La vancouvéroise Eight Solutions Inc. est d’abord une entreprise qui raconte des « histoires ». Et ce qui peut paraître étrange, c’est qu’avant de dire un seul mot, elle doit d’abord revêtir ses habits… de concierge.
Pourquoi? Parce qu’Eight Solutions offre une solution de mégadonnées qui exploite le potentiel des données complexes. Celles-ci ne sont pas simplement amassées : les produits de l’entreprise les analysent pour générer un « récit ». Ce procédé, qui maximise l’utilité des données pour l’humain, est l’atout distinctif d’Eight Solutions.
Ses fondateurs ont fait leurs débuts dans l’industrie du jeu vidéo, mais ont rapidement pris conscience du potentiel énorme des mégadonnées.
« Présentées sous forme narrative ou visuelle, les données peuvent servir à prédire », affirme Rory Armes, chef de la direction de l’entreprise. « Nous avons lancé l’entreprise localement, à Vancouver. »
Aujourd’hui, Eight Solutions exporte son produit Cumul8 vers l’Inde et les États-Unis et ne cesse d’explorer d’autres marchés potentiels. L’entreprise collabore entre autres avec le secteur forestier et, plus précisément, avec les scieries. Celles-ci recueillent déjà des données à l’aide de capteurs; Eight Solutions se charge de les traiter.
« Ces données tracent un portrait qui nous fait comprendre ce qui se passe, affirme M. Armes. Dans le cas d’une scierie, l’historique issu des données peut nous permettre de prédire qu’une machine, une scie ou un convoyeur tombera en panne dans deux semaines. Ce genre de renseignement est prisé par ces entreprises. »
Le produit d’Eight Solutions « nettoie » les données des capteurs (d’où les habits de concierge) et les rend disponible au client grâce à l’infonuagique.
« Nous offrons une solution Web qui permet d’examiner les données et de jouer avec elles », précise-t-il.
C’est par hasard que l’exportation a surgi sur le chemin d’Eight Solutions. Après que M. Armes a présenté une conférence sur les mégadonnées à un organisme sans but lucratif américain financé par l’État, la directrice de l’organisme l’a dirigé vers son premier client américain. M. Armes s’est alors concentré sur ce marché, puis s’est tourné vers l’Inde et la Chine.
En Inde, Eight Solutions a conclu un accord de licence et un partenariat avec Prime Focus, une grande entreprise de postproduction qui s’occupe des effets spéciaux et de la conversion 3D de nombreux films de Hollywood et de Bollywood.
Pour M. Armes, ce qui distingue ses marchés d’exportation du Canada – où il est aussi très actif, notamment dans le transport, la foresterie et le divertissement –, c’est la manière dont surviennent les transactions. Au Canada, il peut se contenter de vendre son produit, Cumul8, alors qu’en Inde, c’est sa technologie qui intéresse ses clients.
« Je crois que pour réussir en Inde, il faudra s’associer à une entreprise qui fait un peu la même chose que nous, note-t-il. Je ne pense pas pouvoir simplement frapper aux portes et vendre mon produit. »
Il conseille aussi de faire attention lorsqu’on fait des affaires dans une autre culture. En Inde et en Chine, il lui est arrivé d’en dire trop sur son entreprise, pour ensuite essuyer un refus. Aujourd’hui, il est beaucoup plus prudent. Il souligne aussi l’importance d’être réaliste. Selon lui, environ 3 % seulement des transactions se concrétisent; mais lorsque c’est le cas, le jeu en vaut la chandelle.
Exporter est aussi bon pour obtenir une crédibilité au Canada.
« Nous discutons avec beaucoup d’exportateurs, et leurs clients étrangers corroborent nos ventes, ce qui renforce notre crédibilité », indique-t-il. Exporter me fait entrer chez eux par la grande porte. »
Les qualités essentielles pour réussir à l’étranger selon lui? La patience et le respect de la culture du client potentiel.
« N’apportez pas votre culture dans son pays », conseille-t-il. « Évitez les comportements stéréotypés du genre de “l’Américain qui mange des burgers et des frites au Japon”. Si vous êtes incapable de respecter et d’adopter une culture, allez ailleurs. »
Pour M. Armes, exporter vers les États-Unis est facile, mais les Canadiens doivent faire preuve d’audace. « Vous devez présenter une vision idéale, dit-il. Les Canadiens sont très modestes de nature, mais là-bas, ça joue vraiment contre nous. Ça ne fonctionne pas. »
Apprenez-en plus sur le parcours d’exportation de Rory Armes ici.

