ainsi, vous pouvez profiter de la demande extérieure et favoriser la compétitivité du Canada à l’étranger, et ce, plus que vous ne le pensez. En somme, surveillez l’actualité internationale : elle pourrait vous toucher de près ou de loin.

Dans quelle mesure votre secteur est-il lié à la demande mondiale? Pour le savoir, consultez

Influence de la demande extérieure selon les secteurs

Cette infographie interactive permet de comparer les secteurs d’activité du Canada selon l’importance de la demande extérieure (axe vertical) et la dépendance de leurs activités d’exportation aux autres secteurs (axe horizontal). La taille des bulles reflète la contribution du secteur au PIB du Canada. Plus un secteur grimpe dans l’axe vertical, plus la demande extérieure influe sur son PIB, et plus il est intégré aux marchés étrangers. Sur l’axe horizontal, plus un secteur est à droite, plus l’intégration au marché mondial se fait par exportations directes, plutôt qu’indirectes.

Sélectionnez dans le menu à droite un ou plusieurs secteurs. Cliquez sur une bulle pour connaître la répartition du PIB du secteur entre les exportations directes et indirectes, et les ventes sur le marché intérieur.

Les secteurs très axés sur l’exportation et offrant des produits finis – par exemple, les secteurs pharmaceutique, du vêtement, ou des véhicules automobiles – tendent à se regrouper dans la partie supérieure droite, car leurs produits sont vendus directement aux consommateurs, et non à d’autres entreprises. À l’inverse, les secteurs axés sur le marché intérieur, comme les services bancaires et les services publics, figurent dans la partie inférieure gauche, leurs produits ou services étant consommés au Canada, autant par les ménages que par les sociétés. Après tout, les constructeurs automobiles exportateurs ont besoin de prêts bancaires et d’électricité au pays pour mener leurs activités. Les secteurs primaires alimentant les chaînes de valeur axées sur l’exportation, quant à eux, tendent à se concentrer dans la partie supérieure gauche.

Catégories Aperçus économiques

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