Stéphane Achard, premier vice-président et directeur général, Services aux entreprises, Desjardins

Le Mouvement Desjardins : Des racines rurales, un rayonnement international

Même un entrepreneur visionnaire comme Alphonse Desjardins s’émerveillerait de la croissance remarquable de la coopérative financière qu’il a fondée en 1900 avec sa femme, Dorimène, dans sa maison de Lévis, au Québec. D’abord formée par quelques citoyens souhaitant aider la classe ouvrière, elle constitue maintenant le premier réseau de coopératives d’épargne et de crédit – ou caisses populaires – du Canada, et le huitième du monde.

Le Mouvement Desjardins, dont l’appellation traduit la structure démocratique, compte aujourd’hui des actifs d’une valeur de 194 milliards de dollars et réunit 5,6 millions de membres, dont bon nombre rayonnent eux aussi à l’échelle internationale.

« Poursuivant sur cette lancée, le Mouvement travaille à renforcer sa présence partout au Canada et dans le monde entier en misant sur l’innovation, les partenariats stratégiques et l’expansion dans de plus vastes secteurs d’activité », explique Stéphane Achard, premier vice-président et directeur général, Services aux entreprises.

M. Achard reconnaît toutefois qu’il faudra sensibiliser davantage la population au rôle des coopératives financières, qui rassemblent des personnes ayant en commun la volonté de gérer et faire fructifier leurs ressources. La désignation par les Nations Unies de l’Année internationale des coopératives (financières, agricoles et d’habitation) en 2012 y contribuera, tout comme les événements soulignant le rôle socioéconomique essentiel des coopératives tenus partout dans le monde et dont le point culminant a été le premier Sommet international des coopératives. Le Sommet s’est déroulé du 8 au 11 octobre à Québec et dans sa ville voisine de Lévis, où le Mouvement Desjardins a ses racines.

Selon vous, quelle est la principale raison du succès et de la croissance du Mouvement?

C’est principalement nos assises démocratiques. Partout au pays, nous collaborons avec des membres qui participent à notre évolution graduelle, prudente et stable, contrairement à d’autres institutions financières. Par exemple, jamais nous n’avons dû quitter un secteur après trois ou quatre ans d’activité. Depuis 50 ou 60 ans, nous maintenons le cap sur une croissance soutenue.

Quels sont les principaux obstacles à votre croissance, et comment les surmontez-vous?

En tant que coopérative, nous ne pouvons pas faire appel aux marchés de capitaux comme les autres institutions; notre capital provient de nos membres. Nous devons donc attirer des membres en dehors du Québec et de l’Ontario et continuer d’innover. D’ailleurs, nous avons été la première institution financière canadienne à emprunter en émettant une obligation sécurisée aux États-Unis. Nous venons également de procéder à une émission de capital-risque d’un peu plus de 1 milliard de dollars, et notre réserve de capital demeure la plus forte parmi toutes les institutions financières canadiennes.

Quels ont été les effets de la récession et de la crise économique sur le Mouvement?

Nous étions beaucoup moins exposés aux marchés européens et américains que de nombreuses autres institutions. En nous concentrant sur notre noyau d’activités, soit le financement des PME – dont des entreprises exportatrices –, nous avons augmenté notre part du marché, de nombreuses banques réduisant leur portefeuille de prêts. Nous sommes gérés par des gens d’affaires qui sont près de leur collectivité et qui tiennent à soutenir les entreprises locales. Par ailleurs, nous avons été en partie protégés par le découplage économique relatif du Québec dans le Canada.

Quels sont les objectifs du Mouvement pour les cinq prochaines années, surtout au Canada?

Nous voulons poursuivre notre expansion dans l’Ouest canadien. Nous avons ouvert des bureaux à Vancouver et aussi à Calgary pour pouvoir exercer nos activités dans les secteurs minier et énergétique en pleine croissance. Nous avons conclu une entente avec Coast Capital Savings et, en 2011, avons acquis le Groupe Western Financial et la Financière MGI. Mais il y a encore beaucoup à faire, notamment en Ontario, où nous affichons une robuste croissance dans le secteur agricole et auprès des moyennes entreprises.

Or, pour générer des revenus, il n’est pas toujours nécessaire de déployer la bannière Desjardins et de tenter de faire connaître notre nom et nos produits. Il est aussi possible d’y arriver grâce à des partenariats, notamment en finançant d’autres caisses. Par exemple, nous pouvons créer un produit que notre partenaire proposera sous son propre nom.

Quelle est la stratégie de croissance internationale du Mouvement?

Le 30 janvier, nous sommes entrés sur le marché européen en ouvrant un bureau à Paris dans le cadre d’un accord de coopération avec le Crédit Mutuel de France. Le concept de coopérative est solidement ancré en Europe, et les caisses, avec lesquelles nous entretenons des relations de longue date, sont les institutions financières les plus solides en France, aux Pays-Bas et en Belgique. Notre stratégie consiste donc à profiter de leur expertise locale en collaborant avec elles pour mieux servir nos clients présents sur les marchés mondiaux. Selon moi, il est plus efficace de procéder ainsi que d’affecter une quinzaine de personnes à l’étranger qui tentent de répondre à tous les besoins de nos clients.

Puisqu’il est question de partenariats, quels services ou produits d’EDC favorisent le plus la croissance internationale de vos entreprises clientes?

Les programmes d’EDC comme l’Assurance comptes clients aident beaucoup Desjardins à mobiliser le crédit nécessaire aux entreprises qui souhaitent augmenter leur part de marché à l’étranger. EDC offre également d’excellents conseils sur les risques et les débouchés à l’étranger, surtout sur les marchés émergents à forte croissance. Lorsque nos clients comptent conclure des partenariats ou offrir des services dans d’autres pays, EDC leur propose une précieuse expertise, les appuyant dans le montage de leurs transactions et contrats complexes. Sans oublier qu’EDC nous aide à appuyer ces clients grâce à son Programme de garanties d’exportations, qui nous permet de leur prêter plus de fonds.

Quels enjeux ou tendances se dégagent pour vos entreprises clientes qui exportent leurs produits ou services?

Le Québec, notamment, pourrait exporter beaucoup plus. Nous y finançons 400 000 entreprises et bien que beaucoup d’entre elles exportent, trop peu ont recours aux services d’EDC. Nos clients nous disent parfois que puisqu’ils ciblent seulement la France ou les États-Unis – des marchés qu’ils croient « familiers » – ils n’ont pas besoin du soutien d’EDC. Ils concluent donc une transaction ou deux alors qu’ils auraient pu viser beaucoup plus haut et courir beaucoup moins de risques s’ils y avaient eu recours. Nous devons donc mieux leur faire comprendre les avantages de collaborer avec EDC. (Notons qu’à cette fin, EDC et Desjardins offrent maintenant une formation conjointe aux nouveaux directeurs de comptes.)

Dans l’ensemble, qu’est-ce qui distingue une coopérative financière, comme Desjardins, d’une banque traditionnelle?

La coopérative nous appartient à tous. Chacun peut décider d’y participer activement pour atteindre les niveaux supérieurs de l’administration afin d’en influencer les décisions. Voilà une différence de taille. De plus, nos membres se partagent les bénéfices, et les sommes qui ne sont pas restituées servent à offrir de nouveaux produits et services ou à organiser des activités dans la collectivité. Je dis toujours que choisir Desjardins, c’est investir dans le Canada.

Un pionnier de la microfinance dans le monde

Certaines des collectivités les plus défavorisées du monde bénéficient de l’expérience plus que centenaire du Mouvement Desjardins grâce à sa composante Développement international Desjardins (DID) – chef de file mondial dans le secteur de la microfinance. Fondée en 1970 pour faire profiter les pays en développement de l’expertise du Mouvement, DID appuie la création et le développement d’institutions financières durables ancrées dans les collectivités. Leurs actifs dans plus de 25 pays sont au service de quelque 8,5 millions de familles et d’entrepreneurs. EDC contribue à la sécurité des activités de DID en assurant le risque politique qui en découle.

À propos de Stéphane Achard

Premier vice-président et directeur général des Services aux entreprises, M. Achard est entré chez Desjardins en 2003. Dans son rôle actuel, il facilite les stratégies de développement des affaires des caisses. Titulaire d’un MBA de l’Université Concordia, à Montréal, M. Achard assume l’entière responsabilité des services aux entreprises, comprenant les marchés financiers, le capital-risque, le financement et le commerce international.

Catégories Exportation, Services

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