Développement international Desjardins – Pionnier de la microfinance, DID étend son réseau à l’échelle mondiale

Quand, au début des années 1970, Développement international Desjardins (DID) implantait des coopératives parmi les milieux les moins développés de la planète, son personnel embauchait littéralement des personnes « assises sous un arbre ».

C’est ainsi qu’Anne Gaboury, présidente et chef de la direction de DID, caractérise l’esprit des pionniers et la détermination de partager la solide expérience du Mouvement Desjardins, qui aide les gens les moins favorisés à acquérir une autonomie financière grâce au modèle reconnu des caisses populaires (coopératives d’épargne et de crédit) [voir aussi la section FAQ – Desjardins].

Aujourd’hui, ces coopératives d’épargne et de crédit se sont ramifiées comme des arbres : 2 700 points de service affiliés à 30 institutions partenaires; plus de 8 millions de membres; des coopératives présentes dans 25 pays en développement ou émergents en Afrique, en Amérique latine, en Asie et en Europe. La plupart de ces coopératives volent aujourd’hui de leurs propres ailes, procurent des emplois directs à environ 14 000 personnes et recrutent elles-mêmes leurs membres.

Avant tout, les coopératives d’épargne et de crédit donnent aux citoyens les moyens de « planter des arbres », de lancer des entreprises commerciales ou agricoles, d’épargner pour les études de leurs enfants ou de réaliser un rêve universel : acheter leur propre maison.

Histoires de réussites

Prenons par exemple le cas de Margret Mseteka, entrepreneure et cliente du Centre financier aux entrepreneurs (CFE) de la Zambie, qui s’est lancée en affaires en 2008 grâce à DID et à ses partenaires financiers, ainsi qu’à une ligne de crédit d’EDC.

« Grâce aux services financiers auxquels j’ai eu accès, j’ai pu construire ma maison à partir des profits tirés de mon entreprise et j’ai réussi à envoyer tous mes enfants à l’école », a-t-elle confié à DID.

Au Burkina Faso, les agriculteurs n’ont accès qu’à 3,5 % des prêts accordés par les institutions financières locales, mais ils contribuent à l’économie nationale dans une proportion dix fois supérieure.

« Si le CFE n’existait pas, je serais tout simplement incapable de développer mon entreprise, car je n’ai pas d’alternative », souligne Ouedraogo Boureima, éleveur de bovins dans la ville d’Ouahigouya. M. Boureima subvient en grande partie aux besoins des 20 membres de sa famille, et c’est grâce à son entreprise si tous ses enfants vont à l’école.

Ce sont d’innombrables histoires comme celles-là qui font dire à Mme Gaboury : « L’accès à des services de base, d’épargne et de prêts, est source d’autonomie et de croissance. Ces services permettent aux gens de bâtir leur patrimoine individuel, familial et collectif ».

« Nos appuis donnent leur premier élan aux institutions; ensuite, chacune d’elles évolue selon le pays où elle est implantée. Les retombées positives qu’elles génèrent sont immédiates et peuvent se faire sentir longtemps après nos premières interventions. »

Entreprises prospères

Les institutions de microfinance sont assurément des entreprises sociales, mais ce sont aussi des entreprises florissantes. Leurs actifs totaux ont atteint quelque 3,5 milliards de dollars, ce qui est d’autant plus impressionnant si on considère que le montant des prêts octroyés aux entrepreneurs oscille entre 3 000 $ et 10 000 $ sur les marchés comme la Zambie, ou commence à environ 6 000 $ sur les marchés émergents à plus forte croissance comme le Panama.

Cette fourchette de crédits met en lumière une différence qui existe entre les CFE, axés sur l’entreprise, et les coopératives d’épargne et de crédit traditionnelles mises sur pied ou appuyées par DID. Mme Gaboury explique que les CFE, plus spécialisés, exercent leurs activités principalement auprès des petites entreprises des marchés émergents plutôt qu’auprès des particuliers. « C’est un créneau où l’écart entre l’offre et la demande est très grand, dans les marchés en développement », mentionne-t-elle.

Au Burkina Faso, une femme a demandé, il y a 15 ans, un prêt de 300 $ à une coopérative d’épargne et de crédit partenaire de DID pour lancer son entreprise; elle est aujourd’hui une marchande prospère qui peut contracter un prêt de 40 000 $.

Accroître l’accès pour les entrepreneurs

Au cours des cinq dernières années, DID a mis sur pied sept autres CFE : en Zambie, en Tanzanie, en Ouganda, au Panama et au Burkina Faso (3). Ces CFE s’ajoutent à ceux déjà présents au Rwanda, au Burkina Faso, au Mali (2) et au Sénégal.

« Au départ, il faut de trois à cinq ans et de 3 à 5 millions de dollars pour lancer un CFE et atteindre l’autofinancement; ensuite, nous avons besoin de plus d’investissement, 40 à 50 millions de dollars, uniquement pour faire face à l’augmentation des demandes de prêts. Nous devons donc compter sur un plus grand nombre de partenaires et de capitaux pour atteindre notre objectif de fonder quatre nouveaux CFE d’ici trois à cinq ans », indique Mme Gaboury.

« Au fil des ans, nous avons vu augmenter le montant moyen des prêts et le nombre de prêts récurrents, deux indices qui attestent la loyauté de nos clients : ils remboursent leurs prêts et leur entreprise prospère en créant des emplois. »

Avant de démarrer de nouveaux projets, DID repère et analyse les marchés dans lesquels ils voient des occasions de croissance pour les collectivités et les petites entreprises, où peu de services sont offerts et auxquels des banques de développement et des investisseurs d’envergure mondiale portent aussi de l’intérêt. « Nous ciblons des communautés où la présence de coopératives d’épargne et de crédit et de CFE peut avoir d’importantes retombées positives pour la collectivité, ses habitants et les générations futures, sur une base pérenne», ajoute Mme Gaboury.

Épargnées par la crise

Entrepreneure au Burkina Faso

Entrepreneure au Burkina Faso

Compte tenu de la crise financière qui continue de sévir sur quelques marchés et qui menace de faillite même les grandes banques, il est légitime de se demander comment s’en sortent les institutions actives dans la microfinance. Mme Gaboury fait remarquer qu’une des raisons pour lesquelles les coopératives d’épargne et de crédit n’ont pas souffert de la crise est qu’elles s’alimentent principalement de l’épargne de la collectivité.

Le cas du partenaire de DID en Lituanie est intéressant. Le réseau de coopératives d’épargne et de crédit lituanien est la seule institution financière locale sur ce marché. En 2008, toutes les banques du pays ont cessé d’accorder des prêts, contrairement aux coopératives. À l’heure actuelle, ce réseau compte quelque 125 000 membres et possède 550 millions de dollars d’actif. Il se compose de 63 institutions membres (coopératives affiliées) et plus de 120 points de service.

« Dès l’émergence, nous supportons l’organisation des coopératives partenaires en réseau; ainsi, chaque coopérative n’œuvre pas en solitaire. Idéalement, toutes les coopératives d’un même réseau ont la même image, les mêmes systèmes, les mêmes normes et les mêmes pratiques (sur chaque marché). Nous croyons que ce modèle, inspiré de celui de Desjardins, favorise leur développement et leur survie, facilite leur supervision et resserre les liens qu’elles entretiennent entre elles », déclare Mme Gaboury.

S’adapter à la culture d’un autre pays

« Le modèle n’est pas rigide pour autant. Chaque réseau s’adapte à la culture du pays et aux besoins de ses membres, ajoute-t-elle. En Zambie, par exemple, notre CFE partenaire a lancé un produit de financement du petit habitat auprès des entrepreneurs, complètement inédit dans la région. Ce sont des prêts à plus long terme – trois à cinq ans, comparativement aux prêts habituels de 12 à 18 mois – accordés tout spécialement aux personnes qui souhaitent agrandir ou rénover leur maison à des fins professionnelles : aménagement d’un bureau, d’une salle de couture, d’une salle de classe ou d’un garage (atelier de mécanique). »

« C’est notre partenaire zambien qui a pris conscience de ces besoins et les a évalués. Avec l’aide de DID, il a ensuite lancé ce produit, qui représente en ce moment le tiers de son portefeuille. Nous pensons que ce type de financement répond à un besoin fondamental et présente beaucoup de potentiel pour les autres partenaires aussi», révèle Mme Gaboury.

L’argent appelle l’argent

Étant amenée à soutenir des investissements dans des endroits éloignés où le risque est souvent élevé, DID a commencé à protéger ses actifs en 2007, avec l’assurance risques politiques (PRI) d’EDC. « Plus récemment, nous avons diversifié nos collaborations avec EDC qui nous a octroyé une ligne de crédit nous permettant d’investir ces fonds dans le développement de nos institutions partenaires. Et l’argent appelle l’argent. Grâce à ces fonds et à nos relations avec EDC, nous gagnons en crédibilité et nous intéressons un plus grand nombre d’investisseurs à soutenir les partenaires du Sud», explique Mme Gaboury.

« Chef de file mondial dans son domaine, DID est unique au Canada, affirme Nathalie Lambert, qui gère à EDC les relations avec cette organisation. En plus de lui avoir offert l’Assurance risques politiques, nous avons financé de diverses façons, depuis 2008, quelques-uns de ses projets à l’étranger afin qu’elle puisse appuyer la croissance de ses partenaires. »

Certaines choses ne changent pas

D’après Mme Gaboury, la psychologie des êtres humains est sensiblement la même partout sur la planète, malgré la distance et les différences culturelles qui séparent les peuples : « Les gens veulent se sentir les bienvenus dans leur institution financière et souhaitent qu’on réponde à leurs besoins. Ils veulent une maison, un emploi, et souhaitent pouvoir envoyer leurs enfants à l’école; ils veulent être autonomes. » Ce sont les grandes lignes de la philosophie du Mouvement Desjardins (qui fête ses 112 ans cette année) a enseignée à DID, et que DID partage à son tour avec son réseau de partenaires toujours grandissant.

D’ailleurs, DID elle-même continue d’évoluer : elle a supporté la création d’une association regroupant ses partenaires internationaux afin qu’ils puissent mettre en commun leurs pratiques exemplaires; elle a enrichi ses leviers de développement ; elle a accru ses engagements dans les CFE, et teste de nouveaux produits grâce à la collaboration de différents partenaires.

« Il n’y a pas de recette magique, ajoute Mme Gaboury. Il faut une dizaine d’années pour établir un réseau de coopératives d’épargne et de crédit autonome et rentable. Il faut avoir les finances dans le sang, se consacrer au développement des collectivités et des personnes, et prendre un engagement à long terme. »

Quel est le plus grand risque?

« Comme pour tout établissement bancaire, explique Mme Gaboury, le risque majeur est le défaut de paiement. Sur les marchés émergents, ce risque est souvent amplifié par le caractère mouvant ou inadéquat, voire l’absence, du cadre réglementaire requis. L’accessibilité du financement à long terme constitue aussi un problème. En effet, les membres des coopératives placent leurs économies en vue d’une utilisation à court terme, ce qui génère des flux de trésorerie à gérer constamment. Et ce que nous tenons pour acquis au Canada, comme un réseau de technologies et d’électricité qui fonctionne en continu, peut poser des défis à l’étranger, par exemple lorsque la connexion Internet coupe juste au moment où vous alliez terminer une transaction! »

« En ce qui concerne les taux de défaut de paiement, ils se chiffrent généralement à moins de 1 % au Canada, souligne Mme Gaboury, tandis qu’une plus grande latitude est possible sur les marchés émergents : des taux de 2 à 3 % sont considérés comme excellents, et nous visons habituellement des taux de moins de 5 %. Évidemment, une catastrophe naturelle, comme une inondation ou une sécheresse majeure dans un pays où les agriculteurs ne bénéficient pas de la protection, peut créer des impacts négatifs importants, tant pour la communauté que pour l’institution financière. »

« L’éducation reste primordial, soulève Mme Gaboury. DID et ses institutions partenaires ont beaucoup contribué à sensibiliser les emprunteurs pour qu’ils comprennent l’importance de rembourser leurs prêts. Par sa nature même, la coopérative véhicule l’idée que l’argent appartient à tout le monde dans la collectivité, ce qui inspire loyauté et responsabilité. »

Les succès de DID en chiffres

  • 30 institutions partenaires (2 700 points de service) dans 25 pays émergents, sur 5 continents
  • 8 millions de membres
  • 3,5 milliards d’actifs
  • 14 000 emplois directs
  • 500 000 emplois créés ou maintenus depuis l’ouverture du premier CFE en 2004
  • 75 000 entrepreneurs utilisant les services des CFE
  • 570 prêts pour des logements (2010) au Burkina Faso, en Inde et en Zambie, accordés par des partenaires de DID
  • 12 alliances stratégiques et partenaires investisseurs, dont EDC et l’Agence canadienne de développement international (ACDI), un partenaire de DID depuis 1970
Catégories Afrique, Exportation, Moyen-Orient

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