La grande aventure des entreprises de TIC

La grande aventure des entreprises de TIC

Qui et quoi sont présentement la cible des sociétés de capital-risque, des multinationales et des acheteurs asiatiques investissant dans les technologies de l’information et des communications (TIC)? Voici un échantillon des réponses recueillies au tout premier Forum C200 d’EDC rassemblant 200 entreprises prometteuses du secteur canadien et plus de 20 investisseurs internationaux. EDC s’associe avec plusieurs fonds de capital-investissement et sociétés de capital-risque (dont EnerTech, Panorama Capital et Relay Ventures) pour appuyer de jeunes entreprises canadiennes émergentes – leur donnant accès à du capital et à d’autres investisseurs mondiaux.

Au Canada, les jeunes entreprises technologiques doivent « se mondialiser » pour réussir, soutient Scott MacDonald, cofondateur de la société de placement McRock Capital, qui investit essentiellement dans les entreprises spécialisées en analyse de données industrielles.

La population étant relativement faible, « il faut s’y prendre différemment pour lancer une entreprise au Canada », dit-il. D’après son expérience, presque toutes les entreprises technologiques canadiennes florissantes avaient des clients étrangers dès le départ. « Il faut que les entrepreneurs canadiens songent d’emblée aux marchés mondiaux. Il est fondamental d’en faire une priorité absolue. »

Beaucoup de sociétés de placement et de capital-risque poussent les jeunes entreprises technologiques à s’appliquer à créer des plates-formes pour téléphones intelligents et tablettes, et des plates-formes infonuagiques. (Le nuage est un réseau de serveurs distants permettant de stocker des données sur Internet plutôt que dans un ordinateur personnel ou de travail.)

Prévisions favorables et plein de nuages

Le nombre d’entreprises utilisant l’infonuagique pour faire des affaires est en forte hausse, souligne Wally Hunter, directeur général d’EnerTech, un fonds de 450 millions de dollars ciblant les entreprises – de jeunes à intermédiaires – du secteur de l’énergie. Il affirme que l’infonuagique a réduit sensiblement les coûts d’acquisition et d’installation d’outils d’analyse des données, créant ainsi de nouvelles possibilités pour les entreprises émergentes.

De plus, l’utilisation de tablettes pour accéder aux données en nuage se répand dans les secteurs des hydrocarbures comme des soins de santé. Il faut donc repenser l’architecture technologique, explique Mike Satterfield, associé chez Yaletown Venture Partners, un fonds de 100 millions de dollars ciblant les TI et les écotechs dans le secteur de l’énergie. « Tout remodelage offre aux jeunes entreprises agiles des occasions inouïes. »

Selon Alex Baker, directeur chez Relay Ventures, un fonds de 150 millions de dollars pour les technologies mobiles, l’avenir du secteur sera fonction du passage des applications Web traditionnelles à la téléphonie mobile.

M. MacDonald observe une autre tendance : les jeunes entrepreneurs qui auraient auparavant créé des applications Web commerciales veulent aussi offrir leurs innovations aux industries traditionnelles. Sa société a investi dans une telle compagnie qui utilise un système à fibre optique générant des données en temps réel lors de fuites dans des conduites d’aqueduc municipales.

Pour solliciter des sociétés de placement, une entreprise nouvelle doit présenter son plan à divers investisseurs avant de trouver le bon. « Si, au début, un investisseur dit ne pas comprendre votre projet et veut connaître votre stratégie de sortie, ce n’est pas bon signe. Persévérez dans votre recherche d’investisseurs avertis », dit Chris Albinson, cofondateur de Founders Circle Capital et Panorama Capital, à Silicon Valley.

N’allez pas croire que toutes les sociétés canadiennes de capital-risque craignent le risque et que vous ne trouverez du financement qu’en Californie, conclut M. MacDonald. « Souvent, il s’agit de trouver la bonne personne. »

Le Forum C200 d’EDC sur le commerce et l’investissement mondiaux, organisé conjointement avec Affaires étrangères et Commerce international Canada, Industrie Canada et BDC, s’est tenu à la fin de 2012 lors du 18e Congrès mondial des technologies de l’information à Montréal – une première au Canada.

Trois conseils pour obtenir du financement

Commencer tôt : Vu qu’une société doit prévoir de 10 à 15 ans pour croître de façon appréciable, il importe de planifier votre demande de financement dès que possible, avise M. Smyth, d’OMERS.

Cerner les influenceurs : Cherchez à connaître les cadres intermédiaires avec qui vous traitez, les réels décideurs dans une grande entreprise, recommande Mathew George, vice-président, TELUS Entreprises de risque, filiale spécialisée dans le capital-risque. « Si vous ne pouvez les convaincre que vous avez une solution à leurs problèmes, ils ne vous appuieront pas. »

Savoir foncer : Ne renoncez pas à un client après un premier refus, poursuit M. George. « Beaucoup d’entrepreneurs talentueux se laissent abattre après une seule tentative. Je me dis toujours que s’ils étaient revenus à la charge une deuxième ou une troisième fois, j’aurais fait un effort supplémentaire pour faire avancer leur dossier. »

Multinationales : Intérêt croissant pour les TIC nouvelles

Les sociétés de capitaux veulent plus que jamais investir dans de nouvelles entreprises technologiques, et ces dernières sont plus disposées à être financées par de tels capitaux, indique Stephen Socolof, associé directeur chez New Venture Partners, une entreprise du New Jersey spécialisée dans les sociétés essaimées.

Les capital-risqueurs et les entrepreneurs croyaient que ces sociétés nuiraient à leur développement en phase d’émergence, explique M. Socolof, mais cette idée tend à se dissiper. Ces dernières années, il y a eu énormément de croissance chez les sociétés de capital-risque et de consolidation des capital-risqueurs classiques. « Il est bien plus difficile d’accéder aux marchés maintenant qu’il y a dix ans, lorsque les démarrages d’entreprise étaient mieux perçus. »

Dans la plupart des cas, les sociétés de capital-risque n’investissent pas dans le but de faciliter une acquisition, précise-t-il, bien qu’elle puisse se réaliser pendant que la relation évolue.

Les entreprises canadiennes, propices à l’investissement

Autre atout : le Canada foisonne d’entreprises technologiques de grande qualité mais disposant de peu de capital qui sont propices à l’investissement, note Derek Smyth, directeur général d’OMERS Ventures, un fonds de 200 millions de dollars ciblant le secteur canadien des technologies dans le portefeuille du régime de retraite OMERS.

OMERS Ventures a passé les six premiers mois de 2012 à déterminer les meilleures entreprises technologiques du Canada avant de les joindre, explique-t-il. « La moitié des compagnies financées ne recherchaient pas de capital. Nous avons simplement frappé à leur porte. »

Pour nombre de firmes de placement, la qualité de la technologie n’est pas la seule considération. Une équipe de gestion solide est aussi un facteur dans la décision d’investir. « Nous investissons dans les gens, convaincus qu’ils sauront mener leur projet à bien », déclare Paul Howarth, responsable de la R-D et de l’innovation chez Cisco Canada. La technologie n’est donc pas le meilleur critère. « Ce sont d’abord les gens qui nous intéressent. »

Dans cette optique, beaucoup d’entreprises nouvelles n’auraient pas accès aux capitaux de ces sociétés en phase de démarrage, indique

Hervé Gagnon, lui-même une jeune entrepreneur. M. Gagnon est directeur associé chez Illimar (Ottawa), créatrice d’une applica­tion Web de mise en œuvre de programmes de gouvernance en entreprise.

Un projet d’entreprise commence souvent par une idée, une équipe de gestion solide n’étant mise en place qu’une fois le concept affiné, confirme M. Gagnon, qui espère faire affaire avec EDC lorsque son entreprise sera rendue à ce stade.

Critères d’accès à l’Asie : présence, partenariats, patience

Pour travailler avec les entreprises sud-coréennes de haute technologie, il faut tenir leur rythme frénétique et des délais stricts.

Pour travailler avec les entreprises sud-coréennes de haute technologie, il faut tenir leur rythme frénétique et des délais stricts.

Les partenariats technologiques entre l’Asie et des entreprises technologiques nord-américaines n’ont jamais suscité autant d’intérêt qu’aujourd’hui. Mais les entreprises technologiques canadiennes qui s’aventurent sur le marché asiatique doivent s’armer de patience et bien s’informer.

« L’Asie cherche plus que jamais des technologies exemplaires, des écotechs aux médias numériques », dit Greg McElheran, directeur responsable des investissements, Équipe des placements, à EDC. Il ajoute qu’EDC a un éventail de fonds partenaires en Inde, en Chine et en Asie du Sud-Est qui ouvriront des portes aux entreprises canadiennes ayant de bonnes propositions de valeur pour ces marchés.

L’économie chinoise ralentit peut-être à court terme, mais elle croîtra probablement à long terme à mesure que cette économie à forte main-d’œuvre s’axera davantage sur la technologie. Voilà ce qu’en pense Raymond Yang, cofondateur et directeur général de West Summit Capital, capital-risqueur pour les liens technologiques entre l’Amérique du Nord et la Chine, surtout dans les secteurs des TIC et des écotechs.

De plus, M. Yang estime que le nouveau régime chinois sera plus ouvert et favorable aux entreprises que son prédécesseur.

Il souligne que la Chine, traditionnellement inexpérimentée en développement de logiciels, offre d’excellents débouchés aux fournisseurs nord-américains de tels produits. « Les Chinois aiment acheter des biens tangibles, ce qui exclut les logiciels. »

Croissance à deux chiffres en Corée

Entre-temps, les secteurs coréens des téléphones intelligents et des semiconducteurs connaissent une croissance annuelle explosive de plus de 20 %, précise Bill Byun, associé général chez 7 Capital, un capital-risqueur ciblant le matériel informatique et les liens technologiques entre l’Amérique du Nord et la Corée.

La Chine, traditionnellement inexpérimentée en développement de logiciels, offre d’excellents débouchés aux fournisseurs canadiens de tels produits.

Nouez une relation avec un conglomérat coréen comme Samsung, et le monde sera à votre portée, dit-il. Mais les entreprises coréennes sont zélées et tiennent au respect des délais. Faites de même, sinon « elles vous fermeront la porte », prévient-il.

Les sociétés coréennes sont prêtes à faire affaire avec de petites entreprises nord-américaines nouvelles mais prometteuses, tant qu’elles devancent leurs concurrents asiatiques en matière de qualité, de rapidité et de coût. « Si vous vous distinguez par votre originalité, elles voudront s’associer avec vous. »

Les entreprises canadiennes souhaitant établir des réseaux et une clientèle en Asie ont besoin de partenaires de confiance et avertis ayant de solides contacts, poursuit-il. Suggestion : un des moyens de s’implanter en Chine est de s’associer à un Sino-Canadien qui a étudié en Occident.

Or, tenter de trouver aussitôt un coentrepreneur local « est comme épouser un étranger », ajoute M. Yang, qui conseille la patience dans toute quête d’un associé chinois.

M. Byun déconseille aux entreprises technologiques canadiennes d’être financées par du capital-risque pour pénétrer le marché asiatique. Par contre, un coentrepreneur de capital-risque est déjà habitué à faire affaire avec certains clients, et son expérience peut servir à ouvrir des portes là.

Si toute tentative de percée échoue, suivez la maxime de Woody Allen (80 % du succès réside dans le fait d’être là), conclut M. Byun. « Votre présence sur le marché asiatique et votre compréhension des besoins du client assureront votre réussite. »

Catégories Services, Technologies et télécommunications

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