Toronto prend ses affaires en main

Toronto prend ses affaires en main

Seulement cinq pour cent des entreprises canadiennes exportent. Sachant que les exportations sont la solution pour renforcer l’économie canadienne chancelante, la Chambre de commerce de la région de Toronto s’est empressée de mettre en place un programme qui prépare les membres à leurs premiers pas dans le commerce international.

« Déjà, 40 entreprises préparent un plan de pénétration du marché », affirme Janet De Silva, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce de la région de Toronto, à propos du programme d’accélération du commerce de la région du Grand Toronto (TAP-GTA), une initiative pluriannuelle pour encadrer les entreprises perplexes à l’idée d’exporter. « Dans les trois prochaines années, nous espérons voir 1 200 entreprises participer au programme et ainsi faire naître de nouvelles exportations d’environ un demi-milliard [de dollars]. Ce n’est pas énorme sur le marché, mais c’est un début pour montrer aux sociétés des façons de sortir des frontières. »

Mme De Silva est l’une des quatre panélistes à s’être exprimés au lancement du rapport Scruter la boule de cristal de la Chambre de commerce du Canada. Ce rapport, qui a été présenté par le président de la Chambre de commerce du Canada, Perrin Beatty, conclut clairement qu’il faut miser sur l’exportation.

« Le leitmotiv du rapport, c’est la capacité concurrentielle, souligne M. Beatty. Pour continuer d’améliorer nos conditions de vie, le pays doit exporter, créer de nouvelles entreprises et commercialiser des technologies d’avenir. »

Mme De Silva, forte de ses 15 années à travailler en Chine, saisit bien le potentiel des exportations et approuve ces constats.

Le TAP-GTA a des « partenaires exceptionnels », dont Exportation et développement Canada (EDC), de grandes banques, CN et UPS.

« C’est un programme de 90 jours pour les entreprises parrainées, ajoute-t-elle. On leur offre des ressources pour qu’elles sachent comment aborder la scène internationale, puis un modèle pour qu’elles préparent un plan de pénétration du marché. »

Stephen Callaghan, vice-président régional d’EDC pour la Région de l’Ontario, aime beaucoup ce programme.

« Nous avons consacré beaucoup de temps à concevoir notre programme de mentorat ces deux dernières années, et c’est un complément parfait », remarque M. Callaghan, ajoutant qu’il aimerait voir le programme s’étendre aux chambres de commerce municipales partout au pays. « EDC ne fait alors plus cavalier seul. Elle collabore avec le milieu, notamment celui de Toronto, un partenaire commercial très solide qui permet d’offrir un guichet unique. »

Mme De Silva rappelle que Toronto occupe le quatrième rang des grandes métropoles d’Amérique du Nord (derrière Mexico, New York et Los Angeles) et génère 20 % du PIB canadien. Elle souligne qu’il ne faut plus voir le commerce d’un point de vue national dans l’économie mondiale : « ce sont maintenant les grandes métropoles qui se font concurrence. »

La population canadienne doit se pencher sérieusement sur les questions de capacité concurrentielle et de productivité, soutient-elle.

« Nous sommes en compétition avec d’autres grandes métropoles pour dénicher des talents, des occasions d’investissement et des débouchés commerciaux », déclare-t-elle. D’ici 15 ans, Toronto devrait gagner deux millions de résidents; c’est le rythme d’urbanisation observé dans des pays comme la Chine. « Nous en retirons un grand bassin de talents et nous avons intérêt à en profiter », relève-t-elle.

Son organisation cible trois thèmes à surveiller d’ici 2020 : le commerce, le transport et les talents.

« La région de Toronto vise à devenir l’une des régions commerciales les plus concurrentielles et recherchées du monde. C’est par ces trois voies que nous tenterons d’y arriver, explique-t-elle. En matière de commerce, nous sommes largement en deçà de notre potentiel. J’ai travaillé 15 ans en Asie et comme Canadienne à l’étranger, je me suis habituée à collaborer avec les leaders mondiaux de mon secteur. C’est déplorant de constater l’abondance [de débouchés] là-bas et de voir que les sociétés canadiennes l’ignorent. »

Toronto, renchérit-elle, perd six milliards de dollars par année en productivité, parce que le transport des marchandises prend trop de temps.

« Nous nous réjouissons des fonds gouvernementaux sans précédent alloués à la construction d’infrastructures, mais ces investissements doivent relier stratégiquement les régions et les plaques tournantes du transport commercial, comme les ports et les aéroports », précise-t-elle.

Le talent, le dernier pilier, consiste à harmoniser les besoins des entreprises avec la main-d’œuvre disponible et à recourir à l’immigration de façon plus stratégique.

Ces trois piliers de la Chambre de commerce cadrent bien avec les conclusions du rapport, où sont cités les propos d’un participant à l’une de ses tables rondes, selon qui le Canada aurait intérêt à stimuler l’exportation à fond de train.

Le rapport met l’accent sur ce qu’il faut pour améliorer notre capacité concurrentielle, notamment réduire la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, investir stratégiquement dans l’infrastructure, établir un plan cohérent pour réduire les gaz à effet de serre sans nuire au commerce, encourager davantage la commercialisation de nouvelles technologies et ratifier des accords commerciaux comme le Partenariat transpacifique et l’accord commercial avec l’Europe.

D’après Corinne Pohlmann, vice-présidente principale des affaires nationales pour la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, le rétablissement de la capacité concurrentielle doit aussi passer par un aplanissement des obstacles internes au commerce.

Catégories Exportation

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