« C’est la première fois dans ma carrière d’entrepreneure que je dois m’adapter à un rythme plus lent. » Entrevue avec Maggy-Nadyne Lamarche, présidente de Béké-Bobo

« C’est la première fois dans ma carrière d’entrepreneure que je dois m’adapter à un rythme plus lent. » Entrevue avec Maggy-Nadyne Lamarche, présidente de Béké-Bobo

Maggy-Nadyne Lamarche est présidente de Béké-Bobo, une entreprise basée à Saint-Amable qui produit et vend un ourson qui soulage les douleurs des enfants.

Cliquez ici pour en apprendre plus sur les réussites à l’exportation de Vinieris.

Quand et pourquoi avez-vous commencé à songer à l’exportation pour votre entreprise?

Nous avons entamé les démarches pour commencer à exporter en novembre 2014. À l’époque, j’ai rempli un questionnaire qui visait à recruter de jeunes entrepreneurs pour une mission commerciale en France. J’ai posé ma candidature même si je n’avais pas l’âge requis et j’ai été retenue pour la mission, qui s’est déroulée en mars 2015.

Elle m’a en quelque sorte servi d’étude de marché. À ma grande surprise, notre produit y était déjà connu et, dès notre première visite, deux distributeurs s’y sont intéressés. Nous sommes d’ailleurs en voie de concrétiser une entente avec l’un d’eux.

Comment s’est déroulé votre parcours d’exportation pour en arriver où vous en êtes aujourd’hui?

Au retour de la mission commerciale, nous avons entamé les démarches d’accréditation de l’entreprise et du produit afin de faire reconnaître notre ourson comme un instrument médical. Nous avons obtenu cette certification en avril 2016.

En mars 2016, nous avons pris part à une autre mission économique en France où nous avons rencontré des pharmaciens pour évaluer la possibilité de vendre nos oursons en pharmacie, comme nous le faisons au Québec. Après vérification, nous avons constaté que cela représente un important marché et nous en sommes à évaluer les partenariats possibles. Nous envisageons aussi les boutiques pour enfants et le Web comme plateformes de vente.

Quelle est la plus grande différence entre la vente au Canada et ailleurs dans le monde? Comment vous y êtes-vous adapté?

Nous avons constaté que les Européens attachent une grande importance aux normes de sécurité et au lieu d’origine de notre produit. Nous avons dû nous adapter et valider la provenance des tissus que nous utilisons pour qu’ils soient certifiés.

Le fait que l’ourson soit fabriqué au Québec lui accorde une reconnaissance sur le marché français, tout comme l’utilisation de céréales biologiques dans sa composition. Ici, l’impact est moindre.

Comment l’exportation a-t-elle changé la façon dont vous faites la promotion et la vente de vos produits et services au Canada?

Cela aura un énorme impact au cours des prochains mois. Le fait de s’ouvrir aux autres marchés nous a aussi permis de voir ce que nous faisons bien, et ce que nous pouvons faire mieux. Nous allons nous positionner différemment grâce à l’expérience acquise.

Le design de notre ourson a aussi été changé en mars 2016 pour offrir un produit qui répond mieux aux goûts européens. Nous offrons maintenant deux modèles, l’un avec des couleurs contrastantes qui stimulent l’éveil, et l’autre avec des couleurs pâles pour apaiser.

Qu’avez-vous appris grâce à l’exportation qui a eu un effet bénéfique sur vos opérations et vos ventes au Canada?

Grâce à l’exportation, nous nous attendons à tripler notre chiffre d’affaires en trois ans. La vérité, c’est qu’avant 2014, j’ai freiné la croissance de l’entreprise pour me dévouer à ma famille. J’ai choisi que l’entreprise supporte la famille, plutôt que l’inverse. Maintenant, ma fille va très bien. Je peux donc me concentrer sur Béké-Bobo et viser une pleine croissance.

Quelle est la meilleure leçon que vous avez tirée d’une mauvaise expérience d’exportation?

L’un des distributeurs qui nous ont approchés en France s’est avéré être en difficultés financières. Nous avons donc dû mettre fin aux négociations, ce qui a certainement été un revers pour nous. La proposition de l’entreprise paraissait très alléchante et nous aurait permis de percer l’Europe au complet. Toutefois, après avoir jeté un œil à leurs états financiers, j’ai réalisé qu’ils généraient un profit annuel inférieur à celui de Béké-Bobo, alors qu’ils avaient un chiffre d’affaires annuel de 25 millions!

Avec du recul, c’est une bonne chose que nous ayons mis un terme aux négociations. Et nous exigeons désormais plus de garanties de nos partenaires potentiels.

Que connaissez-vous aujourd’hui de l’exportation que vous auriez aimé savoir à vos débuts?

Faire affaire avec la bureaucratie française exige beaucoup de temps! Je suis une femme d’action et j’aime aller au bout des choses de façon efficace. À l’inverse, les démarches d’exportation sont vraiment lentes. Le temps de réponse peut être de plusieurs semaines pour de simples échanges. Au Québec, après deux semaines de discussions, nous aurions sans doute été sur le point de signer une entente. En France, cela fait un an que nous négocions. N’empêche, j’ai confiance que tout cela va finir par aboutir.

Quelle est la chose la plus importante que doit savoir une nouvelle PME en matière d’exportation et de commerce international?

Le financement est le nerf de la guerre. Par chance, avec Béké-Bobo, je mettais de l’argent de côté en prévision des démarches d’exportation, ce qui m’a permis d’investir sans emprunter auprès des différentes organisations. Par contre, nous en aurons assurément besoin pour passer en production. Notre première commande devrait être de l’ordre de 25 000 unités, ce qui représente une année complète de production à réaliser en deux semaines seulement. C’est sans compter la production canadienne habituelle.

Selon vous, de quelles caractéristiques devraient disposer tous les exportateurs?

De patience, assurément. Je suis habituée d’avancer rapidement. C’est la première fois dans ma carrière d’entrepreneure que je dois m’adapter à un rythme plus lent. Je suis très déterminée et je suis certaine d’avoir ma place là-bas. Ce n’est pas parce que nous avons vécu un revers que nous baisserons les bras, au contraire. La détermination est aussi très importante. C’est ce qui permet de passer outre la lenteur et les obstacles.

Catégories Fabrication

Comments are closed.

Affichages connexes