2017 : année pivot pour les politiques?

Deux semaines après le passage à la nouvelle année, nos bons vœux se sont transformés en plans, en objectifs renouvelés et en aspirations. Immanquablement, le début d’année nous donne le sentiment rafraîchissant de faire page blanche. Depuis deux ans, les exportateurs canadiens ont eu de bonnes raisons d’être optimistes aux premiers jours de la nouvelle année. Est-ce le cas en 2017?

D’après les données, les occasions de croissance immédiates sont résolument au rendez-vous. D’ailleurs, la première destination de nos exportations, les moteurs économiques tournent rondement. Le marché de l’emploi aux États-Unis reste en effervescence : en décembre, la masse salariale a enregistré des gains impressionnants, tandis que le taux de chômage est au plus bas et les salaires sont en hausse. Résultat : le moral des consommateurs américains n’a jamais été aussi bon depuis la fin de la récession. Avec à l’horizon une augmentation des dépenses publiques et des réductions d’impôts, cette activité pourrait s’intensifier. Encore aux prises avec des contraintes de capacité, les entreprises ont d’excellentes raisons de mettre en branle leurs projets d’investissement.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe occidentale présente globalement le même dynamisme – quoiqu’elle reste confrontée à des difficultés structurelles, notamment l’insolvabilité des banques, la précarité des finances publiques et le mécontentement de l’électorat. Pourtant, ces problèmes de longue date auraient pu – considérablement et à maintes reprises – mettre à mal l’économie, mais à chaque fois la catastrophe a été évitée. Même le Brexit, qui menace aujourd’hui la structure de l’économie européenne, n’est pas parvenu à oblitérer la zone euro, contrairement à certaines prédictions ayant fait les manchettes. Il semble bien que la vague de demande comprimée qui s’est lentement mais sûrement formée pendant les années post-récessionnistes n’a pas seulement maintenu l’activité économique : elle annonce aussi une accélération de la croissance à court terme.

Les chiffres des exportations canadiennes soulèvent également un vent d’optimisme. Les statistiques de la fin de 2016 montrent que les exportateurs ont fini l’année en beauté, dix des 11 principaux groupes d’industries réalisant de remarquables gains en novembre. De plus, cette croissance était bien répartie parmi les diverses destinations de nos exportations, en particulier à l’extérieur des États-Unis, même si notre performance à l’export vers le marché américain était éblouissante. Si cette activité se maintient, les exportateurs connaîtront en 2017 une année très respectable.

Ainsi donc, la page blanche du début d’année paraît déjà bien remplie, et ce, d’une manière positive. Pourtant, la partie encore blanche suscite des préoccupations. De fait, si 2016 a été marqué par un mouvement populiste s’opposant à l’ouverture au commerce (reportez-vous au dernier Propos de 2016), le monde attend toujours avec impatience un mouvement correspondant des politiques. Dans le cas du Brexit, le changement de politiques a été entravé par le débat juridique entourant la procédure à suivre. Avant d’activer l’article 50, le gouvernement britannique devra sans doute obtenir l’approbation du Parlement, ce qui jettera dans l’incertitude le véritable résultat du référendum. Du côté des États-Unis, le tableau est défini par le vote des Grands électeurs, par les nominations à des postes clés et par la multiplication des gazouillis sur Twitter. Des déclarations à l’emporte-pièce ont entraîné, semble-t-il, la révision de projets d’investissement transfrontalier – surtout à destination du Mexique. Cependant, le mouvement protectionniste va à l’encontre de la logique économique et, s’il prend de l’ampleur, il aura manifestement une incidence négative sur le citoyen américain moyen. Par conséquent, un réel changement de cap des politiques demeure à court terme une immense inconnue.

Alors, que laisse présager l’avenir? Les entreprises aux quatre coins de la planète sont plongées dans l’incertitude. En l’absence de directives claires en matière de politiques, elles peuvent difficilement faire de grands investissements. Certaines d’entre elles reporteront sans doute cette décision en attendant que la conjoncture se précise – ce qui se répercutera sur tous les acteurs de la chaîne de valeur. D’autres ont déjà annulé des projets de premier plan en attendant les directives liées aux politiques. C’est un incroyable pari, qui est symptomatique d’un sentiment général que nous avons appelé la « Grande Hésitation » chez les entreprises à l’échelle mondiale. Certains des changements actuels sont cohérents puisque dans des circonstances semblables la mentalité de troupeau prédomine, ce qui provoque des réactions excessives et souvent absurdes. Or, les décisions prises peuvent se révéler avantageuses. En effet, vu les forces latentes des locomotives économiques mondiales, les entreprises en quête de filons auxquels d’autres ont renoncé pourraient profiter des meilleurs débouchés du présent cycle.

Conclusion?

Au lendemain de scrutins marquants, les entreprises évoluent dans un contexte caractérisé par un vide au chapitre des politiques. Compte tenu de la fragilité structurelle actuelle, les décideurs politiques doivent rapidement produire des résultats pour conserver le soutien d’un électorat inconstant – et divisé. Dans ce contexte, il y a fort à parier qu’on assistera à des changements progressifs, mais non à un revirement complet. Si tel est le cas, d’autres projets mis au rancart pourraient être porteurs.

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