Photo : ENBALA

Réseaux intelligents, commerce énergique

Grâce au dynamisme de nombreuses compagnies canadiennes, des technologies novatrices pour les réseaux électriques intelligents ont vu le jour, ce qui fait bondir les ventes sur les marchés étrangers. Voici quelques réussites en innovation.

Amélioration des données sur l’utilisation de l’électricité, détection des pannes de courant, réduction des vols d’électricité, et plus. De quoi s’agit-il?
Du réseau électrique intelligent, qui englobe tout : de l’installation de compteurs intelligents calculant l’électricité utilisée tant par les services publics que les propriétaires, à celle de logiciels qui permettent aux usagers industriels et commerciaux de réduire leur consommation d’énergie en période de pointe.

Le réseau intelligent « c’est en fait un réseau modernisé grâce à de nouvelles technologies », explique Jim Burpee, président et chef de la direction de l’Association canadienne de l’électricité.

Selon lui, l’ajout de nouvel équipement de communications et l’automatisation des lignes électriques permettent de mieux contrôler la distribution d’énergie, de rétablir le courant plus rapidement lors d’une panne et de pouvoir mieux planifier.

Un fort vent arrière

Photo: Courtesy of Clevest

Photo: Courtesy of Clevest

Le réseau intelligent « a été le vent dans nos voiles », affirme Thomas Ligocki, président et chef de la direction de Clevest, une compagnie de Richmond, en Colombie-Britannique, qui fabrique pour la main-d’œuvre mobile des produits permettant d’installer des compteurs intelligents et, prochainement, des applications mobiles pour le réseau intelligent.

À l’origine, en 2006, les six employés de Clevest fabriquaient des produits de soutien au réseau intelligent dans un sous-sol. Ils sont aujourd’hui 124, et l’entreprise croît si vite que le magazine Profit l’a récemment placée au sixième rang des compagnies canadiennes en forte croissance.

Le logiciel de Clevest permet aux installateurs de compteurs intelligents de vérifier leur fonctionnement et de diagnostiquer les problèmes éventuels.

« Nous avons eu la chance de lancer une technologie novatrice qui pouvait servir un nouveau marché, et nous avons surfé sur la vague », explique M. Ligocki.

Plus de 130 services publics ont acheté la solution de Clevest, presque tous à l’étranger; seuls 7 % des commandes viennent du Canada.

Environ 70 % des exportations sont destinées aux États-Unis, à peu près 20 % à la Chine, et le reste se répartit entre l’Amérique latine, l’Europe, l’Australie et les Philippines.

Pour regrouper les ventes étatsuniennes, la compagnie a cinq employés dans un bureau situé près de Dallas, au Texas, et une force de vente qui se déplace dans neuf régions. « Nos clients là-bas sont ainsi plus confiants », dit M. Ligocki, car certains des prospects ont manifesté le désir d’acheter localement.

Il ajoute cependant que proposer des produits uniques et forger des partenariats avec des entreprises locales ont contribué à relever le défi.

EDC a aidé Clevest à trouver des clients, selon M. Ligocki, notamment en organisant récemment, en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD), une séance de jumelage à Vancouver (et Toronto), en présence de six des plus grandes compagnies d’électricité de Colombie.

« Même si notre équipe de vente avait déjà rencontré certains de ces services publics, les recevoir ici a grandement renforcé notre crédibilité en tant qu’organisation, dit-il. Ils ont besoin de nous voir dans notre élément et de savoir qu’un grand organisme nous appuie. »

Pour tirer parti de la popularité du système d’exploitation d’appareils mobiles économiques dans les pays en développement, Clevest a lancé récemment une application Android.

L’an prochain, l’entreprise devrait également lancer un système d’analyse permettant les poursuites en cas de vol, que les pays en développement se procureront avec empressement selon M. Ligocki.

Réduction des vols et des fraudes

Photo: Courtesy of Awesense

Photo: Courtesy of Awesense

Les pertes d’électricité dues au vol, à la fraude sur facture, à la falsification des compteurs et aux défaillances du matériel sont certains des problèmes les plus persistants de l’industrie.

« C’est un énorme problème dans les pays émergents », souligne Mischa Steiner-Jovic, chef de la direction d’Awesense, de Vancouver. « Au Brésil, par exemple, il y a environ 30 % de pertes, et ce taux peut atteindre 100 % dans certaines régions de l’Inde et du Pakistan. »

Mais M. Steiner-Jovic explique qu’Awesense a « bâti un système qui peut facilement repérer les pertes sans avoir à créer au cœur du réseau des infrastructures fixes coûtant des milliards de dollars ».

Ce système, SenseNet, aide les services publics à réduire les pertes d’électricité et à récupérer les recettes perdues par suite de vols, de surcharge des transformateurs et d’autres problèmes.

Il a permis à des clients de récupérer des dizaines de millions de dollars en pertes de courant évitables et, en 2013, Awesense s’est ainsi retrouvée sur la liste de Smart Grid News, où figurent les meilleures compagnies de cette catégorie.

En analysant de petits éléments des réseaux de distribution, la technologie permet aux services publics de localiser les pertes, ce qu’ils ne pouvaient que deviner auparavant.

Les recettes d’Awesense ont augmenté d’environ 300 % par rapport à l’an dernier, et son effectif, passé de 5 à 20, se répartit entre le bureau de Vancouver, l’usine de fabrication de Richmond et le laboratoire de Kelowna, tous situés en Colombie-Britannique.

L’objectif est une croissance annuelle d’environ 200 % au cours des prochaines années.

Avec Clevest et 20 autres fournisseurs canadiens, Awesense a participé à la séance de jumelage EDC-MAECD avec les compagnies colombiennes.

Depuis, M. Steiner-Jovic a fait un suivi en Colombie et il compte maintenant souscrire l’Assurance comptes clients d’EDC et rencontrer l’Équipe des investissements à propos de financement.

Utilisant ses relations d’affaires pour se lancer à l’exportation, il a donc décroché sa première vente à ELO Sistemas Electrónicos, au Brésil. « Les pertes sur son réseau sont considérables, dit-il. Le Brésil a vraiment besoin de cette solution, ce qui nous convient parfaitement. »

Cette vente brésilienne a permis à Awesense de se faire connaître à l’étranger, et l’Amérique latine est aujourd’hui son plus grand marché d’exportation en dehors des États-Unis.

À noter que des politiques nationales en Amérique latine visant à diminuer les pertes sur réseau ont stimulé les ventes, en contraste frappant avec le Canada où, à l’exception de la Colombie-Britannique, les services publics provinciaux refilent la facture aux usagers.

« Puisque les services publics savent qu’ils ne perdront pas d’argent, ils ne sont pas très motivés pour régler le problème. C’est pourquoi nous nous sommes tournés vers l’étranger. »

Les exportations représentent moins de 20 % du chiffre d’affaires, mais M. Steiner-Jovic s’attend à une forte croissance en Europe orientale, où les services publics veulent rendre les réseaux de distribution plus efficaces.

Énergie suffisante garantie

Une autre façon d’augmenter l’efficience est d’assurer que les services publics d’électricité et les exploitants de réseaux auront une quantité adéquate d’électricité à chaque seconde pour gérer les variations continues de la demande. Ainsi, les utilisateurs sont sûrs d’avoir de l’énergie quand ils en ont besoin.

Cet équilibre constant entre offre et demande devient de plus en plus difficile à atteindre car les modèles de demande changent et les approvisionnements comprennent une part croissante de production intermittente d’énergie renouvelable.

C’est ici qu’entre en scène ENBALA Power Networks. La compagnie a développé une technologie de réseau intelligent qui relie les gros utilisateurs d’électricité industriels et commerciaux à sa plateforme GOFlex, créant un réseau d’usagers qui contribue à réaliser un équilibre énergétique.

« L’idée est que, si les utilisateurs peuvent participer activement au soutien de la gestion du système, nous pouvons le faire fonctionner de manière plus efficiente et à moindre coût », affirme Ron Dizy, président et chef de la direction d’ENBALA.

L’entreprise offre aux exploitants de réseaux et aux services publics d’électricité la possibilité unique de faire varier la quantité d’énergie sur leurs réseaux à quelques secondes près, et elle compense les gros usagers pour avoir accepté ces variations d’électricité.

Forte de ses 40 employés en poste à Toronto et Vancouver, ENBALA a aussi quelques vendeurs aux États-Unis, où elle réalise 20 % de son chiffre d’affaires. Les recettes augmentent de 50 % depuis 2011.

En 2010 et 2012, EDC a fourni du financement par capitaux propres à ENBALA, qui est aussi largement financée par Enertech Capital, un fonds de placement dans lequel investit EDC.

« En outre, EDC a ajouté de la valeur par rapport aux investisseurs en capital de risque conventionnels en nous faisant connaître sur des marchés d’exportation », souligne M. Dizy qui, tout en prévoyant percer en Europe d’ici 2015, se concentre actuellement sur les débouchés nord-américains.

Aux États-Unis, explique-t-il, « les exploitants de réseaux et les services publics d’électricité nous connaissent généralement comme fournisseur de “souplesse” en temps réel, car nous gérons les charges du côté de la demande. Ils sont souvent surpris d’apprendre que nous sommes une compagnie canadienne. »

Exporter : quatre conseils éclairés

  1. Recrutez des employés qui parlent la langue du marché que vous courtisez. Les acheteurs savent ainsi que quelqu’un pourra les aider dans leur langue, dit M. Ligocki de Clevest, dont les employés qui traitent avec les clients d’Amérique latine parlent espagnol.
  2. Envisagez de créer des partenariats sur les marchés étrangers. Il est plus facile de s’associer à un partenaire qui comprend la culture locale que d’essayer de la comprendre soi-même, affirme M. Dizy d’ENBALA.
  3. Mentionnez qu’EDC offre des services aux acheteurs étrangers potentiels (comme le financement acheteur). « Pour une jeune entreprise, être soutenue par une grande organisation est très important », souligne M. Ligocki.
  4. Budgétez plus que vous ne pensez pour obtenir des ventes à l’exportation. « Prenez le chiffre qui, d’après vous, vous permettra de pénétrer ce nouveau marché, et multipliez-le par deux ou trois », précise M. Steiner-Jovic d’Awesense.
Catégories Ecotechnologies, Technologies et télécommunications

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