Entrées et sorties d’investissements : quels sont les avantages pour le Canada?

Entrées et sorties d’investissements : quels sont les avantages pour le Canada?

Nous savons que le commerce et les investissements favorisent la croissance et l’emploi. Cependant, à l’ère de la mondialisation et de la concurrence accrue, beaucoup sont perplexes et se demandent : en matière d’investissement, un gain pour un pays entraîne-t-il nécessairement une perte pour un autre? Après tout, des usines ferment tous les jours, et avec elles s’envolent souvent les emplois et les capacités commerciales.

Qu’est-ce à dire? S’agit-il d’un jeu à somme nulle ou dans lequel on y gagne tous? Les sorties d’investissement présentent-elles des avantages? Quant aux entrées, quels types d’emplois génèrent-elles ici? Et une entreprise qui n’investit pas à l’étranger peut-elle rester concurrentielle?

À question complexe, réponse complexe. La levée des entraves au commerce et aux investissements dans le monde entier, en cours depuis quelques décennies, a complètement transformé les pratiques. C’est pourquoi les entreprises doivent être dynamiques, et toujours avoir une longueur d’avance. Autrement, une autre raflera la mise. Cela reste le propre d’un marché concurrentiel; mais aujourd’hui, le marché n’est plus national, mais mondial.

Que savons-nous d’autre? Les entrées d’investissements ont toujours apporté des emplois et des revenus, mais il est plus difficile de voir les avantages des sorties d’investissements. Celles-ci entraînent généralement un effet d’attraction, qui stimule les exportations. Toutefois, si les achats et les ventes se produisent principalement là où investissent les entreprises canadiennes, par exemple en Afrique ou en Asie, les retombées positives sont moins visibles ici. Dans cette chaîne de valeur mondiale, les entreprises d’ici s’approvisionnent à l’étranger à moindre coût, et y produisent avec des employés locaux leurs produits et services qu’ils vendent directement sur les marchés à proximité. En principe, cela améliore les résultats de ces entreprises.

Mais ces résultats sont-ils obtenus au détriment de la « teneur canadienne », c’est-à-dire celle qui fait appel à des matières premières, à des travailleurs ou à des approvisionnements canadiens? Oui et non. Les activités à l’étranger procurent parfois aux entreprises canadiennes les ressources leur permettant d’engager ici d’autres employés (ou entreprises) dans certains secteurs à valeur élevée : conception, finances, gestion, planification stratégique, etc. Pas toujours, mais souvent. Autres avantages : le rapatriement au Canada de bénéfices générés à l’étranger, et l’appréciation possible de la valeur de l’action d’une entreprise en raison des bénéfices dégagés à l’étranger et des ventes qu’elle y projette. Pour les petites entreprises non cotées en Bourse, croissance des bénéfices signifie augmentation de leur valeur et financement plus accessible. Donc, il y a des avantages, mais ceux-ci sont plus difficiles à mettre en évidence quand il s’agit d’entrées d’investissement.

Revenons au rôle des investissements (et du commerce) au Canada

D’abord, il faut être au fait des flux d’investissements : pour cela, on peut consulter le Rapport sur l’investissement dans le monde, publié chaque année par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Ce document donne une vue d’ensemble, statistiques à l’appui, de l’investissement et du développement à l’échelle mondiale. Voyons maintenant l’évolution de la situation du Canada d’après l’édition 2014 de ce rapport

De 2008 à 2013, le total des entrées d’IDE n’était pas loin de 1,5 billion de dollars en moyenne, soit entre 2 et 3 % du PIB mondial. De 2008 à 2013, le total des sorties d’IDE était de 1,45 billion de dollars en moyenne, soit environ 2 ou 3 % du PIB mondial.

La part du Canada relativement aux entrées et aux sorties d’investissements directs étrangers (IDE) gravite toujours autour de 3 ou 4 % du total mondial.

Les entrées d’investissements au Canada ont presque retrouvé les niveaux d’avant 2008-2009 (de 2010 à 2013, elles étaient à 97 % en moyenne), tandis que les investissements directs canadiens à l’étranger (IDCE) n’ont atteint que 92 % des niveaux antérieurs les plus élevés. Cela s’explique par la baisse des investissements à l’étranger dans les nouvelles entreprises ou dans celles en démarrage (généralement appelés investissements dans de nouvelles installations), et par un regain d’intérêt pour cette catégorie au Canada.

Les sorties d’investissements du Canada dans le secteur des nouvelles installations restent faibles par rapport aux niveaux antérieurs. De 2010 à 2013, elles étaient à 69 % en moyenne, et elles connaissent un déclin depuis 2008. Les investissements du Canada représentent 2,6 % de la moyenne mondiale dans cette catégorie.

Les entrées d’investissements au Canada dans le secteur des nouvelles installations ont bondi, atteignant maintenant 40 % des entrées d’investissement direct étranger. À l’échelle mondiale, cela équivaut à moins de 2 %.

Les regroupements d’entreprises correspondent au tiers environ des investissements mondiaux. Au Canada, la moyenne des achats nets est d’environ 35 milliards de dollars depuis 2007. De 2010 à 2013, leur nombre s’est maintenu dans les moyennes de 2007-2009. De 2010 à 2013, les ventes nettes représentaient par contre seulement 51 % des niveaux antérieurs. Prenons les transactions importantes concernant des entreprises canadiennes en 2013, comme l’acquisition de Nexen Inc. par CNOOC Canada Holding (Chine), des activités canadiennes de Safeway (Royaume-Uni) par Sobeys, des activités canadiennes d’Ally Credit (États-Unis) par la Banque Royale du Canada ou des magasins américains de Nieman Marcus par un groupe d’investisseurs canadiens.

Qu’est-ce que cela signifie?

Les entrées d’investissements sont assez constantes au Canada du fait de ses ressources, de ses revenus comparativement élevés et de son économie assez stable. La récente baisse des cours du pétrole pourrait venir perturber cette tendance, mais règle générale, le Canada sait rester attrayant aux yeux des investisseurs étrangers.

En revanche, il ne pas fait aussi bonne figure du côté de ses sorties d’investissements, dont la relative stagnation risque de nuire à la capacité concurrentielle des entreprises canadiennes sur les marchés mondiaux. Si les pertes d’emplois et de revenus au Canada attribuables à la délocalisation des entreprises canadiennes et au transfert de leurs ressources à l’étranger susciteront toujours de l’inquiétude, la léthargie des investissements canadiens à l’étranger pourrait freiner la création de meilleurs emplois au pays, le rapatriement de bénéfices et l’augmentation de la valeur des actions des entreprises qui prévoient élargir leurs débouchés à l’étranger. Mais pour que ces retombées puissent se concrétiser, il faudra probablement stimuler les investissements canadiens sur les marchés mondiaux.

Michael Borish est analyste principal pour les Services de recherche d’Exportation et développement Canada (EDC).

Catégories Aperçus économiques

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