Vous songez au marché de l’énergie propre chinois? Comment les politiques peuvent ouvrir la voie, selon MaRS Discovery District

Vous songez au marché de l’énergie propre chinois? Comment les politiques peuvent ouvrir la voie, selon MaRS Discovery District

Jason MoodyJason Moody
Analyste de marchés

M. Moody est analyste de marché à MaRS Market Intelligence. Il aide les entrepreneurs et les entreprises en démarrage des secteurs des technologies propres, des matériaux de pointe et de la fabrication à trouver les renseignements sur le marché dont ils ont besoin pour réussir. Il participe aussi à la rédaction de rapports pertinents sur les marchés et à la recherche connexe.Pour en savoir plus sur M. Moody, cliquez ici.
Pallavi RoyPallavi Roy
Associée, Advanced Energy Centre

Mme Roy est associée au Advanced Energy Centre (AEC) de MaRS. Elle repère les occasions et les défis relatifs à l’innovation canadienne sur les marchés internationaux prioritaires. Elle voit aussi à communiquer le leadership éclairé de l’AEC à l’industrie mondiale de l’énergie.Pour en savoir plus sur Mme Roy, cliquez ici.

Pour nombre d’entreprises de technologie du secteur de l’énergie, la Chine est synonyme d’énormes possibilités d’exportation et d’investissement. Pourtant, c’est précisément l’envergure du marché et sa rare complexité qui en rebutent plus d’un et les incitent à se tourner vers des marchés étrangers plus accessibles. Bien sûr, certaines entreprises canadiennes y ont remporté un grand succès, mais au prix d’une infatigable persévérance, d’études de marché approfondies, d’une planification détaillée, de partenariats solides et de conseils d’expert en cours de route.

Beaucoup sont intimidés par l’ampleur et la complexité d’un marché émergent, et le contact initial suscite parfois davantage de questions que de réponses : y a-t-il un marché pour mes produits ou services? Ai-je ce qu’il faut pour percer le marché chinois? Qui peut m’aider à y accéder et à me lancer?

Cette série d’articles d’Exportateurs avertis vise à décrire certains facteurs principaux dont une entreprise doit tenir compte si elle songe à conquérir la Chine. Au savoir issu de notre propre expérience s’ajouteront l’avis d’experts et les conseils d’entreprises canadiennes ayant déjà réussi sur ce marché.

Le présent article traite des incidences des politiques sur l’exportation : comment elles peuvent créer des débouchés sur le marché énergétique chinois, mais aussi constituer des obstacles dont les entreprises doivent être conscientes.

De façon générale, tous les indices laissent présager des débouchés à l’exportation dans le secteur de l’énergie propre. La Chine s’est engagée à au moins doubler sa part de production d’énergie renouvelable d’ici 2030. En 2015, elle a investi 103 G USD en énergie renouvelable, soit 36 % du total mondial l’an dernier. Cet investissement représente plus que ceux des États‑Unis, du Royaume-Uni et du Japon réunis, selon un rapport 2016 du PNUE sur les tendances mondiales d’investissement en énergie renouvelable. De plus, la Chine prévoit investir 128 G USD annuellement de 2016 à 2030 dans l’extension d’un réseau électrique intelligent. Mais que signifient vraiment ces objectifs et ces prévisions pour un exportateur potentiel?

Savoir ce qui favorise les débouchés

Pour comprendre un marché potentiel, vous devez connaître les facteurs susceptibles de favoriser la demande pour votre technologie ou service. Maintenant, par où commencer?

En Chine, les politiques gouvernementales sont sans contredit au centre de la création de débouchés. Traditionnellement, c’est son programme de développement économique qui dicte la politique énergétique, son plan quinquennal en constituant la pièce maîtresse – la présente édition, la treizième, date de février 2016. Ce plan oriente les politiques du pays pendant cinq ans et définit un cadre stratégique général pour son développement économique. Il jette essentiellement les bases de l’investissement à venir dans le secteur de l’énergie.

Le plan actuel met l’accent sur une restructuration continue de l’économie pour l’orienter davantage sur les services, l’écarter de l’industrie lourde et diminuer encore sa consommation d’énergie. Il vise aussi à réduire l’intensité énergétique d’encore 15 % et annonce la mise en place d’un mécanisme d’échange de droits d’émissions en 2017. L’un des objectifs principaux décrits est l’atteinte d’un PIB deux fois supérieur à celui de 2010, d’ici 2020, grâce à une stratégie de développement « innovatrice, coordonnée, verte, ouverte et inclusive ». Le développement axé sur l’innovation ressort comme un concept clé du plan, tout comme l’inclusion et l’ouverture des marchés à plus d’acteurs internationaux.

Si le plan quinquennal représente effectivement le futur potentiel de marché du secteur énergétique, l’avenir semble bien favorable aux entreprises canadiennes de technologie propre innovatrices et prêtes à exporter. La Chine et le Canada ont aussi signé une déclaration conjointe sur leur coopération dans le domaine des technologies propres pour faciliter l’échange de pratiques exemplaires et la collaboration entre les PME.

Le gouvernement chinois considère que les « villes intelligentes » sont une autre approche prometteuse pour accélérer « l’industrialisation, l’informatisation, l’urbanisation et la modernisation de l’agriculture ». La surveillance et l’analyse en temps réel, les technologies de réseau intelligent et la gestion de l’énergie devraient toutes connaître une croissance. Pas surprenant que la Chine cherche à rendre son urbanisation plus intelligente et cohérente : la proportion de résidents permanents vivant dans les villes devrait atteindre 60 % d’ici 2020. L’aménagement des villes intelligentes devrait créer des débouchés pour les entreprises spécialisées dans les capteurs, l’infrastructure de compteurs avancée, la gestion de la demande et la gestion de l’énergie axée sur le client.

Le pays recherche activement l’expertise et la collaboration étrangères pour réaliser son projet de villes intelligentes. Lors de la deuxième Smart City Innovation Conference tenue en Chine en mars 2016, le China Centre for Urban Development et Future Cities Catapult ont signé un protocole d’entente pour favoriser l’innovation et faire disparaître les obstacles à la création de villes intelligentes.

Les engagements actuels de la Chine en faveur de l’atténuation des changements climatiques sont ambitieux. D’ici 2030, elle s’est fixé les objectifs suivants :

  • Réduire l’intensité carbonique du PIB de 60 % à 65 % par rapport à 2005.
  • Faire passer à environ 20 % la part des énergies vertes dans l’approvisionnement en énergie primaire.
  • Augmenter le volume des stocks de forêts de 4,5 milliards de mètres cubes par rapport à 2005.
  • Veiller à ce que les émissions de COplafonnent d’ici 2030 au plus tard.

Le gouvernement a aussi des objectifs ambitieux en ce qui concerne l’énergie propre. Il souhaite que l’énergie renouvelable représente 15 % de la consommation primaire d’énergie d’ici 2020, et 20 % d’ici 2030. Une montée fulgurante de la capacité de production d’énergies renouvelables se dessine donc. L’investissement dans ce secteur devrait s’élever à environ 4 T RMB d’ici 2020 (790 G CAD), représentant une multitude de débouchés. L’éolien, la biomasse, le biocarburant, le photovoltaïque, l’héliothermique, et le sous-secteur de l’hydrogène et des piles à combustible ont le plus grand potentiel commercial à court terme.

Pour augmenter l’efficacité énergétique dans le secteur industriel, le gouvernement veut moderniser les technologies. Des initiatives telles que les programmes Top-1000 et Top-10,000 ont permis de réduire la consommation totale des principaux consommateurs des secteurs les plus énergivores, notamment la fabrication de ciment et d’acier. Rendre les immeubles plus « verts » est une autre priorité. On encourage le virage aux bâtiments écologiques par des instruments de politique comme des incitatifs économiques, mais l’adoption à grande échelle demeure freinée par des coûts d’immobilisation plus élevés. Ces initiatives axées sur les politiques ont généré de nouveaux débouchés pour le déploiement de nouvelles technologies efficaces, les électroménagers éconergétiques et les services de modélisation et de gestion de l’énergie dans les secteurs industriel et résidentiel.

Aux cibles d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique s’ajoute la mise en place de mécanismes de marché pour fixer les prix de l’énergie et attirer les investissements privés, ce qui devrait créer maints débouchés pour les éco-entreprises en Chine. Ces mécanismes, comme la libéralisation des marchés de l’énergie, devraient présenter des occasions aux entreprises étrangères, jusque-là aux prises avec une lourde réglementation et un strict contrôle du gouvernement.

Cependant, n’oublions pas que les indices positifs du marché chinois ont suscité l’intérêt d’entreprises de partout. La concurrence internationale est féroce dans le domaine des technologies propres en Chine. Une entreprise étrangère doit donc absolument réaliser une étude de marché approfondie, repérer les créneaux et trouver des partenaires locaux.

Connaître les obstacles liés aux politiques

Protectionnisme

Lors de l’étude de marché, assurez-vous de considérer les politiques (nationales, provinciales et locales) liées aux technologies : sont-elles favorables ou contraignantes? Si nous avons souligné plus haut que certains indices positifs découlent clairement des politiques gouvernementales chinoises, les exportateurs devraient aussi savoir que d’autres politiques pourraient leur nuire.

Le gouvernement chinois a adopté des politiques protectionnistes pour décourager l’investissement international et la participation d’entreprises étrangères sur certains marchés afin de favoriser l’industrie locale. Depuis l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, la libéralisation du contexte commercial a énormément progressé. Cela dit, certaines industries font encore l’objet d’interdictions et de restrictions. L’investissement étranger est limité aux coentreprises dans certains secteurs, par exemple, la fabrication d’équipement, de pièces ou de composants finis de production d’électricité dans le secteur de l’énergie renouvelable. La production de biocarburants comme l’éthanol requiert qu’un partenaire chinois détienne une participation majoritaire.

Avantage concurrentiel local

La concurrence locale est féroce et a souvent une longueur d’avance. Les entreprises locales prévoient mieux les changements aux politiques. Par exemple, avant que la Chine mette de l’avant sa troisième norme nationale en 2009, les moteurs du fabricant Weichai Power étaient déjà conformes aux troisièmes normes européennes d’émission. Wenchai a ainsi surpassé ses concurrents et s’est emparée de plus de 40 % du marché chinois des camions pesant plus de 15 tonnes; 80 % des transporteurs ont choisi ses moteurs. Cette réussite découle directement de sa capacité à prévoir le changement de réglementation.

Il faut aussi comprendre que la Chine n’est pas un vaste marché homogène. Même si le cadre stratégique global pour l’utilisation de l’énergie et l’aménagement d’infrastructures émane de politiques fédérales, les provinces et les municipalités sont souvent responsables de la mise en œuvre. Or, chaque province est différente, avec des défis et des besoins propres. Reconnaître cette dualité est essentiel à votre réussite en Chine.

Il est clair que les politiques sous-tendent de nombreux débouchés qui s’offrent aux exportateurs canadiens sur le marché chinois. Le potentiel de développement en matière d’énergie renouvelable, d’efficacité énergétique et de technologies de réseau intelligent est évident. Sachez aussi que certaines politiques peuvent vous faire obstacle, mais n’oubliez surtout pas que nous n’avons évoqué qu’une infime partie des facteurs à considérer avant de vous lancer à l’assaut du marché.

Le prochain article de la série portera sur les questions essentielles qu’une entreprise doit se poser pour déterminer si elle est prête à percer le marché chinois de l’énergie propre.

Catégories Ecotechnologies

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