Biocarburant : aujourd’hui le Brésil, demain le monde pour Iogen

Biocarburant : aujourd’hui le Brésil, demain le monde pour Iogen

Pour le Brésil, c’est un rêve devenu réalité. Pour l’ottavienne Iogen, c’est une immense victoire et la validation de son potentiel mondial, se réjouit le chef de la direction, Brian Foody. L’entreprise célèbre au Brésil la première commercialisation à grande échelle de son processus de production de biocarburant cellulosique.

En 2015, à l’ouverture de la nouvelle usine à Piracicaba, dans l’État de São Paulo, la présidente du Brésil Dilma Rousseff a souligné que le pays « réalisait un rêve ».

L’objectif du Brésil, soit devenir un chef de file dans la production d’éthanol à combustion propre issu de résidus de canne à sucre, prend forme à l’usine sise au moulin à canne à sucre Costa Pinto du géant Raízen.

En franchissant cette étape cruciale, le Brésil offre un débouché considérable à Iogen, l’entreprise canadienne à l’origine de la technologie de fermentation enzymatique.

« Ce marché recèle un potentiel énorme. Tous recherchent des carburants propres à base de plantes, car c’est essentiel pour la réduction des gaz à effet de serre et la lutte contre les changements climatiques », explique M. Foody.

L’éthanol cellulosique est un biocarburant de deuxième génération. Ceux de première génération, qui sont produits depuis des décennies, proviennent principalement de culture vivrière, comme la canne à sucre ou le maïs. La technologie cellulosique utilise de la biomasse qui serait autrement jetée. Comme les biocarburants de deuxième génération sont économiques et que leur matière première est renouvelable et non alimentaire, le marché est très prometteur.

L’usine brésilienne de 105 millions de dollars produira 40 millions de litres d’éthanol cellulosique annuellement à partir de paille de canne à sucre et de bagasse, le résidu fibreux de la canne à sucre qu’on a passée par le moulin pour en extraire le suc. Raízen souhaite implanter la technologie d’Iogen dans sept autres usines d’ici dix ans.

Iogen a amorcé la production de biocarburant de deuxième génération il y a plus de 30 ans. « Nous sommes des pionniers. Au début des années 1980, nous avons été les premiers à produire du carburant à l’éthanol tiré de résidus agricoles », rappelle M. Foody.

Iogen s’est constituée en société en 1986, après plusieurs années de recherches sur son traitement enzymatique exclusif. En étudiant les enzymes qui digèrent les fibres pour la production de biocarburant, la société a découvert que les enzymes elles-mêmes avaient un potentiel commercial.

« Pendant plus de 20 ans, nous avons vendu des enzymes industrielles partout dans le monde pour délaver les jeans ou fabriquer de la bière, de la nourriture pour animaux, du papier faible en chlorate et de nombreux autres produits », explique M. Foody. Iogen a vendu son volet d’enzymes commerciales, florissant, à la danoise Novozymes en 2013.

Parallèlement, elle a poursuivi ses activités de mise au point de biocarburant de deuxième génération. En 2002, Royal Dutch Shell a investi massivement dans la technologie d’Iogen et toutes deux ont formé Iogen Energy.

En 2004, Iogen a commencé à produire des quantités commerciales d’éthanol cellulosique pour les démonstrations dans sa grande usine d’Ottawa, construite avec l’appui de Partenariat technologique Canada et de Petro-Canada. La prochaine étape logique, une production entièrement commerciale, semblait à sa portée.

« La commercialisation amène son lot de défis », précise M. Foody. « Nous avions des projets au Manitoba, en Saskatchewan, au Kansas et en Idaho, et même, en partenariat avec Volkswagen, en Allemagne. Mais aucun n’a décollé, parce qu’ils nécessitaient des capitaux considérables. »

Le vent a tourné en 2012, quand Iogen et Shell ont conclu un partenariat avec Raízen, une coentreprise formée par Shell et un chef de file brésilien de l’éthanol.

« Construire une usine est coûteux et risqué, mais nous avions la chance de profiter des infrastructures existantes », explique M. Foody. « Raízen avait déjà une bonne partie du matériel nécessaire, et la colocation avec le moulin nous plaçait près de notre matière première. Nous avons pu déployer nos activités rapidement et à un coût avantageux. »

« En raison de la lutte contre les changements climatiques, la mobilisation en faveur de l’énergie renouvelable s’intensifiera », ajoute-t-il. « Nous verrons bientôt un marché mondial de plusieurs milliards de dollars pour les biocarburants cellulosiques, qui deviendra au moins aussi important que celui des sables bitumineux au Canada. »

« Aux États-Unis, plus d’un milliard de tonnes de résidus pourraient être transformées en 100 milliards de gallons de carburant annuellement. C’est plus de 50 % de la consommation d’essence actuelle du pays. »

CINQ QUESTIONS

1) Quelle a été votre première vente à l’exportation?

Une enzyme pour décanter le jus de pomme, appelé « Apple Ace ». En 1991, nous l’avons vendue au premier fabricant de jus de pomme aux États-Unis.

 

2) Comment cette première possibilité d’exportation s’est-elle présentée?

Un membre de notre équipe a rencontré un représentant de l’entreprise pendant un congrès sur l’industrie de l’alimentation.

 

3) Que connaissez-vous aujourd’hui de l’exportation que vous auriez aimé savoir à vos débuts?

J’aurais aimé connaître EDC. EDC nous a grandement aidés pour la vente de nos enzymes industrielles, mais au tout début, nous avons eu du mal à trouver le financement nécessaire pour livrer une importante quantité d’enzymes pour nourriture pour animaux à une société pharmaceutique étrangère. Les banques hésitaient à accepter le crédit d’une entreprise étrangère.

 

4) Comment le commerce a-t-il évolué depuis que vous vous êtes lancé en affaires?

Le secteur de l’énergie s’est transformé. Nous nous sommes lancés en affaires en pleine crise de l’énergie, et il y avait une pression pour créer des solutions de remplacement. Puis, les cours pétroliers mondiaux ont chuté et l’énergie renouvelable a été jetée aux oubliettes. Aujourd’hui, en raison de la lutte contre les changements climatiques, notre technologie est de nouveau reconnue.

 

5) Quelle est la chose la plus importante que doivent savoir les nouvelles PME au sujet du commerce d’exportation?

J’entends souvent de jeunes entrepreneurs dire qu’ils ont trouvé un excellent partenaire étranger qui paiera pour leur technologie, mais qu’ils doivent d’abord la développer… Sur les marchés extérieurs, plus particulièrement, les promesses ne se concrétisent pas toujours. Offrez des produits pour lesquels on paiera aujourd’hui; c’est une question de vie ou de mort.

Catégories Ecotechnologies

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