La diversification revient à la mode

C’est un fait : nous n’apprenons pas toujours les leçons du passé. Quand le plus grand marché des exportations du Canada montre une activité florissante, que faisons-nous? Nous mettons tous nos œufs – ou la plupart d’entre eux – dans le même panier. Et cette situation semble se répéter : lorsque tout va pour le mieux chez notre principal client, nous mettons le paquet pour le servir. Les grands secteurs de notre économie – comme l’énergie, les autres ressources naturelles ou le secteur manufacturier clé – cherchent à profiter de ce dynamisme, ce qui nous détourne de certaines choses que nous faisons ou pourrions faire. Et puis, il y a le client incontournable de l’économie canadienne : les États-Unis. Quand les choses tournent mal sur ce marché, nous exprimons toujours le même regret : « Nous aurions dû nous diversifier! »

Eh bien, la diversification revient à la mode. Les déclarations d’opposition au commerce en provenance des États-Unis ont fait place à des gestes concrets, ce qui inquiète bien des exportateurs. Le Partenariat transpacifique a été l’une des premières victimes de la nouvelle administration, et la renégociation de l’ALENA est au programme en août 2017. Chaque industrie a été, à un moment ou à un autre, dans la ligne de mire. Dès le début de son mandat, le nouveau président s’en est pris au secteur automobile. Puis, l’expiration de l’Accord sur le bois d’œuvre a donné à la nouvelle administration américaine l’occasion de faire preuve de fermeté. Le secteur laitier canadien a aussi été dans le viseur. Les attaques contre le commerce pourraient prendre la forme d’une taxe commerciale, qui serait sans doute la proposition la plus dommageable à ce jour. En l’absence de politiques concrètes pour réagir, les entreprises des deux côtés de la frontière sont confrontées à un dilemme et s’interrogent sur la stratégie à adopter.

Chose certaine, on s’active pour trouver des idées de solution, et l’une d’elles est un bon vieux remède : la diversification. Le Canada reste très exposé au marché américain, ce qui serait une bonne nouvelle dans un contexte habituel. La croissance américaine donne le rythme dans le monde développé, et des évolutions nouvelles et intéressantes nous permettent de croire que l’embellie durera des années. D’ailleurs, il suffit d’observer les exportations canadiennes pour s’en convaincre : les expéditions canadiennes de marchandises à l’étranger ont bondi au taux annuel de plus de 18 % depuis juin 2016, et le marché américain est le principal moteur de cette activité. Cette situation risque désormais de changer. Par conséquent, les exportateurs se mettent en quête d’autres marchés pour assurer leurs ventes. Mais quelles sont leurs perspectives?

La conclusion de l’Accord économique et commercial global (ou AECG) entre le Canada et l’Europe occidentale survient à un très bon moment. Le Brexit a soulevé la question de l’existence même de l’UE, mais là-bas personne ne semble avoir renoncé aux mécanismes commerciaux. Pourquoi? Tout d’abord, parce que le Royaume-Uni est fortement tributaire du commerce. Ensuite, parce que dans ce pays les partis d’opposition au commerce semblent récemment perdre des élections. Enfin, parce que le Royaume-Uni fait tout pour consolider ses relations commerciales existantes, et même conclure de nouveaux accords. Les principales industries exportatrices du Canada – notamment l’agroalimentaire et l’automobile et d’autres – devraient profiter de cet accord qui viendra appuyer les efforts de diversification commerciale du Canada au sein des économies développées.

Et qu’en est-il des économies émergentes à forte croissance? Le Canada est déjà actif dans ce dossier. En 2000, nos expéditions de biens vers les marchés émergents représentaient tout juste 5 %. En 2008, ce taux a atteint 12 %, une hausse spectaculaire pendant un intervalle aussi court. Les difficultés des marchés émergents ces dernières années n’ont pas infléchi cette tendance : le taux a bondi à 13 % en 2013 et se maintient depuis. L’essentiel de ces expéditions – soit 86 % – prennent la direction de trois marchés (la Chine, l’Inde et le Mexique), mais ce taux augmente à vive allure dans d’autres régions.

La diversification est profondément ancrée au pays, et toutes les provinces canadiennes y participent. Dans ce domaine, la Saskatchewan se démarque du lot. La Colombie-Britannique est aussi très diversifiée : 25 % de ses expéditions sont destinées au monde émergent. De plus, elle est la province où la diversification a le plus progressé depuis 2000, époque où son taux était à peine de 8 %. L’Ontario était la province la moins active sur les marchés émergents en 2000; depuis, elle a gagné une seule place au classement. Par contre, au Québec le taux de diversification était en deçà de la moyenne nationale, mais il a légèrement dépassé cette moyenne en 2016.

Par rapport à 2000, toutes les industries ont intensifié leur présence dans le monde émergent. Le secteur agroalimentaire domine le classement, tandis que l’industrie automobile est la plus à la traîne. Dans quel secteur l’amélioration est-elle la plus marquée? Difficile à dire. Les exportations de ressources naturelles affichent de bons résultats, mais les exportations à valeur ajoutée suivent généralement la cadence.

Conclusion?

La diversification n’est pas seulement un beau concept. Elle est bien réelle au Canada. En insistant sur cette réalité au cours des mois et des années à venir, le taux de diversification pourrait grimper. Et compte tenu de la croissance supérieure des marchés émergents, elle devrait sans doute se faire de manière organique. Elle devrait donc bonifier les résultats et accroître la prévisibilité des ventes.

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