« Le Canada et la Corée devraient faire preuve de leadership » dans la promotion du  commerce mondial, dit le négociateur en chef de l’ALENA pour le Canada

« Le Canada et la Corée devraient faire preuve de leadership » dans la promotion du commerce mondial, dit le négociateur en chef de l’ALENA pour le Canada

S’il y a une raison d’adhérer au commerce mondial, c’est bien celle que propose ce sage lauréat américain du prix Nobel, dans ses mémoires publiés en 1948 :

« J’ai constaté que l’idée du commerce et celle de la guerre et de la paix étaient inséparables, écrit Cordell Hull, ancien secrétaire d’État américain. Si la guerre fait rage quelque part, impossible que les affaires suivent leur cours normal. J’ai constaté que les guerres naissent souvent de la rivalité économique. J’en suis donc venu à croire que si nous pouvions intensifier les échanges commerciaux entre les nations ou abaisser les barrières commerciales et tarifaires et éliminer les obstacles au commerce, nous ferions un pas de géant vers la fin de la guerre. »

Durant la sixième discussion annuelle entre le Canada et la Corée sur la Colline du Parlement, John M. Weekes, ambassadeur du Canada à la retraite, a comparé cette citation à un extrait du discours d’investiture du président Trump : « À partir d’aujourd’hui, ce sera strictement l’Amérique d’abord – l’Amérique d’abord… Chaque décision sur le commerce, la fiscalité, l’immigration et les affaires étrangères sera prise en faveur des travailleurs américains et des familles américaines. Nous devons protéger nos frontières des ravages que font d’autres pays qui fabriquent nos produits, volent nos entreprises et détruisent nos emplois. »

Certains participants à la discussion ont abondamment parlé des défis posés par l’attitude belliqueuse de la Corée du Nord pour la Corée et le reste du monde, mais Weekes – qui a travaillé pendant 28 ans au développement des politiques commerciales du gouvernement canadien et a mené les négociations de l’ALENA – a plutôt abordé l’importance de la collaboration internationale « en période difficile », en insistant sur l’incidence des politiques de Trump pour des acteurs du commerce mondial comme le Canada et la Corée, et en proposant des solutions.

« Nous faisons face à un obstacle exceptionnel : le président américain semble tourner le dos à ses alliés et partenaires habituels, en traitant vraisemblablement avec indifférence, voire hostilité, les institutions mondiales et les accords dont les États-Unis sont un des principaux architectes », souligne-t-il.

Il mentionne que Hull a joué un rôle déterminant dans la réalisation des deux plus grandes réformes commerciales américaines, d’abord en faisant pression pour l’adoption de la Tariff Act of 1922, qui prescrit un traitement égal pour tous les pays, puis en convainquant le Congrès d’adopter la Reciprocal Trade Agreement Act of 1934, qui supprime les tarifs autonomes et délègue au président le pouvoir de décider des tarifs et des politiques commerciales.

S’appuyant sur les accomplissements de Hull, Weekes affirme qu’il est essentiel d’avoir un système de règles économiques reposant sur le droit international.

« Les accords commerciaux d’aujourd’hui sont une forme de droit international. On y tient compte de la complexité des relations économiques mondiales, en abordant entre autres les biens, les services, les investissements, la propriété intellectuelle et le commerce numérique. Et, bien entendu, les intervenants de l’économie mondiale sont de plus en plus interreliés et interdépendants. »

Les statistiques le confirment. Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde de 2014 publié par les Nations Unies, les ventes réalisées par les sociétés affiliées à l’étranger des multinationales ont représenté 46 % du PIB mondial en 2013, et les exportations de biens et services, 31 %.

« Voilà la preuve qu’il faut veiller à la santé de l’économie – d’une importance cruciale pour le monde – avec un système durable de règles internationales consensuelles », dit Weekes.

Selon lui, le Canada et la Corée – premier pays asiatique avec qui nous avons conclu un accord de libre-échange – ont un « intérêt majeur » à assurer la pérennité d’un tel système et à renforcer son objectif : maintenir et promouvoir la prospérité et la paix.

« Vu les circonstances, l’[Organisation mondiale du commerce] ne fera probablement pas de progrès dans l’immédiat. Mais il faut poser maintenant les jalons qui nous guideront sur cette voie; le Canada et la Corée devraient prendre les devants et s’en assurer. »

Les États-Unis s’étant retirés du PTP, les autres pays doivent être plus actifs, estime Weekes. « Le Canada et la Corée ont la chance de façonner l’avenir. »

Il indique que l’issue de la renégociation de l’ALENA concerne tous les pays signataires d’un accord de libre-échange avec les États-Unis, y compris la Corée, ajoutant que même s’il faut essayer de modérer l’approche de notre voisin du Sud, il importe aussi de se préparer à d’autres « rajustements majeurs » des politiques américaines par la prochaine administration.

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