La croissance future? Visez encore la Chine

La croissance future? Visez encore la Chine

Ne laissez pas tomber la Chine tout de suite. Bien sûr, l’éclat du colosse économique mondial s’est légèrement terni au cours des dernières années. La croissance fulgurante à deux chiffres est revenue à des taux plus raisonnables et, alors que le pays prépare un nouveau plan quinquennal, les enjeux associés au secteur bancaire, au logement et au crédit ont sonné l’alarme chez les analystes des risques. Mais « l’effondrement de la Chine » a été largement exagéré.

Selon les prévisions mondiales publiées à l’automne par Exportation et développement Canada (EDC), la croissance de la nation la plus peuplée du monde, et la deuxième économie de la planète, devrait être de 7,5 % en 2014 et de 8 % en 2015 – pas aussi forte que par le passé, mais malgré tout plus du double de l’expansion dont sont capables les grandes nations industrialisées lors d’une excellente année. Qui plus est, la Chine, un important exportateur mondial, peut espérer faire encore mieux à l’avenir, lorsque les États‑Unis se seront complètement remis de la crise et que l’Europe sera sortie de son sommeil prolongé.

« Le monde se met dans tous ses états en constatant le ralentissement de la croissance du PIB en Chine », dit Richard Schuster, économiste principal pour l’Asie, à EDC. « Mais n’oubliez pas que cette économie de 10,4 billions de dollars américains est en train de rattraper rapidement les États-Unis, et importe chaque année des biens et services totalisant environ 2,3 billions de dollars américains. La Chine est et restera une des principales sources de croissance mondiale. »

En fait, selon M. Schuster, le pays se remet déjà d’aplomb. Le nouveau plan quinquennal, qui entrera en vigueur en 2016, poursuivra sans doute le processus de diversification de l’économie, d’urbanisation et de développement interne. Le crédit a atteint ses limites, mais se stabilise. Les sociétés chinoises ont investi partout en Asie et y poursuivent leur expansion. Sans compter que les coffres du gouvernement chinois sont assez bien garnis (quatre billions de dollars de réserves en devises) pour faire face à la plupart des urgences.

Les exportateurs canadiens doivent se demander s’ils peuvent tirer parti du rythme toujours vertigineux des changements et de la croissance de l’autre côté de la planète.

L’histoire récente laisse croire que cette question reste ouverte. Les exportations canadiennes en Chine ont presque doublé depuis 2009, passant à 20,4 milliards de dollars en 2013. Pendant la même période, la part des importations de la Chine en provenance du Canada a continué son glissement, ce qui veut dire que d’autres pays réussissent mieux que le nôtre.

Le récent déclin de la demande de minéraux et de métaux a aussi des répercussions sur la performance commerciale du Canada avec la Chine, et on ne pourra pas compter avant plusieurs années sur les ventes potentielles de pétrole qui pourraient changer la donne, puisqu’on attend toujours une solution au fâcheux problème de l’acheminement du pétrole albertain vers une raffinerie côtière.

Les entreprises canadiennes peuvent adopter une autre approche, selon Todd Winterhalt, vice‑président, Développement des affaires – Marchés internationaux, à EDC : se concentrer sur le potentiel existant et miser sur des exportations à plus forte valeur ajoutée pour passer à la vitesse supérieure. À ses yeux, trois secteurs – la biotechnologie, les énergies propres et les technologies de l’information de nouvelle génération – offrent de bons débouchés aux firmes canadiennes.

« Je dirais que nous sommes bien positionnés dans les trois secteurs. Nous avons de solides capacités en fabrication de vaccins, en énergies éolienne et solaire, ainsi qu’en logiciels et en communications intermachines. »

Il reconnaît que beaucoup de compagnies canadiennes hésitent encore à prendre des risques, particulièrement lorsqu’elles doivent faire affaire avec une économie centralisée comme celle de la Chine, où le gouvernement maintient son emprise sur tous les aspects de la société. L’accord récemment ratifié de protection et de promotion de l’investissement entre les deux pays devrait toutefois les rassurer quelque peu.

Il y a d’autres moyens d’entrer dans le jeu avec la Chine sans s’engager dans l’investissement direct, ajoute-t-il, par exemple s’intégrer aux chaînes de production mondiales, s’associer à des entreprises chinoises, ou encore approvisionner des firmes occidentales déjà présentes sur le marché.

« Lorsqu’on pense exportation et investissement, on ne voit généralement que le modèle traditionnel, qui n’envisage que les points de départ et d’arrivée, mais le Canada doit de plus en plus s’intégrer à des chaînes de valeur ou d’approvisionnement, ou investir dans des firmes en Chine. Voilà ce que nous devons faire. »

Catégories Asie-Pacifique

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