Le dynamisme des technologies propres au Canada

Le dynamisme des technologies propres au Canada

Les temps sont durs pour le secteur canadien des technologies propres (ou écotechnologies). Non seulement les entreprises de ce secteur en expansion doivent trouver la bonne équipe pour mettre au point des solutions environnementales, comme l’élimination des gaz à effet de serre (GES), la réduction des déchets ou la conservation de l’énergie, mais elles ont aussi besoin de financement pour passer du stade de la recherche et du développement à celui de la production, puis à la croissance.

Toutefois, des centaines d’entreprises y arrivent, malgré la volatilité des marchés des capitaux qui rend le financement difficile. Le Canada compte plus de 775 entreprises de technologies propres à ce jour, et le secteur a généré des recettes de 11,63 milliards de dollars en 2014, selon les dernières estimations d’Analytica Advisors. Un peu plus de la moitié de cette somme provient de l’exportation, dont 23 % de marchés non américains.

Pourtant, le Canada accuse un certain retard dans ce secteur billionnaire.

Selon Analytica Advisors, les revenus ont baissé de 3 % en taux de croissance annuel composé de 2012 à 2014. De plus, le Canada a vu sa part de marché des biens environnementaux manufacturés chuter de 41 %, passant de 2,2 % à 1,3 %. Enfin, le pays est passé du 14e au 19e rang des 24 exportateurs en importance dans le monde.

Les appels au développement des écotechnologies canadiennes commencent à trouver écho auprès des investisseurs publics et privés, notamment encouragés par la pression grandissante sur les industries et les pays pour lutter contre les changements climatiques en réduisant leurs émissions de GES.

On met également davantage l’accent sur l’utilisation énergétique accrue, la rareté de l’eau et la pollution généralisée. Au-delà des préoccupations environnementales, de plus en plus d’entreprises comprennent le risque économique de ne pas réduire leur empreinte environnementale, y compris les répercussions des phénomènes météorologiques violents et autres catastrophes environnementales, comme la sécheresse, les feux et les inondations.

Le désir croissant de trouver des solutions aux problèmes environnementaux représente une occasion en or pour les entreprises de technologies propres, selon Lynn Côté, conseillère sectorielle, Équipe des écotechnologies à Exportation et développement Canada (EDC).

« C’est le moment où jamais, souligne-t-elle. Des tas d’entreprises canadiennes peuvent profiter de cette évolution planétaire. »

Mme Côté pense notamment à des entreprises comme Clear Blue Technologies, un fournisseur de données de réseaux électriques intelligents, Temporal Power, LED Roadway Lighting et Corvus Energy, spécialisée dans le stockage d’énergie.

Selon Mme Côté, le grand défi actuel des écotechnologies est de favoriser la création et la croissance d’entreprises durables et concurrentielles sur le marché mondial, malgré l’intérêt généralisé pour le secteur.

Pourquoi de plus en plus d’investisseurs s’ouvrent aux écotechnologies

La prise de conscience environnementale, qui stagnait depuis plusieurs années déjà, s’est accélérée depuis l’adoption de l’Accord de Paris à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21), vers la fin de 2015. Il s’agit d’une convention entre 196 nations résolues à combattre les changements climatiques et à freiner la hausse des températures mondiales bien en deçà de 2 °C par rapport à la température moyenne d’avant l’ère industrielle en adoptant les énergies vertes et en réduisant les émissions de GES.

Durant l’événement, Bill Gates, Barack Obama et François Hollande ont dévoilé une coalition de 20 États s’engageant à doubler le budget consacré à la recherche dans les énergies renouvelables pour atteindre un total de 20 milliards de dollars d’ici cinq ans. M. Gates investira également 1 milliard de dollars dans le développement d’écotechnologies viables et a convaincu d’autres milliardaires de faire de même, bien qu’il reconnaisse que certaines initiatives se solderont par un échec.

Les technologies propres ont connu leur lot de promesses d’investissement par le passé, mais « nous avons bon espoir cette fois-ci que l’intérêt prendra assez d’ampleur pour nous permettre de faire un grand pas en avant vers l’atteinte des objectifs adoptés à Paris », lance Chris Boivin, vice-président des investissements de Technologies du développement durable Canada (TDDC).

« La folie s’était emparée du secteur en 2006, quand les investissements en capital-risque se sont largement multipliés. En 2011, les résultats n’étant pas au rendez-vous, les investisseurs se sont massivement retirés. C’est pourquoi on constate aujourd’hui une certaine prudence, mais il semble que la conjonction de facteurs économiques et politiques refaçonne le secteur, qui tire son financement de classes d’actifs différentes. »

Les gouvernements ont d’ailleurs augmenté leurs investissements. Pensons notamment aux milliards de dollars annoncés dans le dernier budget fédéral, dont les 2 milliards sur deux ans qui seront consacrés au fonds pour une économie à faibles émissions à compter de 2017-2018 et les 2,9 milliards sur cinq ans pour lutter contre les changements climatiques et la pollution.

Cycle Capital, un fonds de capital-risque canadien axé sur les écotechnologies, voit le budget comme un « vent de fraîcheur », qui témoigne d’une « vision d’avenir pour l’économie canadienne » en tirant parti des investissements dans les technologies propres, l’innovation et les infrastructures vertes.

« Nous sommes prêts à relever le défi », souligne Andrée-Lise Méthot, fondatrice et associée directrice de Cycle Capital. « S’il privilégie les écotechnologies et aide les entrepreneurs dynamiques prêts à conquérir le monde, le Canada peut redevenir un chef de file mondial du secteur et prospérer grâce à l’économie verte. »

Le budget appuie également l’engagement d’EDC d’émettre des obligations vertes et prévoit 1 milliard de dollars sur quatre ans pour soutenir les investissements liés aux technologies propres dans le secteur des ressources. De plus, 50 millions de dollars seront versés dans le Fonds de technologies du DD de TDDC pour soutenir le développement et la démonstration de nouvelles écotechnologies.

Ces investissements, ainsi que le mouvement mondial grandissant de réduction des émissions chez les gouvernements et les investisseurs, donnent un second souffle au secteur.

« Beaucoup de défis nous attendent encore, mais les indicateurs mondiaux suggèrent que nous avons le vent dans les voiles. C’est maintenant au secteur d’en tirer profit », indique M. Boivin.

Paré pour la croissance

Le problème des écotechnologies, c’est l’instabilité du financement.

Les sociétés de capital-risque sont de plus en plus axées sur des secteurs qui demandent moins de capital pour une commercialisation plus rapide, comme les technologies de l’information et les médias numériques. Elles préfèrent également vendre au plus vite pour réaliser un gain, ce qui nuit à la croissance des jeunes entreprises.

Pourtant, beaucoup d’entreprises de technologies propres ont su gérer leur capital et les attentes et sont maintenant prêtes à exporter. Pensons notamment aux canadiennes BioAmber, un producteur de produits chimiques durables, Temporal Power, une entreprise de stockage d’énergie et Enerkem, qui convertit les matières résiduelles non recyclables en éthanol cellulosique et en produits chimiques renouvelables.

Le défi, c’est de faire évoluer la technologie au point où les investisseurs peuvent prédire une croissance durable et se retirer à profit.

« Même les investisseurs de capitaux de départ ne veulent plus soutenir d’expérience scientifique, explique M. Boivin. Les entreprises doivent absolument être évaluées et démontrer un véritable potentiel de marché. C’est là où TDDC entre en scène : nous aidons les entreprises exemplaires à faire leurs preuves auprès de vrais partenaires dans un contexte commercial représentatif. Nous éliminons les risques techniques, de marché et d’exécution pour aider les entreprises révolutionnaires à croître et à rayonner mondialement. »

Le recul des cours énergétiques génère également des débouchés dans le secteur de l’énergie propre, explique Jon Dogterom, directeur des services aux entreprises de technologies propres de MaRS, l’accélérateur d’entreprises de Toronto.

Selon lui, contrairement aux autres sources d’énergie, l’éolien, l’énergie solaire, l’hydroélectricité et le biogaz n’ont pas la même volatilité sur les marchés – ce qui en fait la plateforme idéale pour établir et développer un secteur stable – et coûtent moins cher à produire au fur et à mesure qu’on les met en service.

Toujours selon M. Dogterom, une récente étude de la Frankfurt School of Finance and Management pour le Programme des Nations Unies pour l’environnement démontre que les investissements mondiaux dans des projets d’énergie renouvelable ont dépassé les 200 milliards de dollars chaque année depuis 2010. De son côté, la Deutsche Bank a récemment prédit que 10 % de la production d’électricité mondiale proviendrait de l’énergie solaire d’ici 20 ans, en raison de la diminution des coûts de cette technologie.

« Les investisseurs sont de plus en plus intéressés, poursuit-il. Les gens d’ici et d’ailleurs commencent à comprendre le fort potentiel de développement économique et d’investissement des écotechnologies. »

On dénote notamment un gain en popularité des entreprises en démarrage, autrefois moins attrayantes en raison des délais de commercialisation, du risque perçu et des obstacles au financement de projets.

Aujourd’hui, les investisseurs ont accès à un large éventail de technologies, de l’éolien à l’énergie solaire en passant par le stockage d’énergie et les solutions de gestion des données.

Quelques organisations de technologies propres canadiennes, dont MaRS, Écotech Québec, BC Cleantech CEO Alliance et l’Alberta Clean Technology Industry Alliance, ont signé un protocole d’entente unique en son genre pour coordonner les efforts de promotion du secteur au pays.

Cette entente permettra à de nombreux secteurs, notamment l’exploitation minière, la foresterie et le pétrole et gaz naturel, de devenir plus efficaces et concurrentiels, selon Denis Leclerc, président et chef de la direction d’Écotech Québec, une organisation à but non lucratif qui représente la grappe des technologies propres au Québec.

« Les technologies propres sont un secret trop bien gardé au Canada », lance-t-il.

Si certains disent que le secteur des écotechnologies canadien a simplement besoin d’une nouvelle image de marque, M. Leclerc croit plutôt que tout reste encore à faire :

« Nous devons créer une image de marque qui permettra aux entreprises canadiennes d’exporter leur savoir-faire partout dans le monde ». Il pense notamment aux technologies de l’eau et à la production d’énergie à partir de déchets.

Selon lui, c’est à l’industrie et aux entrepreneurs de collaborer :

« Les investisseurs me disent qu’ils n’ont pas assez de projets, et les entrepreneurs me disent qu’ils n’ont pas assez d’argent. Il faut rapprocher tout ce monde et veiller à ce que les entrepreneurs comprennent les besoins des investisseurs. Au-delà de l’invention même, il est aussi question de plan d’affaires, de commercialisation, d’équipe, de conseil d’administration… L’investisseur doit constater le fort potentiel de l’entreprise. »

M. Leclerc croit aussi que les gouvernements, ainsi qu’EDC et d’autres organisations, jouent un rôle dans la mise en valeur des technologies canadiennes :

« Il faut d’autres forces en jeu. Nous avons besoin de la collaboration du secteur privé, du gouvernement et d’autres organisations. Les écotechnologies sont un immense marché mondial. Si nous voulons positionner le Canada comme un acteur durable des technologies, nous devons unir nos efforts et nos stratégies. C’est grâce à une vision commune que nous accomplirons de grandes choses. »

Conseils pour les exportateurs en devenir

Les entreprises de technologies propres canadiennes qui souhaitent conquérir des marchés étrangers doivent faire des recherches sérieuses et comprendre les différents incitatifs de chaque pays pour savoir si leur solution convient, explique Mme Côté.

Si elles évoluent dans un secteur où les incitatifs jouent un rôle important, elles doivent bien en comprendre la nature pour chaque marché.

Certains pays sont plus complexes que d’autres, précise-t-elle, comme la Chine pour les questions de propriété intellectuelle et l’Inde pour les délais et les obstacles réglementaires.

« Ces marchés sont vus comme des débouchés intéressants, mais une PME aurait peut-être avantage à s’y lancer au sein d’un autre projet, plutôt que seule. C’est ce que nous tentons d’encourager. »

Selon le type de technologie, Mme Côté croit que beaucoup d’entreprises devraient se concentrer d’abord sur les États-Unis et l’Amérique.

Elle recommande aux entreprises de technologies propres de se concentrer sur leurs marchés cibles, peu importe leur objectif à long terme :

« Ne dites pas que vous vendez dans le monde entier; on ne vous prendra pas au sérieux. Ciblez les gains faciles pour lancer votre technologie. Ensuite, bâtissez votre réputation grâce à des projets obtenus par référence et en intégrant graduellement de nouveaux marchés. »

Il est aussi primordial de s’entourer d’experts, dont des professionnels spécialisés dans la recherche de clients, qui peuvent vous donner une longueur d’avance.

« Il n’y a sans doute rien de plus important que de former une bonne équipe, renchérit Mme Côté. Le plus souvent, les banques et autres investisseurs examinent l’équipe avant de prendre une décision. A-t-elle les compétences requises pour faire croître l’entreprise et prospérer sur le marché ciblé? »

Il faut d’ailleurs parfois amener de nouveaux talents dans l’équipe pour passer à la phase de commercialisation.

« Il est extrêmement difficile de passer du stade de la recherche et du développement à ceux de la production et de la commercialisation, ajoute Mme Côté. C’est sans doute le défi le plus difficile à surmonter pour les jeunes entreprises. »

Elle recommande aux entrepreneurs de collaborer avec d’autres acteurs du marché. De plus en plus, les acheteurs cherchent des solutions clé en main aux défis environnementaux, comme la réduction des déchets ou l’économie d’énergie. Ils ne sont pas uniquement intéressés par les nouvelles technologies, d’autant plus si elles n’ont pas encore fait leurs preuves.

Enfin, Mme Côté souligne qu’il ne faut pas oublier de prendre son temps. Le marché traverse une période palpitante, mais l’épuisement ou la croissance excessive peuvent nuire aux entreprises :

« Trop souvent, les entrepreneurs se surmènent. Beaucoup d’entre eux croient qu’il suffit d’une bonne idée pour s’enrichir, mais l’accès aux marchés demande du temps et du travail d’équipe. C’est en nouant des liens avec diverses personnes et organisations qu’on y arrive. »

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