Les risques politiques, première cause de diminution de la confiance commerciale

Les risques politiques, première cause de diminution de la confiance commerciale

D’après le Financial Times, le risque politique est aujourd’hui considéré par les dirigeants d’entreprise comme la plus importante cause de diminution de la confiance commerciale. Il semble également que la violence politique ne soit pas le seul élément à surveiller.

Albert van Eeden, directeur de groupe de l'Assurance risques politiques à EDC

Albert van Eeden, directeur de groupe de l’Assurance risques politiques à EDC

D’après le plus récent Global Business Barometer, un sondage réalisé pour le compte du Financial Times et du magazine The Economist, la proportion de dirigeants d’entreprise qui estiment que la situation économique mondiale se dégradera au cours des six prochains mois a presque doublé par rapport à l’année dernière, pour atteindre 18 %. En même temps, le nombre de dirigeants ayant déclaré que le risque politique constituait l’une des plus grandes menaces pour leur entreprise a atteint 43 %, le plus haut niveau depuis 2011, première année du sondage.

Albert van Eeden, directeur de groupe de l’Assurance risques politiques à Exportation et développement Canada (EDC), ne s’en étonne pas. « Les médias font de plus en plus état de troubles civils, d’élections controversées, de guerres et de terrorisme. Ce type de perturbations survient souvent sur les marchés émergents, mais certains marchés comme la Russie, le Brésil, la Chine et la Grèce peuvent également présenter d’importantes difficultés pour les investisseurs. »

M. Van Eeden indique en outre qu’il est de plus en plus difficile, voire impossible, de prédire où éclateront de nouveaux soulèvements politiques. « Selon moi, les événements du printemps arabe de 2012 ont permis une véritable prise de conscience chez les entreprises internationales, car ils leur ont permis de constater à quel point les troubles politiques pouvaient rapidement dégénérer et s’étendre au-delà des frontières, dit-il. Le monde d’aujourd’hui est très instable, et même les régions qui semblent calmes un jour peuvent présenter de nouveaux risques le lendemain. »

Tout risque politique n’est pas de nature violente

Les risques politiques, les entreprises commencent à le découvrir, ne se limitent pas aux menaces de groupes insurgés qui jettent des pierres ou incendient de l’équipement et des immeubles. Comme la pression se fait de plus en plus forte sur les ressources naturelles qui se raréfient, plusieurs gouvernements des marchés émergents et développés privilégient un retour au nationalisme dans ce secteur.

« Certains gouvernements ressentent le besoin de mieux protéger leurs intérêts, notamment en ce qui a trait au pétrole, au gaz, au minerai et à l’eau de leur territoire. Ils surveillent également de plus près les investissements que font les entreprises étrangères chez eux, dit Albert van Eeden. Les gouvernements veulent retourner à la table des négociations pour tenter de modifier les contrats et les ententes relatives aux ressources naturelles, ce qui constitue également un risque politique pour les investisseurs ».

Voici d’autres exemples de risques politiques :

  • Changement législatif pouvant diminuer la rentabilité des investissements ou des exportations
  • Restriction des importations ou des exportations susceptible de perturber les activités d’un affilié étranger
  • Restriction des opérations de change empêchant une entreprise canadienne de retirer ou de rapatrier ses fonds
  • Rupture de contrat par un gouvernement étranger
  • Expropriation
  • Impossibilité d’établir une « légitimité sociale » ou de faire en sorte que la population locale appuie les activités commerciales de l’entreprise.

Parmi les signes qui laissent présager un risque politique, citons notamment le changement de chef d’un gouvernement, le fait qu’un gouvernement envisage de procéder à des modifications de sa législation, une récession ou la dégradation du contexte socioéconomique d’une région, des troubles civils et des tensions entre un pays et ses États frontaliers.

« Peu importe la forme qu’ils prennent, les risques politiques sont impossibles à éviter sur les marchés mondiaux, précise Albert van Eeden. Le fait de perdre un actif à l’étranger, de subir une baisse de productivité ou de devoir rompre un contrat d’exportation peut avoir des répercussions sur le flux de trésorerie, la rentabilité et même la viabilité d’une entreprise sur le marché canadien. »

Comment gérer les risques politiques

Bien que les risques politiques puissent avoir de lourdes conséquences sur une entreprise, la majorité des entrepreneurs canadiens ne gèrent pas ce type de risque de façon structurée. Cela est regrettable, étant donné qu’une surveillance active et une bonne gestion de la situation politique aident non seulement à écarter certains risques, mais également à prendre des décisions qui permettent de tirer profit des changements politiques.

Certains événements politiques peuvent amener des résultats positifs, comme un boum commercial. Les entreprises capables de bien surveiller les risques politiques peuvent voir venir ces changements avant leurs concurrentes; elles en retirent donc un avantage concurrentiel.

M. Van Eeden recommande aux entreprises d’adopter une approche intégrée de gestion des risques, par exemple un modèle de gestion des risques d’entreprise. Ce genre de plan comporte généralement quatre volets :

  1. Repérer les éléments de risque politique
  2. Mesurer leurs effets potentiels
  3. Atténuer ces effets
  4. Assurer un suivi au fil du temps.

Voici quelques exemples de mesures recommandées aux entreprises pour limiter leur vulnérabilité aux risques politiques :

  • Investir dans différents pays et diversifier ses acheteurs, ses fournisseurs et ses voies logistiques.
  • Choisir des partenaires locaux et des acheteurs ayant de bonnes relations avec le gouvernement actuel, sans toutefois lui être associés de trop près, car le gouvernement peut changer.
  • Développer sa légitimité sociale en ayant recours à des pratiques de RSE de grande qualité.
  • Se conformer à l’ensemble des lois, des règlements et des obligations contractuelles.
  • Veiller à ce que les concessions et les licences n’avantagent pas démesurément les affiliés étrangers par rapport au gouvernement hôte.
  • Se doter de plans d’urgence afin de pouvoir déplacer les biens matériels (comme l’équipement) rapidement loin des endroits dangereux.
  • Ouvrir un compte à l’étranger pour recevoir les paiements, puis convertir et transférer régulièrement les fonds à l’extérieur du pays.
  • Souscrire une assurance risques politiques.

Pour en savoir plus sur l’assurance risques politiques, visitez le site Web d’EDC. Les entreprises peuvent également obtenir de l’aide auprès de plusieurs organismes, dont le Service des délégués commerciaux du Canada, la Corporation commerciale canadienne, les associations industrielles, les chambres de commerce et de nombreux autres, ainsi qu’auprès de services de renseignements privés spécialisés dans la consultation ou le commerce.

* Le Business Barometer est fondé sur un sondage trimestriel effectué auprès de 1 500 dirigeants d’entreprise de régions et secteurs multiples, par l’Economist Intelligence Unit, pour le compte du Financial Times et du magazine The Economist.

 

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