EDC ouverte à toutes les possibilités pour soutenir les exportateurs

EDC ouverte à toutes les possibilités pour soutenir les exportateurs

L’issue du récent referendum au Royaume-Uni a sans contredit ébranlé les marchés des capitaux du monde et désarçonné les experts en placement, en plus de soulever de l’incertitude politique non seulement au pays, où Theresa May a pris les rênes, mais aussi dans l’ensemble de l’Europe. Et les conséquences à long terme de cette conjoncture très volatile restent plutôt impondérables.

Selon Peter Hall, l’économiste en chef d’Exportation et développement Canada (EDC), les entreprises doivent prendre en compte deux facteurs importants : la dépréciation de la livre sterling et l’incertitude économique, qui influera sur les décisions d’investissement.

La dépréciation de la livre viendra éroder le niveau de vie du Britannique moyen.

« Les entreprises inscrites au Royaume-Uni dont l’actif est libellé en livres ont assurément vu leur pouvoir d’achat à l’étranger diminuer, selon la composition du portefeuille et l’exposition », explique M. Hall. « Tout compte fait, la livre les pénalise. Cette conjoncture est seulement avantageuse pour les entreprises qui exportent et peuvent profiter d’une devise 10 % plus faible. »

Étant donné l’incertitude économique, les entreprises qui exercent toutes leurs activités uniquement au Royaume-Uni ou les investisseurs étrangers qui y ont des sociétés affiliées s’abstiendront probablement de prendre des décisions d’investissement permanentes dans un avenir prochain, selon M. Hall.

« Les entreprises voudront d’abord comprendre le contexte dans lequel elles se trouvent », ajoute M. Hall. « Et si c’est ce qu’elles font toutes, des investissements potentiels considérables demeureront en suspens jusqu’à ce que la situation s’éclaircisse. »

D’après lui, les entreprises qui ont déjà investi dans des projets sont peu susceptibles de les terminer; elles risqueraient beaucoup trop. Il précise que « celles qui n’ont encore rien déboursé les mèneront peut-être à terme. Il faut du temps pour retrouver le rythme d’avant, même quand les investissements ont été suspendus ».

Incidences sur le Canada

Le Royaume-Uni, qui importe pour 15 milliards de dollars de marchandises canadiennes, est le troisième marché extérieur en importance du Canada pour ce secteur. Ces exportations représentent d’ailleurs 3,1 % des exportations canadiennes totales. Quant aux services, cette part est plutôt de 5,5 %.

De plus, les sociétés affiliées d’entreprises canadiennes au Royaume-Uni génèrent des ventes totalisant environ 30 milliards de dollars annuellement (chiffre de 2013).

M. Hall est d’avis que la livre entraînera dans sa chute les exportations canadiennes au Royaume-Uni, à moins que les entreprises n’accordent d’importants rabais. Cela dit, le Brexit a fait grimper le cours des métaux précieux, et ceux-ci représentent 62 % des exportations canadiennes outre-mer.

« Non seulement la devise a changé, mais les cours internationaux de l’or et de l’argent ont augmenté », indique M. Hall. « Alors les difficultés sont doubles pour 62 % des exportations canadiennes de marchandises au Royaume-Uni. Et tant que les actifs financiers demeureront incertains, la demande d’actifs plus sûrs restera forte et les cours des métaux précieux se maintiendront. »

EDC évalue que d’ici 2017, le Brexit aura fait diminuer nos exportations vers le Royaume-Uni de 8 %.

« C’est considérable », signale M. Hall. « Les exportations canadiennes en direction de l’Europe baisseront quant à elles de 6,6 %. Les conséquences ne se limitent donc pas au Royaume-Uni. »

Si certaines entreprises canadiennes ont une présence au Royaume-Uni par l’intermédiaire de sociétés affiliées, d’autres y sont liées par des chaînes d’approvisionnement.

« De nombreuses entreprises canadiennes ont des sociétés affiliées au Royaume-Uni, et leur présence donne lieu à beaucoup d’activités. Les entreprises qui considéraient maintenir ou accroître leurs investissements, qui étaient liées au marché par leur chaîne d’approvisionnement ou qui pensaient y étendre leurs activités doivent maintenant revoir leurs plans », soutient M. Hall.

Questionné sur les politiques d’EDC pour les entreprises canadiennes au Royaume-Uni, M. Hall répond que la Société ne ferme la porte à aucune possibilité. Elle est par exemple ouverte à discuter avec des clients qui exercent des activités depuis le Royaume-Uni, mais qui envisagent de s’établir ailleurs. Il en va de même pour les maillons de chaînes d’approvisionnement. EDC soutiendrait peut-être même des entreprises voulant tirer profit du vide commercial créé sur ce marché très rentable ».

M. Hall croit que les institutions financières et les organes connexes du centre financier mondial qu’est le Royaume-Uni s’efforceront de maintenir ou même de consolider leur position.

En définitive, selon lui, aucune institution ne prendra de décisions avant que la situation se soit stabilisée, et ce, les entreprises canadiennes doivent le comprendre.

Perspective londonienne

Olga Vovk d’EDC, directrice régionale principale pour l’Europe occidentale, qui est en poste à Londres indique que son équipe escompte un ralentissement de l’économie britannique à court ou à moyen terme.

« Nous ne pensons pas que Londres traverse une crise existentielle », spécifie Mme Vovk. « C’est un ralentissement économique comme on en a déjà vu, qui se compare plus à ceux qui ont suivi le Lundi noir ou le 11 septembre qu’à la crise financière de 2008 et 2009. »

Elle affirme que les marchés immobiliers commercial et résidentiel ont déjà été touchés, mais que son équipe a l’impression que les milieux financiers s’attendent à ce que Londres conserve son titre de centre financier mondial.

« Même si d’autres centres financiers européens comme Paris ou Francfort auront probablement plus de poids, Londres continuera de jouer un rôle prépondérant, surtout en raison de ses liens solides avec l’Afrique et le Moyen-Orient », explique-t-elle, précisant que certaines banques ont déjà indiqué vouloir garder leur siège social dans la capitale britannique.

Pour Mme Vovk, en résumé, les clients d’EDC, les gens d’affaires et les banques semblent pour l’instant poursuivre leurs activités comme à l’habitude, tout en surveillant de près l’évolution de la situation.

« Il est encore tôt, mais jusqu’à présent, peu de transactions de notre filière des transactions envisagées ont été suspendues », précise-t-elle. « Les activités se poursuivent, et les entreprises s’ajustent peu à peu à ce nouveau contexte. »

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