Lancer une entreprise avec le slogan « Faites du parfum, pas la guerre » n’a rien d’une idée fantaisiste.
Barb Stegemann, présidente et directrice générale de l’entreprise d’Halifax The 7 Virtues, l’a prouvé.
En effet, son entreprise internationale touche la vie des gens de l’Afghanistan à Haïti, en passant par le Moyen-Orient et l’Afrique.
« Et si on réalisait vraiment nos idées les plus folles, sans les laisser disparaître dans le flot de la vie? » Voilà la question qu’elle s’est posée quand son meilleur ami a subi un horrible accident.
Membre des Forces armées canadiennes, Trevor Greene était en mission en Afghanistan en 2006. Un jour, il s’est arrêté pour discuter avec un groupe d’aînés dans un village. Comme marque de respect et de confiance, il a retiré son casque d’acier. C’est alors qu’on l’a attaqué avec une hache et grièvement blessé à la tête.
M. Greene s’en remet peu à peu, mais ce qu’il considérait comme une mission de réconciliation a pris fin abruptement. À son retour, MmeStegemann l’attendait : « Remets-toi sur pied; je m’occupe de ta mission », lui a-t-elle dit.
En 2008, elle a entendu parler d’Abdullah Arsala, un producteur afghan de fleurs d’oranger et de roses. Il voulait créer une entreprise durable pour aider sa communauté, mais ceux qui avaient blessé M. Greene avaient aussi détruit sa distillerie, et il était au bord du gouffre.

Offerte par The 7 Virtues
Mme Stegemann s’est dit : « Comment donner aux gens des emplois, assurer leur dignité et favoriser leur autonomisation, sinon en créant une entreprise sociale qui utiliserait le pouvoir d’achat pour soutenir les producteurs et leur famille? » Depuis, elle est convaincue que les pays en reconstruction doivent emprunter cette voie.
Or, monter une entreprise n’est pas une mince affaire. Les banques lui disaient que parce qu’elle ne connaissait rien aux parfums, elle ne saurait pas les mettre en marché. Puisqu’une idée folle n’est pas nécessairement vouée à l’échec, Mme Stegemann a quand même acheté toute l’huile de M. Arsala pour 2 000 $, avec sa carte de crédit.
L’huile arrivée, elle a travaillé avec un parfumeur de Toronto pour mettre au point Afghanistan Orange Blossom. En quelques semaines, mille bouteilles ont été vendues – par le truchement d’une boutique torontoise et d’une autre haligonienne –, surtout à cause de l’histoire qui avait tout démarré. Mme Stegemann a vite compris qu’elle ne pouvait espérer croître en misant sur de petits détaillants en difficulté : « C’était déchirant, mais ça nous empêchait ultimement d’atteindre notre objectif. »
Elle s’est donc présentée à l’émission Dragon’s Den, où elle a obtenu un investissement de 75 000 $ de Brett Wilson. « J’ai ainsi pu acheter 10 000 autres bouteilles, assez pour pouvoir aller frapper à la porte d’un grand magasin », explique-t-elle.
Aujourd’hui, les parfums de 7 Virtues sont parmi les produits les plus populaires dans les 90 magasins La Baie d’Hudson au Canada, et la collection de l’entreprise compte cinq parfums : Afghanistan Orange Blossom, Noble Rose of Afghanistan, Vetiver of Haiti, Middle East Peace (fait à partir d’huiles israélienne et iranienne) et Patchouli of Rwanda.
L’entreprise a nommé ses parfums d’après le pays d’origine de l’huile, parce qu’elle veut montrer qu’ils sont fabriqués à partir de matières premières provenant de pays en reconstruction qui ont besoin des entreprises et des gouvernements pour y arriver.
Grâce à ce modèle d’affaires, tout le monde fait de l’argent : le fournisseur, le producteur, le détaillant et 7 Virtues. « Mais personne n’empoche tout », précise Mme Stegemann.

Offerte par The 7 Virtues
L’entreprise, qui compte maintenant six employés à temps plein et douze travailleurs saisonniers pour assurer sa production, n’affiche pas ses ventes, mais plutôt l’étendue de son réseau de distribution. Et quand elle constate une variation, elle s’assure que ses détaillants partenaires accordent une bonne place à ses produits en magasin et en ligne.
Cette pratique se fait en continu, comme la recherche de nouveaux détaillants. Actuellement, 7 Virtues vend ses produits à La Baie, à Lord & Taylor aux États‑Unis, dans les boutiques hors taxe d’Air Canada, sur SHOP.CA et dans certains magasins en Écosse, en Allemagne et en Autriche, ainsi qu’à Londres, où Mme Stegemann s’est d’ailleurs rendue ce mois-ci pour rencontrer Amazon Luxury UK.
Toutefois, elle se bute à un obstacle majeur : si le port d’Halifax a « tout ce qu’il faut », il n’offre pas le service de consolidation de conteneurs, malgré les pressions que Mme Stegemann exerce sur les trois ordres de gouvernement. Son entreprise doit donc expédier ses produits depuis Montréal ou Toronto, ce qui augmente les coûts et les délais.
« Les petites entreprises qui veulent participer aux missions commerciales et exporter leurs produits doivent voir elles-mêmes à l’expédition », déplore-t-elle.
Malgré tout, sa mission « Faites du parfum, pas la guerre » se poursuit.
« Tous nos fournisseurs doivent être engagés dans leur communauté, affirme Mme Stegemann. Ils en sont le moteur, et nous les appuyons, eux, et par ricochet leur communauté. »

