La société vancouvéroise Vanedge Capital : stimuler la croissance de l’industrie des technologies et du capital-risque au Canada

La société vancouvéroise Vanedge Capital : stimuler la croissance de l’industrie des technologies et du capital-risque au Canada

L’argent, dit-on, ne fait pas le bonheur. Dans le monde du capital-risque, il semblerait que l’argent à lui seul ne fait pas le succès non plus.

Du moins, c’est ce que pense V. Paul Lee, investisseur chevronné des secteurs des technologies et des jeux vidéo. Grâce à son vaste savoir-faire et à ses relations dans l’arène internationale, il contribue à l’essor des entreprises de haute technologie et de l’industrie du capital-risque au Canada.

Les débuts de M. Lee dans les technologies remontent à presque 30 ans, quand il rejoint son ancien camarade de classe, Don Mattrick, chez Distinctive Software, entreprise de jeux vidéo qu’acquiert en 1991 la californienne Electronic Arts (EA). Au cours des vingt années suivantes, le duo Lee-Mattrick transforme EA en un géant pesant plusieurs milliards de dollars et l’aide à révolutionner l’univers des jeux vidéo.

Aujourd’hui, Paul Lee dirige Vanedge Capital. Cette société canadienne de capital-risque mise sur un modèle d’affaires qui a fait ses preuves dans la Silicon Valley en permettant aux meilleures sociétés de capital-risque d’aider les entreprises de technologies et leurs bailleurs de fonds à réussir dans un secteur extrêmement compétitif. Aux côtés de plusieurs investisseurs privés et institutionnels, dont EA, EDC figure parmi les plus importantes contributrices au Fonds Vanedge.

Des dix entreprises dans lesquelles Vanedge a investi en moyenne entre 1 et 5 millions de dollars ces dernières années, quatre ont été vendues dans les 18 derniers mois. Ces transactions ont généré un rendement net moyen représentant de trois à cinq fois la valeur du capital investi « en quelques années », affirme M. Lee.

Des gains comme ceux-ci, réalisés par Vanedge et d’autres sociétés de capital-risque avant-gardistes, contribuent à dynamiser le secteur des technologies et l’industrie du capital-risque au Canada. Le Globe and Mail publiait récemment qu’en 2015, l’investissement de capital-risque au pays a été le plus élevé depuis dix ans, principalement grâce aux gains dans le secteur des technologies.

S’appuyant sur les données de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement, l’article du Globe and Mail indique que le financement aux entrepreneurs en 2015 représentait 536 transactions se chiffrant à 2,25 milliards de dollars au total.

Selon M. Lee, ces résultats sont possibles grâce à une approche inspirée de la Silicon Valley : des investissements en capital jumelés à une expertise approfondie du domaine, de l’entrepreneuriat et de l’exploitation, mais aussi aux relations et au savoir issus de l’expérience.

L’investissement en capital-risque au Canada a été longtemps porté par les initiatives gouvernementales et de développement économique.

« On créait de l’emploi, mais comme les rendements financiers étaient faibles, l’industrie du capital-risque stagnait, incapable d’attirer des capitaux étrangers », raconte M. Lee.

Il ajoute que les sociétés canadiennes appliquaient souvent un modèle d’ingénierie financière au secteur des technologies, ce qui ajoutait au problème. « Cette approche fonctionne peut-être bien pour les firmes déjà établies, mais ne se prête pas aussi bien au capital-risque, surtout lorsqu’il s’agit d’investir aux stades préliminaires, moment où la plupart des entreprises canadiennes de technologies ont besoin de soutien. »

Aujourd’hui, les sociétés canadiennes de capital-risque avisées et les firmes avec qui elles travaillent n’en ont pas seulement pour l’argent.

« Ces sociétés apportent une expérience opérationnelle, des renseignements sur les marchés, des réseaux solides pour élargir les horizons de vente, en plus d’une réelle compréhension de la concurrence d’une entreprise et de ses clients potentiels. »

« Essentiellement, poursuit M. Lee, la direction de l’entreprise doit être focalisée sur ce qu’elle fait le mieux. Dites-moi, pourquoi réussirez-vous? Nommez ce que vous pouvez (et que vous allez) faire mieux que quiconque. »

Pour Vanedge Capital, ses investisseurs et les firmes avec qui elle collabore, cette formule rapporte gros.

Parmi ses plus récentes réussites figure Wurldtech Security, entreprise acquise par GE moins de deux ans après le début de leur collaboration. Depuis, elle est devenue un pilier des services d’Internet industriel du géant.

La relation entre Vanedge et Wurldtech, avant son bond dans la cour des grands, remonte à 2012, peu de temps après que la destruction de la centrale nucléaire iranienne par une cyberattaque eût fait la manchette, révélant la vulnérabilité des systèmes d’exploitation industriels. Cet accident avait avivé l’intérêt de Vanedge pour le secteur dynamique de la cybersécurité, en particulier des systèmes de contrôles industriels, qui passaient des interrupteurs physiques aux contrôles en ligne.

Voyant le potentiel de Wurldtech, alors une société d’experts-conseils en sécurité des TI établie à Vancouver, Vanedge a investi et l’a aidée à devenir une entreprise de calibre mondial.

« Avec notre aide, Wurldtech a pu consolider ses assises en engageant un spécialiste du marketing, un directeur des produits et un ingénieur en chef afin de mieux cerner les débouchés. »

En deux ans à peine, elle était devenue un véritable leader dans son domaine de spécialité.

C’est ainsi que GE, chef de file des systèmes de contrôles industriels et de la sécurité, l’a remarquée. « Les meilleures entreprises veulent les meilleures solutions », affirme M. Lee. « GE cherchait le partenaire idéal pour élargir son réseau de ventes et de distribution. Elle voulait s’emparer du marché et en faire sa chasse gardée. Quand elle a vu ce que Wurldtech avait à offrir, GE s’est portée acquéreuse. »

Metafor Software est un autre bel exemple.

Après avoir remarqué les tendances du marché vers l’unification de l’apprentissage machine et de la sécurité, Vanedge s’est tournée vers Metafor, petite firme de Vancouver qui commençait alors la R-D sur l’intelligence mécanique et artificielle.

Convaincue que la détection des anomalies constituait un débouché exceptionnel pour Metafor, Vanedge a recruté son fondateur, Toufic Boubez, entrepreneur en technologie déjà fort de deux lancements d’entreprise réussis.

« Auparavant, la cybersécurité consistait à protéger l’infrastructure informatique par un pare-feu. L’objectif était d’empêcher les escrocs d’entrer », explique M. Lee. « Aujourd’hui, le paradigme est tout autre. Les malfaiteurs réussissent à s’infiltrer, accèdent aux réseaux et font ce qu’ils veulent. En supposant qu’ils sont déjà présents, comment cibler les anomalies dans le comportement des utilisateurs pour voir lesquels font des choses qu’ils ne devraient pas faire? »

Quand M. Boubez a accepté de réorienter Metafor sur la recherche d’une solution par l’analyse de données chronologiques, Vanedge a investi.

« Par après, nous avons aidé l’entreprise à prendre son envol par le recrutement d’un directeur des ventes de haut niveau et d’un chef de direction expert en cybersécurité de la Silicon Valley », ajoute M. Lee. « Ces recrues ont misé sur leurs relations dans l’industrie. Le reste de l’histoire est connu. »

Moins de 24 mois après la première vague de financement de démarrage menée par Vanedge, Metafor a été acquise par Splunk, une firme de San Francisco spécialisée dans les mégadonnées, qui a entrepris – grâce à l’acquisition – la construction d’un centre d’excellence vouée à l’apprentissage machine à Vancouver.

M. Lee insiste : selon lui, un modèle de capital-risque efficace doit s’appuyer sur les aspects fondamentaux des relations humaines pour assurer un bon résultat global.

Il suggère aux entreprises à la recherche de capital-risque de se demander : « L’investisseur que je convoite comprend-il mon domaine, ou aurai-je à le lui faire connaître? Quelle valeur le capital-risque m’apportera-t-il? Peut-il influencer les résultats? Pourrons-nous collaborer? Avons-nous la même vision d’avenir pour l’entreprise? »

« Peu importe si l’investisseur est un expert très doué ayant de bonnes relations; si la collaboration est difficile, la situation risque de s’envenimer et de mal se terminer. »

De même, souligne M. Lee, un investisseur en capital-risque souhaite généralement voir l’entreprise prendre de l’expansion et dominer son créneau. « Si l’équipe de direction vise simplement un excellent niveau de vie, ça ne fonctionne pas plus. »

Cinq questions pour Paul Lee, fondateur de Vanedge Capital

Quelle a été votre première vente à l’exportation?

Distinctive Software, à la fin des années 1980. Je ne me souviens pas de la transaction elle-même, mais nous avions l’exportation en tête dès le départ. Nous avons vendu à Electronic Arts en 1991, qui comptait alors 240 employés et avait un chiffre d’affaires inférieur à 100 millions de dollars. Pourtant, EA a toujours voulu dominer à l’échelle mondiale, et j’y ai beaucoup appris.

 

Comment cette première possibilité d’exportation s’est-elle présentée?

Le Canada est un petit marché, voisin du plus grand au monde. À un salon professionnel, Don (Mattrick) avait rencontré un éditeur qui cherchait de nouveaux produits. Il lui a présenté un jeu de course automobile, Test Drive, mettant en scène la route qui relie Vancouver à Whistler, et l’a persuadé d’investir dans son développement. Ce jeu a remporté un franc succès.

 

Que connaissez-vous aujourd’hui de l’exportation que vous auriez aimé savoir à vos débuts?

Même s’il s’agit de technologie, les gens font partie intégrante des affaires. Les gens achètent de ceux qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance. Avoir le meilleur produit est important pour réussir, mais l’entregent et les relations cordiales le sont tout autant.

 

Comment le commerce a-t-il évolué depuis que vous vous êtes lancé en affaires?

Au Canada, la proportion de PME axées sur l’exportation est très faible. Or, embrasser les marchés mondiaux est plus important que jamais. Sans eux, il est difficile d’amener une entreprise à une réussite à grande échelle. De plus, vu le rythme effréné du progrès technologique, vous devez vous ouvrir au reste du monde, sinon vous risquez de ne pas voir venir la concurrence ni les transformations du marché à temps. Si l’équipe de direction y est réfractaire, elle ne réussira jamais réellement.

 

Quelle est la chose la plus importante que doivent savoir les nouvelles PME au sujet du commerce d’exportation?

Tout compte fait, les gens font affaire avec ceux qu’ils apprécient. Ne vous méprenez pas en pensant que tout ce qui compte est d’avoir le meilleur produit. Vous devez aller au-devant des rencontres, apprendre à connaître les gens et découvrir comment combler leurs besoins. Enfin, concevoir des produits qui prouvent que vous aurez trouvé une solution pour eux dès le lendemain, et que ça ne s’arrêtera pas là. Après tout, ce qui importe, ce n’est pas de savoir qui est en tête aujourd’hui, mais bien qui sera le plus rapide et le plus apte à contourner les obstacles, car c’est lui qui gagnera.

Catégories Technologies et télécommunications

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