Commerce extérieur et exportation : les faits saillants de 2016

Commerce extérieur et exportation : les faits saillants de 2016

Au seuil de la nouvelle année, il y en a toujours pour désigner l’année qui s’achève comme annus horribilis. À ce titre, 2016 s’est vu servir une double part d’insatisfaits. Après tout, nous avons eu droit au Brexit et à l’élection de Donald Trump qui, en pleine campagne, a promis de condamner le Partenariat transpacifique (PTP) et de charcuter l’ALENA.

Exportateurs avertis a demandé à trois experts de nous décrire les faits saillants des 12 derniers mois.

La montée du populisme

Populisme. Le mot était sur toutes les lèvres et la fièvre étant à son paroxysme en novembre, lors de l’élection présidentielle remportée par Donald Trump.

« À mon avis, le fait saillant numéro un de 2016 est la montée du populisme, qui incite les pays à tourner le dos à la mondialisation », explique Perrin Beatty, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Canada. « La victoire de M. Trump, son opposition au PTP et l’éventuelle renégociation de l’ALENA en sont les principaux éléments. Cependant, il faut considérer la chose dans un contexte plus large. Beaucoup de gens y voient un produit sui generis, mais ce n’est pas le cas. Tout cela reflète une tendance plus générale. »

Jan De Silva, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce de Toronto, et Peter Hall, économiste en chef d’Exportation et développement Canada (EDC), sont d’accord, et Mme De Silva ajoute le Brexit dans le lot.

« Le Brexit s’inscrit aussi dans cette tendance, avance-t-elle. Les élections et le rejet de l’ALENA et du PTP dévoilent l’état d’âme de la classe moyenne : elle se sent oubliée. On accuse la mondialisation de bien des maux alors que, dans les faits, ce sont l’automatisation et la robotique qui suppriment des emplois. Quant au vote du Brexit, le résultat en dit plus sur l’insatisfaction envers le gouvernement et les retombées offertes que sur la volonté de sortir de l’UE. Même scénario pendant la course à la présidence américaine : l’enjeu, ce n’est pas l’externalisation d’emplois en Chine et au Mexique, mais plutôt l’automatisation et les gains en efficacité. »

La Grande Hésitation

D’un point de vue commercial, M. Hall affirme que le populisme a présidé à la Grande Hésitation.

« Les États-Unis et l’Europe occidentale ont des forces fondamentales, explique M. Hall. Or, au moment où nous observons un sursaut sur les marchés, nous remettons tout en question, exaspérés par une croissance lamentable et l’inefficacité des solutions sur le plan des politiques. C’est qui a donné lieu au Brexit, à l’élection du candidat Trump, puis à la Grande Hésitation. Les entreprises hésitent à se lancer sur les marchés, et se disent qu’il vaut mieux attendre et voir ce qui se passera. »

Le succès de l’AECG et la refonte de l’ALENA et du PTP

Un autre fait saillant : les accords commerciaux et leur avenir. D’après M. Beatty, malgré l’avenir incertain de l’ALENA et du PTP, le Canada compte bien conclure des accords internationaux et continuer de revendiquer l’ouverture des frontières. Pour sa part, Mme De Silva n’avait que des louanges pour Chrystia Freeland, qui a assuré la conclusion de l’AECG (Accord économique et commercial global).

La performance chancelante du Canada

Aux faits saillants, M. Hall ajoute la performance décevante du commerce extérieur du Canada.

« Nous avons commencé l’année en lion, mais tout est rapidement tombé à plat. Nous avons été témoins d’une reprise décente à la fin de l’été, mais deux mois cette croissance stagne. On peut expliquer cette déconvenue, mais elle demeure tout de même déconcertante. »

Selon M. Beatty, l’ALENA survivra, car elle présente beaucoup trop d’avantages pour les parties concernées. Il préférerait que le PTP devienne réalité, mais dans le cas contraire, il suggère au gouvernement canadien de chercher à conclure des accords de commerce bilatéraux avec les pays qui auraient été membres du Partenariat, comme le Japon et le Vietnam.

Mme De Silva, qui travaille à Toronto, croit que l’avenir repose sur les accords entre villes.

« Les villes prendront la parole et parviendront à convaincre le fédéral de l’importance du libre-échange. De nos jours, il s’agit de plus en plus d’une concurrence entre des villes cosmopolites. »

Des motifs de se réjouir

Malgré tout, nos experts ont trouvé des bons côtés à 2016.

M. Beatty précise qu’en l’absence d’un accord entre les États-Unis et l’Europe, les entreprises nord-américaines cherchant à exporter sur le vieux continent feraient mieux de passer par le Canada, vu l’AECG. Il en est de même pour les entreprises européennes souhaitant faire leur place en Amérique du Nord. L’immigration représente un autre avantage. « Le Canada accueillera ceux qui se heurtent à une porte close, soutient-il. Nous faisons bande à part grâce à notre ouverture sur le monde. »

Selon M. Hall, malgré les déceptions essuyées en 2016, la conjoncture mondiale reste robuste.

« Chez nos voisins du Sud, la croissance de l’emploi se maintient depuis 74 mois, et le taux de chômage a glissé à 4,6 %. En Europe occidentale, on note des signes de relance de l’activité dans la construction après des années de sous-investissement, ce qui est indicateur d’une demande comprimée sur le marché. Bref, les deux locomotives de l’économie mondiale sont sur la bonne voie : ceteris paribus, les choses s’annoncent bien pour nous. »

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