Un rapport d’EDC démontre que renforcer sa présence à l’étranger peut favoriser les activités au Canada

Un rapport d’EDC démontre que renforcer sa présence à l’étranger peut favoriser les activités au Canada

Les entreprises canadiennes comptent de plus en plus sur l’investissement international et les sociétés affiliées à l’étranger pour assurer leur expansion, mais elles n’exportent pas pour autant leurs activités et leurs emplois. Au contraire, selon un récent sondage d’Exportation et développement Canada (EDC), 85 % des répondants ont constaté que les activités de leurs sociétés affiliées à l’étranger avaient une incidence neutre ou positive sur le nombre de personnes employées au Canada. Pour les entreprises, il s’agit d’un moyen d’accroître leurs activités au Canada, et en effet, ces sociétés affiliées à l’étranger ont presque toujours une incidence positive sur l’emploi et les salaires au pays. D’ailleurs, 69 % des répondants ont affirmé que leurs activités au Canada étaient « importantes » ou « très importantes » pour soutenir leurs activités à l’étranger.

C’est ce qui ressort du sondage Présence à l’étranger d’EDC, une enquête novatrice menée auprès de 546 entreprises et dont le but était de comprendre l’incidence des sociétés affiliées à l’étranger sur l’économie du Canada et la capacité concurrentielle de ses entreprises.

Selon Todd Evans, économiste à EDC, le sondage a permis de dégager des conclusions importantes. D’abord, il donne un portrait plus précis de l’ampleur des activités des entreprises canadiennes à l’étranger – ampleur qui va en augmentant – et de la croissance qu’elles en retirent.

« Ce phénomène n’est pas unique au Canada », se hâte de préciser M. Evans. « Pour d’autres grands pays de l’OCDE, les sociétés affiliées sont encore plus présentes à l’étranger. »

Deuxième constat rapporté par M. Evans : pour ces entreprises canadiennes, investir à l’étranger est une décision d’affaires stratégique et non un moyen de délocaliser des activités. « En d’autres mots, il ne s’agit pas de tout transférer vers un autre marché », résume-t-il.

Enfin, le sondage révèle que ces investissements favorisent la prospérité du Canada dans son ensemble. En effet, au pays, les entreprises très présentes à l’étranger versent des salaires plus élevés et voient leur bassin d’employés augmenter davantage, sans compter qu’elles ont une meilleure capacité concurrentielle.

L’enquête a également permis de constater l’immensité du marché des sociétés affiliées à l’étranger.

« Ce marché est comme une autre économie canadienne, mais à l’extérieur du pays », explique M. Evans, qui précise que le terme général « société affiliée à l’étranger » s’applique à toute entreprise menant des activités à l’étranger, qu’il s’agisse d’un bureau de vente de 20 personnes ou d’une grande exploitation minière ou manufacturière.

Selon M. Evans, il y a quelques décennies, on pouvait probablement affirmer que les entreprises délocalisaient des emplois et s’installaient à l’étranger simplement pour produire à moindre coût. Aujourd’hui, cette inquiétude n’est cependant plus justifiée.

« Dissipons ces craintes d’exode des emplois et des capitaux, propose M. Evans. Il y a 15 ou 20 ans, cette thèse était peut-être valable, mais aujourd’hui, il s’agit plutôt d’adopter une stratégie mondiale. Les activités intérieures sont en étroite relation avec les sociétés affiliées à l’étranger. »

Selon lui, les Canadiens ne doivent plus penser que les activités intérieures et étrangères s’excluent mutuellement. Au contraire, elles sont intimement liées. « Aujourd’hui, quand une entreprise accroît ses activités à l’étranger, il y a de bonnes chances qu’elle fasse de même au Canada. »

Pour Jennifer Topping, responsable des études de marché de l’Équipe des stratégies et de la transformation d’EDC et chercheuse pour ce sondage, les emplois liés à cette augmentation des activités intérieures ont une valeur bien supérieure, sur les plans des salaires et de l’expertise, que les emplois qui pourraient être exportés. « Les qualifications des employés de ces entreprises au Canada sont plus élevées que celles des employés de leurs sociétés affiliées à l’étranger. »

M. Evans mentionne comme exemple des fabricants de pièces d’automobiles comme Martinrea, Linamar et Magna, ou encore des entreprises de service dans les hautes technologies comme OpenText et CGI.

« Depuis plusieurs années, ces entreprises étendent leur présence à l’étranger, observe M. Evans. Cependant, leurs activités au Canada ont également connu une croissance considérable. Si elles ne prenaient pas d’expansion ailleurs pour améliorer leur capacité concurrentielle mondiale, leurs activités intérieures stagneraient probablement. » D’ailleurs, le sondage va dans le même sens : 92 % des répondants affirment que leurs sociétés affiliées à l’étranger rendent leur entreprise plus concurrentielle.

Selon M. Evans, le marché canadien est parfois trop petit pour certaines entreprises. Celles-ci ne peuvent atteindre la taille critique pour prendre de l’expansion, accroître leurs effectifs et offrir de meilleurs salaires.

« Pour nous, investir à l’étranger est une stratégie de croissance. Au bout du compte, c’est l’économie et le niveau de vie au Canada qui en bénéficient. »

L’enquête, qui se fonde sur un rapport d’EDC de mai 2015 publié comme chapitre dans un ouvrage de l’Institut de recherche en politiques publiques, démontre qu’en matière de commerce, les frontières s’estompent. Auparavant, établir des sociétés à l’étranger était surtout le fait des grandes entreprises, mais aujourd’hui, des entités plus modestes adoptent aussi cette stratégie.

« Dans la littérature, on les appelle les micromultinationales, explique M. Evans. Elles se sont développées au fil des ans grâce à la technologie, sans oublier l’amélioration des transports et l’accès facilité aux marchés. »

Le sondage a également révélé que les États-Unis resteraient un marché important pour les sociétés affiliées canadiennes, mais que la croissance de ces dernières dépendrait fortement de l’Asie et des autres marchés émergents. Près du tiers des répondants (29 %) prévoient établir de nouvelles sociétés affiliées à l’étranger dans les cinq prochaines années; parmi ceux-ci, 54 % comptent s’implanter en Asie, principalement en Chine et en Inde.

Les entreprises ayant des activités dans les pays émergents déclarent avoir connu une croissance de 267 % entre 1999 et 2012. Durant la même période, aux États-Unis et dans les autres pays de l’OCDE, les ventes n’ont augmenté que de 23 % et de 61 %, respectivement.

« Évidemment, les États-Unis demeureront un élément important, tempère M. Evans. On le voit par le nombre d’entreprises canadiennes qui s’y établissent. Cependant, une grande partie de la croissance actuelle et future est liée aux marchés émergents. »

Dans le sondage, les entreprises devaient indiquer les pays où elles comptaient développer les activités de leurs sociétés affiliées. La Chine remporte la palme, suivie, à égalité en deuxième place, de l’Inde et des États-Unis et, en troisième place, du Brésil. L’Australie et le Mexique figurent également au palmarès.

« C’est un bon mélange de marchés émergents et de marchés bien établis, juge M. Evans. On observe aussi une diversification des activités des sociétés affiliées à l’étranger. La Chine est a priori synonyme de fabrication, mais maintenant, beaucoup d’entreprises veulent s’intégrer à la chaîne de valeur du marché intérieur chinois, et ce, dans plusieurs secteurs, y compris celui des services. On observe la même chose en Inde. »

M. Evans affirme que les secteurs traditionnels comme ceux des mines et des hydrocarbures sont encore en croissance, mais que de plus en plus, d’autres secteurs viennent changer la donne.

« Les services présentent une bonne croissance dans les exportations, mais aussi dans les investissements sortants, qui se matérialisent en sociétés affiliées à l’étranger. »

Jennifer Topping fait remarquer que 76 % des entreprises sondées s’attendent à ce que leurs sociétés affiliées à l’étranger voient leurs ventes augmenter au cours des cinq prochaines années.

« Pour les exportateurs qui veulent franchir la prochaine étape, c’est une excellente solution, affirme Mme Topping. Ce l’est aussi pour ceux qui peinent à pénétrer un marché à partir du Canada. Investir dans une société affiliée à l’étranger peut être un moyen d’accroître ses activités dans le monde. »

Catégories Fabrication

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