Le secteur canadien de l’automobile « bat son plein »

Le secteur canadien de l’automobile « bat son plein »

Le Canada est un chef de file dans le secteur mondial de l’automobile qui a eu son lot de défis à surmonter. Or, l’année 2015 lui a rapporté une part des retombées générées par le réinvestissement dans les constructeurs automobiles, un signe indiquant que le secteur rebondit au Canada. « Après des années de lamentations et de prédictions que l’investissement s’est tari dans le secteur de l’automobile, soudainement nous assistons à une frénésie d’activité », commente Peter Hall, économiste en chef à EDC. « La capacité sur le marché américain est presque comblée, car ce secteur bat son plein.

Les constructeurs automobiles du Canada – centralisés à Oshawa, Cambridge et Windsor, en Ontario –, ont construit 2,4 millions de véhicules en 2015, et leur chaîne d’approvisionnement est groupée autour de ces villes. Constituée de fournisseurs de pièces, d’outils, de matrices et de moules (matériel de fabrication) ou de robotique et de machinerie, la chaîne se concentre sur le soutien de ces constructeurs.

La chaîne d’approvisionnement est située très près de l’État du Michigan, le centre de l’industrie automobile nord-américaine où sont implantés les Trois grands de Détroit : Ford, GM et Chrysler (cette dernière fait maintenant partie de Fiat Chrysler Automobiles). Malgré de nouveaux investissements prometteurs en 2015, le défi continu le plus crucial pour ce secteur est d’attirer de nouveaux investissements des équipementiers automobiles (OEM) et des fabricants de grandes pièces, face à la main-d’œuvre moins chère et les mesures incitatives gouvernementales que procure le Mexique.

« La compétition est féroce en matière de nouveaux investissements pour les constructeurs automobiles en Amérique du Nord; la main-d’œuvre moins chère et les généreuses mesures incitatives gouvernementales d’autres pays ont conspiré à entraver notre quête d’investissements nouveaux », affirme Christian Bertrand, conseiller sectoriel – Industrie automobile, à Exportation et développement Canada, en ajoutant que le Canada a encore beaucoup à offrir aux constructeurs automobiles. « De plus, à un moment où les constructeurs accordent une énorme importance à la proximité de leurs fournisseurs, l’emplacement nordique du Canada complique un peu les choses, vu l’éloignement encore plus grand de leur chaîne d’approvisionnement depuis qu’on a annoncé l’implantation de nouvelles usines dans le Sud des États-Unis et au Mexique. »

Les constructeurs automobiles s’emploient notamment à appliquer les nouvelles normes strictes d’efficience énergétique d’ici 2025, à construire des véhicules plus légers en utilisant des pièces composites, des matériaux plastiques ou d’autres métaux légers en remplacement de l’acier, ou en améliorant l’efficience des moteurs. En matière d’efficience énergétique, les constructeurs automobiles cherchent des moyens d’alimenter les véhicules de l’avenir. Plusieurs options de rechange sont à l’étude, dont les moteurs à piles électriques (comme Tesla) ou les moteurs hybrides, alimentés à l’électricité et à l’essence, et la technologie des piles à combustible, qui utilise de l’hydrogène comme carburant pour générer l’électricité alimentant un moteur électrique.

« Il y a beaucoup de perturbations, beaucoup d’innovation – ce qui brouille la démarcation qui existait auparavant entre les entreprises des technologies de l’information et celles de l’automobile. Leur union est donc relativement nouvelle, explique M. Bertrand. Où se situe alors la chaîne d’approvisionnement canadienne dans ce contexte? Nous comptons des acteurs mondiaux comme fournisseurs de pièces et d’outils et comme maillons d’une chaîne logistique expérimentée dans l’approvisionnement de l’industrie automobile. Nous avons aussi une grappe émergente d’entreprises de véhicules connectés ayant des technologies innovantes à offrir pour les véhicules connectés autonomes de l’avenir. »

Voici, textuellement, les réponses de M. Bertrand à nos questions sur le secteur de l’automobile.

1. En quoi consistent vos rôles et responsabilités à EDC?

Je suis le conseiller désigné à EDC pour le secteur de l’automobile. Je dirige l’élaboration et l’exécution de la stratégie générale d’EDC à l’appui des entreprises canadiennes du secteur de l’automobile. En plus d’assumer cette responsabilité, je travaille aussi avec l’Équipe du développement des affaires au soutien des clients d’EDC dans le secteur de l’automobile et j’aide à organiser des événements destinés à créer des débouchés à l’exportation pour les fournisseurs canadiens.

2. Quels types d’entreprises exportent dans ce secteur?

Les entreprises qui sont présentes dans le monde entier – telles Magna, Martinrea et Linamar – pour en citer quelques-unes. Elles figurent parmi les principales entreprises canadiennes qui exportent à l’échelle mondiale. Elles possèdent des usines sur de multiples marchés et de multiples continents et elles vendent à la plupart, sinon à la totalité, des constructeurs automobiles d’une façon ou d’une autre.

Fait tout aussi important, nous déployons beaucoup d’efforts pour soutenir les PME autant que possible au moyen de nos programmes d’assurance et de financement. Le secteur de l’automobile étant capitalistique et la demande de fonds de roulement élevée, il est très important que nous mettions tout en œuvre pour appuyer les PME canadiennes de ce secteur.

En plus d’offrir des programmes à l’exportation, nous conseillons les entreprises cherchant à pénétrer des marchés étrangers. Par exemple, nous leur soulignons l’importance de se rapprocher du client. Au Mexique, entre autres, les constructeurs automobiles incitent fortement leurs fournisseurs à ouvrir des installations locales; dans certains cas, ils vont jusqu’à dire qu’ils feront affaire exclusivement avec des fournisseurs locaux.

3. Où se trouvent actuellement les possibilités de ventes à l’exportation dans ce secteur?

Pour les entreprises canadiennes en quête de marchés prometteurs, le Mexique en est un. Chez les plus grands constructeurs mondiaux, beaucoup ont fait de nouveaux investissements au Mexique récemment. Lorsqu’une nouvelle usine devient opérationnelle, ils ont besoin d’une large gamme de biens d’équipement, de pièces, d’outils et d’automatisation.

4. Y a-t-il des occasions dans la chaîne d’approvisionnement pour les entreprises canadiennes du secteur?

Comme je l’ai déjà mentionné, on voit beaucoup d’investissements continus dans les technologies de véhicules connectés et autonomes. Le Canada compte un certain nombre de grappes de technologies innovantes qui sont fortes dans ce domaine, et il pourrait voir naître de très bonnes occasions de développement de technologies automobiles de l’avenir.

5. Quelles sont les caractéristiques des entreprises du secteur de l’automobile qui se démarquent à l’exportation?

La plupart des entreprises qui ont investi au Mexique semblent prospérer. Celles qui réussissent sur les marchés étrangers font l’effort de s’y implanter. Sur certains de ces marchés, il est difficile de nouer les relations nécessaires par courriel ou par téléphone sans quitter le Canada. Énormément de foires commerciales très intéressantes sont tenues aux États-Unis et au Mexique, si vous convoitez ces marchés. Que vous soyez un fournisseur de pièces ou d’outils, ou que vous ayez développé des technologies automobiles innovantes, de très nombreux événements remarquables sont un lieu de rassemblement pour les décideurs. Les entreprises qui réussissent le mieux s’investissent en temps et en déplacements pour bâtir des relations sur place.

À EDC, nous travaillons étroitement avec les délégués commerciaux d’Affaires mondiales Canada. Les mots me manquent pour décrire le travail fantastique qu’ils accomplissent. Dans le secteur de l’automobile, nous faisons équipe avec eux, aidant collectivement les entreprises canadiennes à percer les marchés étrangers. Les délégués commerciaux sont sur le terrain, s’employant surtout à connaître le secteur automobile du marché considéré et à y bâtir des relations avec des entreprises locales, et ils sont toujours empressés à rencontrer les entreprises canadiennes qui s’y rendent.

Chaque fois que je parle à un entrepreneur me demandant des conseils sur un marché étranger, je mentionne aussitôt le Service des délégués commerciaux comme ressource incontournable.

6. Quel genre d’erreurs commettent les entreprises du secteur de l’automobile?

Il y en a qui ne font aucune recherche préalable sur le marché ciblé. D’autres ignorent tout simplement les personnes qu’elles vont rencontrer ou connaissent mal les règles et règlements à respecter sur le marché. Mon avis? Renseignez-vous sur les marchés étrangers bien avant de vous rendre sur place. Peaufinez votre argumentaire de vente – réfléchissez aux avantages que tirerait un constructeur automobiles à faire affaire avec vous. Cet acheteur type est probablement sollicité par des centaines de fournisseurs chaque semaine.

Une autre tactique efficace est de définir clairement qui vous êtes et quels sont vos clients dans l’industrie automobile. Le fait de pouvoir dire que vous vendez vos produits à Toyota et à Honda au Canada peut fortement impressionner les gens chez Ford ou GM au Mexique. Présentez des exemples et des témoignages qui attesteront que vous maîtrisez les règles du jeu, que vous connaissez les rouages de l’industrie et que d’autres clients apprécient la valeur de vos produits et services. De telles preuves tangibles – surtout celles que vous remettez en mains propres – peuvent faire une impression durable. 

7. Quels éléments inconnus devraient connaître les entreprises du secteur avant d’exporter?

Je crois que « s’établir localement » est un thème qui s’est répandu, mais j’aimerais insister ici sur sa valeur. Les constructeurs automobiles et les fabricants de pièces y accordent de plus en plus d’importance pour diverses raisons. Si vos principaux clients à l’étranger n’en font pas encore de cas, ils pourraient changer d’avis bientôt. Les clients de vos exportations aujourd’hui pourraient insister que vous vous établissiez localement pour les approvisionner sur place; c’est pourquoi il importe à toute entreprise d’entamer ce débat stratégique qui l’amènera à prendre une telle décision au moment opportun.

8. Que peut faire EDC pour aider les entreprises du secteur?

Nous tâchons d’améliorer la situation des fournisseurs du secteur de l’automobile de trois façons : en leur procurant la tranquillité d’esprit, l’accès à un fonds de roulement et l’établissement de contacts sur les marchés étrangers.

L’industrie automobile prévoit des délais de paiement prorogés bien uniques. EDC propose des solutions d’assurance crédit qui protègent les fournisseurs canadiens contre le défaut de paiement et peuvent servir d’instrument de financement auprès des banques qui appuient leur croissance. EDC offre aussi des programmes de financement qui permettent de répondre aux besoins de fonds de roulement des exportateurs canadiens, soit en association avec leur propre banque, soit directement auprès de leurs fournisseurs.

Enfin, l’établissement de contacts est un des éléments primordiaux que les PME recherchent sur les marchés d’exportation. Pour ce faire, EDC procure aux acheteurs de biens et services canadiens du financement portant intérêt, et remboursable. Elle a conclu des concordats financiers avec 12 acteurs mondiaux de l’industrie automobile. En contrepartie des prêts consentis, ces emprunteurs conviennent de collaborer avec EDC, pendant la durée du financement, à présenter de nouveaux fournisseurs canadiens potentiels à des clients. En guise d’appui à cette activité, et en partenariat avec l’Automotive Parts Manufacturers’ Association (APMA) et Affaires mondiales Canada, EDC dirige des missions commerciales à l’étranger ou y participe. Par exemple, elle peut amener 15 entreprises canadiennes au Mexique et y organiser la visite de trois constructeurs automobiles, ou elle peut inviter des constructeurs mexicains au Canada et leur faire rencontrer de cinq à dix entreprises jugées compatibles avec eux. Bref, le but essentiel est de permettre aux exportateurs canadiens de tirer parti des réseaux d’EDC et de nouveaux débouchés.

Catégories Transport

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