Entretien – Fortifier la nouvelle génération d’exportateurs du Canada

Nous avons créé l’expression Born Global (mondiale par nature) pour décrire la façon dont les entreprises du savoir, qui réalisent la majorité de leurs ventes à l’extérieur d’Ottawa, voient les choses.

Investir Ottawa, autrefois appelé Centre de recherche et d’innovation d’Ottawa – OCRI, se fait le champion des petites entreprises et de l’innovation depuis 27 ans. Son tout nouveau nom traduit la vision élargie de l’organisation et son désir de jouer un rôle prépondérant dans l’épanouissement de la nouvelle génération d’exportateurs canadiens. Pour ce faire, elle devra garder fermement le cap sur ses nouveaux principes directeurs, qui se résument en trois mots : innovation, collaboration et rapidité. Pour Bruce Lazenby, son nouveau chef de la direction, ces critères sont essentiels pour appuyer la création d’entreprises de technologie dans une collectivité axée sur le savoir.

« Pour que le Canada atteigne ses objectifs dans les secteurs technologiques, des groupes comme le nôtre partout au pays doivent devenir plus pertinents aux yeux de tous, notamment des nouveaux entrepreneurs âgés de 20 à 35 ans, diplômés d’un collège ou d’une université et membres d’une diaspora, c’est-à-dire des nouveaux Canadiens. »

Qu’est-ce que l’industrie a de particulier à Ottawa?

Principale exportation d’Ottawa, la technologie est à la base de tout ce qui se fait ici. Si nous utilisons le terme industrie du savoir pour décrire ce secteur, c’est que ce terme représente mieux toutes les activités de la ville en matière de propriété intellectuelle : technologies, mais aussi sciences de la vie, technologies propres et ingénierie, entre autres. La singularité d’Ottawa tient au fait qu’elle abrite près de 1 950 sociétés du savoir. Nous avons créé l’expression Born Global (mondiale par nature) pour décrire la façon dont ces entreprises, qui réalisent la majorité de leurs ventes à l’extérieur d’Ottawa, voient les choses.

À votre avis, quelles retombées l’industrie du savoir d’Ottawa générera-t-elle pour le Canada?

La croissance de l’emploi au Canada est presque entièrement le fait des petites entreprises : celles qui ont un effectif de trois employés rêvent d’en compter six; celles de 12 employés souhaitent voir passer ce chiffre à 20. L’industrie du savoir d’Ottawa compte quelque 1 500 entreprises de moins de dix employés, et ce sont elles qui généreront une part importante de la croissance du Canada. Investir Ottawa continuera de jouer un rôle de premier plan afin de renforcer cette grappe de petites entreprises de technologie, en collaborant notamment avec des organisations comme EDC et Affaires étrangères et Commerce international à la création de débouchés commerciaux pour les entreprises de la région.

Certaines grappes technologiques prédominent-elles à Ottawa?

Oui, les grappes des secteurs de la défense et de la sécurité, de la technologie mobile, des sciences de la vie et des technologies propres sont très dynamiques. Les sciences de la vie revêtent une grande importance pour nous, c’est pourquoi nous y avons affecté une bonne part de notre équipe de 40 personnes. La ville d’Ottawa appuie aussi beaucoup la recherche dans ce domaine. Dans le cadre du Sommet 2011 des appareils médicaux que nous avons présenté en novembre, nous avons en outre dégagé un consensus sur les objectifs que devrait viser le secteur canadien des appareils médicaux en tant que grappe. Appuyer une telle grappe nécessite non seulement une société phare, mais aussi un chef rassembleur. Si le vent du succès semble souffler sur ce secteur, c’est en partie parce qu’il est guidé par une telle société, Nordion, et par Steve West, son chef de la direction de renommée mondiale qui préside la grappe. De concert avec le Conseil des dirigeants de la grappe des sciences de la vie, il s’emploie à favoriser la réussite du secteur et a déployé beaucoup d’efforts pour que les organisations travaillent en collaboration.

Quel est le principal obstacle à surmonter pour assurer de solides assises à la nouvelle génération d’exportateurs de haute technologie?

L’un de nos grands sujets de discussion est que certaines compagnies canadiennes sont vendues trop tôt. Résultat? Ils ne sont pas légion les gens d’ici qui ont travaillé au sein d’une entreprise ayant un chiffre d’affaires dans les milliards de dollars. Nous utilisons l’analogie suivante : « Si vous n’avez pas vu le film, vous ne pouvez pas connaître son dénouement. » Et si on ne connaît pas le dénouement d’un scénario, il est difficile de bien jouer son rôle. Qu’arrive-t-il à ses acteurs lorsqu’une entreprise d’Ottawa voit son scénario canadien s’arrêter au moment où elle atteint un chiffre d’affaires de 30 millions de dollars?

Quelle est la solution? Comment comptez-vous aider ces entreprises à voir les scénarios possibles?

De nombreux Canadiens travaillent au sein d’entreprises de Silicon Valley dont la valeur se calcule en milliards de dollars et certains d’entre eux ont formé C100, un groupe qui a fait des démarches auprès d’Affaires étrangères et Commerce international, d’EDC et d’autres organisations afin d’aider les entreprises canadiennes. Ce que cela nous inspire? Étant donné que Cisco compte bon nombre de Canadiens parmi ses cadres et que le chef de la direction financière de Google est un Canadien, pourquoi ne pas mettre en place un programme d’échange qui verrait un vice-président d’une entreprise d’ici occuper un poste chez Cisco? Ou encore, tout simplement, l’affecter chez Google, en Californie, pendant deux ans? Il saurait ainsi de quoi il en retourne et pourrait ensuite transmettre ses nouvelles connaissances à d’autres. Voilà le genre d’initiative que pourraient entreprendre Investir Ottawa et d’autres groupes comme le nôtre.

À votre avis, à quoi tient la réussite d’un exportateur?

Prenons Terry Matthews, Jozef Straus, Adam Chowaniec et Michael Cowpland, de grands fondateurs d’entreprises de technologie d’Ottawa devenues exportatrices. Ce qu’ils ont en commun? Ils ne sont pas nés ici. L’un des plus grands risques que peut prendre une personne est de quitter son pays natal pour s’établir ailleurs, entourée d’inconnus. Tous les immigrants ont un jour pris ce risque et acquis les compétences et les qualités qui en découlent. Leur profil de tolérance au risque s’apparente ainsi un peu à celui des exportateurs et d’autres entrepreneurs. De plus, ils ont pour la plupart commencé à exercer une activité de nature entrepreneuriale et à gagner de l’argent avant l’âge de 12 ans, en livrant des journaux ou en vendant des boissons gazeuses par exemple. Mais où déniche-t-on ces gens?

L’immigration et la diaspora joueront-elles un rôle dans la formation de la nouvelle génération d’exportateurs?

Les universités canadiennes s’apprêtent à diplômer des centaines d’immigrants et de membres de diasporas âgés de 20 à 35 ans, une génération d’entrepreneurs qui ne demandent qu’à se faire con­naître. Qu’ils en soient conscients ou non, ces gens sont des entrepreneurs du seul fait qu’ils ont quitté leur pays natal pour entreprendre une nouvelle vie en territoire inconnu. Nous ne leur accordons pourtant que peu d’attention. Il nous faut établir un dialogue avec eux dès leur troisième ou quatrième année d’études en génie, en commerce ou dans tout autre domaine.

J’ai été étonné d’apprendre qu’une des universités d’Ottawa compte à elle seule 4 600 étudiants de premier cycle en génie. Nous devons aller à la rencontre de ces étudiants et les mettre en rapport avec des employeurs et des diplômés au moyen de stages, de programmes coop et d’emplois d’été. Investir Ottawa entend bien s’atteler à cette tâche.

À propos de Bruce Lazenby, Chef de la direction, Investir Ottawa

Le chef de la direction d’Investir Ottawa est un cadre chevronné du secteur technologique. Ancien directeur général de FreeBalance, société spécialisée dans les logiciels d’entreprise, il a contribué à mobiliser des millions de dollars de capital-risque tout en assurant la croissance de la société. Avant d’assumer son poste actuel en 2011, M. Lazenby a été vice-président régional pour le Canada du Groupe Corum, firme d’experts-conseils en regroupement d’entreprises.

Catégories Technologies et télécommunications

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