5 premiers appels : Afrique du Sud

L’Afrique du Sud est une importante porte d’entrée vers les marchés africains, y compris les principaux partenaires commerciaux du Canada sur le continent. Le pays importe surtout des produits pétroliers, de la machinerie et de l’équipement, des automobiles et des véhicules automobiles légers. Selon Statistique Canada, les échanges bilatéraux de marchandises entre le Canada et l’Afrique du Sud dépassaient 1,5 G$ en 2014; de ce montant, plus de 440 M$ étaient attribuables aux exportations vers l’Afrique du Sud.

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Selon la Banque mondiale, l’Afrique du Sud se classe dixième sur 183 pays pour ce qui est des bonnes pratiques en matière de la protection des investisseurs.

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Le pays est le chef de file mondial de l’exploitation minière et des minéraux; il extrait près de 90 % des métaux du groupe du platine et environ 41 % de l’or dans le monde.

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En 2014, l’Afrique du Sud figurait parmi les dix premiers producteurs d’énergie solaire au monde.

APERÇU
Jean-Bernard Ruggieri
Jean-Bernard Ruggieri
Représentant en chef, Afrique, EDC
jruggieri@edc.ca
+27-60-981-8032

« […] l’économie de l’Afrique du Sud est plutôt développée et diversifiée. Pour les nouveaux venus, c’est habituellement une agréable surprise. »

Quels sont les principaux défis que pose le marché sud-africain?

La concurrence de l’Union européenne, de la Chine et d’autres pays émergents comme la Russie et la Turquie est féroce. Pour réussir, vous devez travailler fort. Le prix et la valeur des produits ou des services que vous proposez sont importants, surtout maintenant que le rand s’est déprécié par rapport au dollar.

Quelles sont les idées erronées au sujet du commerce en Afrique du Sud?

Vu l’allure fortement européanisée du pays, certains fournisseurs pourraient oublier qu’il n’appartient pas au monde occidental. Ainsi, les échéanciers, les réseaux de relations et les priorités sont résolument africains.

Qu’est-ce qui étonne le plus les entreprises étrangères en Afrique du Sud?

Elles sont étonnées de voir à quel point l’Afrique du Sud est développée comparativement à d’autres régions du continent. Certaines disent que ce n’est pas l’image qu’elles avaient de l’Afrique. En réalité, l’économie de l’Afrique du Sud est plutôt développée et diversifiée. Pour les nouveaux venus, c’est habituellement une agréable surprise.

Comment décrire en une phrase le marché sud-africain aux entreprises canadiennes?

Prometteur et stratégique, mais plus complexe qu’il n’y paraît.

PÉNÉTRATION DU MARCHÉ
Nuala Lawlor
Nuala Lawlor
Déléguée commerciale
nuala.lawlor@international.gc.ca
+27-11-442-3130

« L’Afrique du Sud est le premier partenaire politique et commercial du Canada en Afrique. Le pays est un marché prometteur et sophistiqué, doté d’excellentes infrastructures économiques et offrant des occasions sur ses marchés émergents. »

Quelle est la première chose que devrait faire ou savoir une PME canadienne qui cherche à percer le marché sud-africain?

L’Afrique du Sud est le premier partenaire politique et commercial du Canada en Afrique. Le pays est un marché prometteur et sophistiqué, doté d’excellentes infrastructures économiques et offrant des occasions sur ses marchés émergents.

Parmi les forces du marché sud-africain, mentionnons l’abondance de ressources naturelles, les infrastructures modernes et le secteur des services financiers et juridiques bien ancré. L’Afrique du Sud est reconnue comme la « porte d’entrée sur l’Afrique » pour les investisseurs; en comparaison avec les autres pays africains, il s’agit d’un marché développé où l’on trouve une expertise et des services essentiels pour quiconque veut exercer des activités commerciales ailleurs sur le continent. Le marché présente cependant des défis : taux de chômage élevé, pauvreté, pénurie de main-d’œuvre qualifiée, nécessité d’améliorer les infrastructures d’électricité, de transport et d’eau, forte criminalité, corruption et législation complexe, comme le Broad-Based Black Economic Empowerment (B-BBEE).

Pouvez-vous nous en dire plus sur le B-BBEE?

Le B-BBEE est l’ensemble des politiques adoptées par le gouvernement sud-africain pour favoriser la mobilisation des communautés auparavant défavorisées et leur participation à l’économie dominante. Les communautés auparavant défavorisées sont les personnes de couleur, les femmes de toutes origines ethniques et les personnes handicapées. Le B-BBEE vise la bonne gouvernance des entreprises. Il ne s’applique pas à celles qui ne font qu’exporter des biens en Afrique du Sud ou qui y fabriquent des biens qui seront exportés. Cependant, si vous avez l’intention d’établir toute forme d’entreprise ou d’acquérir une entreprise existante dont le chiffre d’affaires annuel pourrait dépasser la barre des cinq millions de rands et qui vous amènerait à commercer avec des ministères, des entités publiques ou des entreprises fournissant des biens et services à ces derniers, alors vous devrez dévoiler votre statut B-BBEE. Voyez le B-BBEE comme un tremplin pour réussir en affaires en Afrique du Sud plutôt qu’un élément dissuasif.

Quels sont les meilleurs points d’accès au marché sud-africain pour les entreprises canadiennes?

Johannesburg, située dans la province de Gauteng, est l’une des plaques tournantes économiques de l’Afrique, vu son important marché multiculturel – à l’image de sa main-d’œuvre. On y trouve d’ailleurs travailleurs et capitaux. De plus, en raison de sa position géographique, la métropole est une porte d’entrée vers les marchés du sud de l’Afrique et même l’ensemble du continent. Premier centre d’affaires en Afrique, Johannesburg génère 16 % du PIB de l’Afrique du Sud, emploie 12 % de sa main-d’œuvre et abrite 74 % de ses sièges sociaux.

Située entre six à huit heures de route (ou à moins de quatre heures d’avion) de cinq pays africains, Johannesburg jouit d’un emplacement géographique enviable et attire des projets d’infrastructures parmi les plus ambitieux du continent. De plus, environ les deux tiers des entreprises de TI et de communications de l’Afrique du Sud se trouvent dans la province de Gauteng.

Pour certaines entreprises, Le Cap présente aussi des avantages, par exemple la taille même de la ville, son réseau de transport en commun bien intégré et les cerveaux de l’Université du Cap et de l’Université du Cap-Occidental.

FINANCES
Gary Dodge
Gary Dodge
Directeur associé, Développement de la clientèle et des marchés, PwC
gary.x.dodge@za.pwc.com
+27 11 797 4187

« Si, comme d’autres entreprises avant vous, vous choisissez mal vos partenaires sur le marché, vous risquez d’essuyer des pertes et de retarder l’atteinte de vos objectifs d’affaires. »

Qu’est-ce que les entreprises canadiennes doivent absolument savoir à propos du marché sud-africain?

Faites vos recherches pour établir des attentes réalistes à l’égard des risques, des échéanciers et des profits. Ici, les choses bougent souvent lentement en raison de nombreux facteurs réglementaires, commerciaux et sociaux.

Commencez sans tarder votre cycle d’évaluation par une étude de marché sur le terrain. Faites-vous des amis et constituez un réseau sur lequel vous pourrez compter.

Quels sont les pièges à éviter?

Si, comme d’autres entreprises avant vous, vous choisissez mal vos partenaires sur le marché, vous risquez d’essuyer des pertes et de retarder l’atteinte de vos objectifs d’affaires. De plus, si vous pensez établir un bureau local, sachez que l’Afrique du Sud n’échappe pas aux lourdeurs administratives. Vous devrez aussi gérer avec soin le risque de change, car la volatilité est assez élevée depuis cinq ans. Il peut en outre être ardu de constituer une main-d’œuvre sur place en raison du manque de compétences et de la réglementation sur l’emploi.

Comment pouvez-vous aider les entreprises canadiennes à percer le marché de l’Afrique du Sud?

PwC jouit d’un fantastique réseau de plus de 5 000 partenaires et employés au pays. Nous avons des clients de presque toutes les industries et aidons régulièrement les entreprises à établir leurs stratégies d’accès aux marchés. Je suis responsable du développement des affaires pour PwC en Afrique, alors je peux faire rapidement le pont entre des entreprises potentielles et les bonnes personnes au sein du réseau de PwC.

QUESTIONS JURIDIQUES
Avril Cole
Avril Cole
Associée, Gowlings
avril.cole@gowlingwlg.com
+1-416 369 4605

« Les nouveaux venus canadiens doivent connaître – et comprendre – le régime juridique complexe entourant la politique du Broad-Based Black Economic Empowerment. »

Comment décririez-vous le cadre juridique et le cadre de réglementation de l’Afrique du Sud pour les entreprises étrangères?

Ils sont bien établis et sophistiqués. Ce n’est donc pas une coïncidence si le pays est une destination de premier choix pour les investissements canadiens en Afrique.

Le régime juridique, fondé sur le droit romano-néerlandais, est aussi fortement influencé par le droit anglais. Il est régi par la Constitution de la République sud-africaine, qui en est la loi suprême. Le cadre juridique pour régler les différends est bien défini et respecté. Il est relativement efficace pour faire exécuter les contrats, comparativement à d’autres pays de cette région du monde.

Le pays accueille à bras ouverts l’investissement direct étranger. Le processus d’approbation des investissements étrangers pour les nouvelles constructions a d’ailleurs été supprimé, à quelques exceptions près. Les fusions et acquisitions pourraient cependant faire l’objet d’une évaluation en vertu de la loi sur la concurrence du pays.

D’un point de vue réglementaire et juridique, qu’est-ce que les entreprises canadiennes doivent garder en tête?

Les nouveaux venus canadiens doivent connaître – et comprendre – le régime juridique complexe entourant la politique du Broad-Based Black Economic Empowerment. Dans le secteur minier par exemple, une entreprise doit satisfaire à certaines conditions préalables liées à cette politique pour obtenir et conserver les droits d’exploration et d’exploitation minière. Compte tenu de la complexité de ce régime, il importe de s’assurer d’entrée de jeu les services d’un conseiller juridique compétent sur place.

L’Afrique du Sud a adopté des règlements sur le contrôle des changes qui restreignent la liberté de circulation des capitaux entrants et sortants. Dans certaines circonstances, ils pourraient avoir des conséquences pour les entreprises étrangères. Ces règlements sont appliqués par le service de surveillance financière de la South African Reserve Bank. Nous conseillons aux parties effectuant des opérations transfrontalières de consulter un conseiller ou un courtier autorisé avant de conclure une transaction pour s’assurer qu’elle est conforme aux exigences de contrôle des changes.

Comment l’Afrique du Sud facilite-t-elle aussi le commerce avec d’autres pays de l’Afrique?

Le régime applicable aux sièges sociaux de l’Afrique du Sud est justement conçu pour faciliter de telles structures d’investissement. Le régime accorde à une société de portefeuille sud-africaine qui investit à l’étranger une exemption à certaines taxes. Cependant, il est assez complexe et semble généralement moins attrayant que d’autres solutions, comme d’investir par l’intermédiaire de l’île Maurice.

LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
Severin Wirz
Severin Wirz
consultant, Afrique orientale et australe, TRACE International
info@TRACEinternational.org
410-990-0076

« La corruption n’est pas aussi endémique en Afrique du Sud que dans certains pays voisins, mais c’est néanmoins une source d’inquiétude pour les entreprises qui y exercent leurs activités. »

Comment décririez-vous les risques de corruption en Afrique du Sud?

Le classement TRACE de 2016, qui mesure le risque de corruption par pays, classe l’Afrique du Sud dans le premier tiers des pays les moins corrompus, le meilleur résultat en Afrique. Sa cote de risque globale est modérée, à 51 sur 100.

Ce résultat est attribuable au fait que l’Afrique du Sud présente un risque modéré à faible pour la fréquence des interactions requises entre les entreprises et les représentants gouvernementaux. De plus, le pays a instauré des mesures assez strictes en matière de transparence. La corruption n’est pas aussi endémique en Afrique du Sud que dans certains pays voisins, mais c’est néanmoins une source d’inquiétude pour les entreprises qui y exercent leurs activités.

En raison de nombreux scandales récents mettant en cause des hauts fonctionnaires, y compris ceux entourant le président Jacob Zuma et ses plus proches alliés politiques, l’Afrique du Sud est à l’affût des problèmes de corruption sur son territoire. Un sondage réalisé en 2015 par l’Institut de l’éthique de l’Afrique du Sud auprès de 6 380 participants a révélé qu’un Sud-Africain sur quatre connaît une personne qui aurait payé un pot-de-vin dans la dernière année. Ce genre de corruption quotidienne à petite échelle est fréquent dans les interactions avec des représentants d’échelon inférieur du gouvernement, par exemple pour éviter une contravention sur la route, obtenir un permis de conduire ou accélérer l’accès à un service.

Comme les risques de corruption sont indissociables des industries extractives, on conseille aux entreprises du secteur d’adopter des mesures de précaution. L’Afrique du Sud a aussi été éclaboussée par des allégations de corruption dans son secteur militaire. Plusieurs multinationales, comme BAE Systems PLC ou Thales Daimler Aéronautique, se retrouvent au cœur d’enquêtes impliquant des responsables politiques de premier plan qui auraient trempé dans une transaction.

Un rapport publié dernièrement par Goldman Sachs montre que les secteurs traditionnels, comme l’exploitation minière, laissent de plus en plus de place à de nouveaux secteurs, comme les services financiers, l’immobilier, la fabrication ou les services gouvernementaux. Malheureusement, de récentes enquêtes sur des infractions possibles à des lois anticorruption indiquent que ces autres secteurs ne sont pas exempts de risques.

Comment ces formes de corruption influencent-elles généralement les entreprises étrangères?

La corruption touche généralement les entreprises étrangères de deux façons : le volet opérationnel, et le volet juridique. En effet, la corruption peut miner les résultats d’une entreprise. Une entreprise qui manque d’expérience pour traiter de genre de risque pourrait prêter le flanc à la corruption durant le processus d’embauche ou sous forme de réductions illégales et de pots-de-vin. Cela pourrait ternir sa réputation à long terme.

Les conséquences juridiques des pots-de-vin peuvent être graves. La Prevention and Combating of Corrupt Activities Act 12 of 2004 du pays prévoit des peines criminelles pour les entreprises reconnues coupables d’avoir versé des pots-de-vin, et ses employés risquent la prison à vie. Une entreprise pourrait être barrée jusqu’à dix ans des carnets de commandes du gouvernement. Par ailleurs, les entreprises étrangères pourraient aussi engager leur responsabilité en vertu des lois de leur propre pays, par exemple la Loi sur la corruption d’agents publics étrangers du Canada ou la Foreign Corrupt Practices Act des États-Unis.

Comment les entreprises étrangères exerçant des activités en Afrique du Sud peuvent-elles se protéger contre la corruption?

On leur recommande de mettre en place des programmes de conformité rigoureux. Cependant, en plus d’adopter des politiques et procédures, elles doivent aussi former régulièrement leurs employés à ce sujet et leur donner les moyens de signaler tout soupçon d’acte répréhensible par une ligne directe. De plus, elles doivent non seulement s’assurer que les contrôles internes fonctionnent, mais aussi faire appel à des auditeurs internes et externes qui examineront les transactions pour déceler les cas de corruption et de fraude. Le cas échéant, les activités suspectes devront faire l’objet d’une enquête approfondie, et tout enjeu important devra être porté directement à l’attention du conseil d’administration.

Enfin, c’est une bonne idée de gérer le risque lié aux tiers au moyen de contrôles préalables sur tous les partenaires d’affaires potentiels, surtout ceux qui participent à l’approvisionnement dans le secteur public. Invoquant le Broad-Based Black Economic Empowerment, certains tiers pourraient faire pression sur une entreprise pour la convaincre de faire appel à un tel ou tel intermédiaire ayant possiblement des liens avec un représentant du gouvernement. En collaborant avec des entreprises agréées par TRACE, les sociétés s’assurent que les tiers avec qui elles font affaire ont suivi un processus de contrôle préalable rigoureux conforme aux normes internationales.

Les sociétés peuvent aussi consulter TRACEpublic, le premier registre mondial qui permet aux entreprises de transmettre et de trouver gratuitement de l’information sur la propriété véritable. La base de données facilite les efforts des entreprises soucieuses d’adopter des pratiques commerciales éthiques.

Les entreprises étrangères devraient toujours entretenir des relations étroites avec leur ambassade, qui pourra les aider si elles reçoivent des demandes d’extorsion. Elles peuvent aussi compter sur le soutien des délégués commerciaux, des chambres de commerce et des conseils de commerce sur place.