Emprunteriez-vous les mêmes voies que VIH pour croître mondialement?

Emprunteriez-vous les mêmes voies que VIH pour croître mondialement?

Examinez les choix qui se présentaient à une compagnie canadienne pour investir et croître à l’étranger, et voyez sa décision sur la page qui suit.

Adapté d’une étude de cas de Charlene Zietsma, Université de Victoria, commandée par EDC dans le cadre du Programme Éducation jeunesse, qui contribue à préparer les étudiants canadiens à des carrières en commerce international. Cette étude de cas a gagné en juillet 2011 le Prix d’excellence de l’Association des sciences administratives du Canada.

Lors de sa création en 1955 à Victoria, en Colombie-Britannique, VIH Aviation Group ne disposait que d’un seul hélicoptère. Aujourd’hui, elle possède l’une des plus importantes flottes privées d’hélicoptères en Amérique du Nord. Ses diverses divisions fournissent des services d’aviation aux industries mondiales des ressources – de la foresterie aux hydrocarbures – ainsi que des services connexes, notamment de recherche et sauvetage et de réparation. Elle emploie quelque 600 personnes, exploite plus de 60 hélicoptères et exporte depuis 2000.

À l’automne 2008, VIH se préparait à prendre de l’expansion à l’étranger. Sa direction devait choisir parmi trois options pour fournir des services d’hélicoptères au secteur en croissance rapide de l’exploitation du pétrole et du gaz naturel en mer.

Qu’auriez-vous recommandé au Conseil d’administration?

Pour profiter de ces options, VIH avait accès à divers mécanismes de prêt d’EDC.

1. Coentreprise en Chine?

L’industrie chinoise de l’exploitation en eaux profondes manquait alors cruellement d’hélicoptères. Le pays ne comptait que 130 hélicoptères à usage civil, contre 13 000 aux États-Unis. Trois sociétés servaient le marché extracôtier et seuls 30 hélicoptères suivaient les règles de vol aux instruments, ou IFR, pour vérifier les conditions au sol, processus nécessaire en cas d’intempéries, par opposition aux règles de vol à vue, ou VFR, basées sur les seuls signaux visuels pour diriger l’aéronef.

VIH percevait la Chine comme un marché à forte croissance en modernisation rapide et, selon les analystes, la demande pourrait atteindre 100 aéronefs IFR avant 2013. La deuxième compagnie aérienne chinoise souhaitait créer une coentreprise avec VIH et avait une petite part du marché des services d’hélicoptères en mer. VIH avait déjà réalisé, sous contrat, des études sismiques (levé géologique) dans le pays.

Contre une participation de 49 % dans la coentreprise, VIH était disposée à offrir des services de gestion de haut niveau, reproduire ses systèmes déposés de logistique et d’exploitation, former le personnel local, fournir un fonds de roulement et louer des aéronefs, le partenaire chinois devant assurer la gestion interculturelle et les relations politiques, entre autres activités de réseautage. VIH envisageait un financement initial de quelque 24 millions de dollars et avait des accords de prêts en vue, dont une garantie de prêt d’EDC.

Parmi les enjeux : pratiques commerciales de l’industrie, restrictions sur la propriété, difficultés possibles de rapatriement des bénéfices et besoin de faire approuver chaque plan de vol, ce qui pourrait ralentir les délais d’exécution. En outre, VIH avait calculé que les tarifs devaient augmenter jusqu’à 100 % pour que les opérations atteignent les normes mondiales, mais ignorait combien de temps il faudrait pour y arriver.

2. Acquisition ou coentreprise en Australie?

En Australie, on assistait aussi à un boum pétrolier en mer. Trois sociétés, deux étrangères et une locale, servaient le marché avec plus de 50 aéronefs.

Selon les estimations, la demande pouvait atteindre 18 hélicoptères lourds et 18 de moyen tonnage. VIH avait repéré une petite société locale d’hélicoptères à d’éventuelles fins d’acquisition. Par ailleurs, une firme néo-zélandaise présente en Australie, le Groupe HNZ, était intéressée par une coentreprise. Les deux compagnies étant bien gérées et jouissant d’expertise territoriale, de personnel et de relations en Australie, VIH pouvait envisager l’apport d’hélicoptères lourds dotés de nouvelles technologies pour le marché pétrolier extracôtier.

EDC était disposée à soutenir ces deux options par un financement ou des garanties de prêts bancaires pour les investissements canadiens dans des entreprises étrangères. Une couverture de change s’imposait également.

Il n’y a aucune restriction sur la propriété étrangère en Australie. Cependant, certains États et compagnies pétrolières exigeaient l’utilisation de bimoteurs IFR pour les travaux en mer. Plus problématiques, les tarifs des services d’hélicoptères, qui avaient toujours été très bas en Australie. Les marges bénéficiaires étaient donc faibles, mais l’écart par rapport aux États-Unis diminuait. Par ailleurs, la distance entre les deux pays pouvait entraîner des frais de déplacement plus élevés.

3. Expansion aux États-Unis?

Les compagnies pétrolières et gazières étaient servies par deux types d’exploitants d’hélicoptères sur le marché hautement développé du golfe du Mexique. Contrairement à l’Australie, les États-Unis n’exigeaient pas les bimoteurs IFR pour les travaux en mer, ce qui créait moins d’obstacles réglementaires et financiers. Afin de réduire les coûts, certaines compagnies pétrolières indépendantes utilisaient donc d’anciens aéronefs VFR pour les courtes distances. Cependant, les grandes compagnies suivaient généralement les normes mondiales IFR, d’autant plus que certaines plateformes étaient installées à plus de 300 kilomètres en mer.

VIH s’attendait à ce que le nombre de plateformes en eaux profondes dans le Golfe passe de 32 en 2008 à presque le double en 2012 et estimait le marché à environ 15 hélicoptères lourds et 15 de moyen tonnage. Forte de trois ans d’expérience, VIH Cougar, sa société affiliée aux États-Unis, jouissait déjà d’une bonne réputation dans la région et pouvait assumer une expansion.

Parmi les principales préoccupations, deux concurrents importants, PHI et Bristow, bien implantés dans le Golfe, qui proposaient aussi des aéronefs lourds IFR, et le protectionnisme américain qui pouvait s’accentuer avec le ralentissement économique, surtout dans les secteurs jugés importants pour la sécurité nationale et pétrolière.

À vous! Qu’auriez-vous décidé?

 

Qu’a décidé VIH?

La compagnie a en fait choisi deux options. « Nous avons acquis 50 % de l’exploitation extracôtière australienne d’HNZ, qui s’appelle maintenant HNZ Cougar Helicopters (Pty) Ltd. », explique Charles Hodgins, premier vice-président, Finances, et chef de la direction financière chez VIH. « EDC nous a beaucoup aidés en accordant un prêt direct pour cette coentreprise, qui a été créée en octobre 2009. » Et tout cela en pleine récession mondiale, au moment où le crédit était serré!

Par ailleurs, VIH a étendu ses activités dans le golfe du Mexique. « En 2008, nous avons construit de vastes installations à Galliano, en Louisiane, pour les opérations de recherche et sauvetage. » Là aussi, EDC a aidé VIH à accéder à des capitaux indispensables pour soutenir cette croissance.

Vraiment au bon moment! En effet, VIH était peu après appelée à la rescousse des travailleurs de la plateforme Deepwater Horizon de BP, dont l’explosion et le déversement massif de pétrole ont capté l’attention mondiale en 2010. Cette catastrophe et les nouveaux règlements de l’industrie aux États-Unis ont conduit à un moratoire sur les activités en mer, qui a depuis été levé. « Ce fut en fait plus dur pour nous que le ralentissement économique », signale M. Hodgins. Toutefois, la compagnie a su profiter de sa diversification et de débouchés croissants dans le secteur des ressources à l’échelle mondiale.

La coentreprise en Chine a été abandonnée. « Nous étions prêts à investir, explique M. Hodgins, mais puisque nous n’obtiendrions pas un rendement raisonnable avant longtemps et que nos ressources étaient limitées, nous avons redéployé notre capital ailleurs. »

Il ajoute que la compagnie pourrait de nouveau envisager d’investir en Chine, mais elle explore pour l’instant des débouchés plus immédiats au Brésil, où elle a vendu quelques hélicoptères à une compagnie locale.

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