Soigner le secteur de l’extraction

Soigner le secteur de l’extraction

Trois compagnies canadiennes uniques exportent leur expertise en technologies propres et autres applications de pointe, profitant de l’explosion de débouchés en environnement sur une planète toujours plus friande de pétrole et de gaz.

Les gazoducs sont souvent vieux, d’où des risques de fuites qui peuvent avoir des conséquences environnementales dévastatrices. Heureusement, la compagnie Sealweld de Calgary, en Alberta, soude des vannes dans le monde entier pour éviter des émanations de méthane nocif dans l’atmosphère.

Son système, qui permet de réparer les vannes endommagées sans les fermer, peut faire économiser des millions de dollars par jour.

« C’est un moyen efficace de réduire le réchauffement climatique », explique Dean Chisholm, président de Sealweld, qui ajoute que le méthane pollue 21 fois plus que le gaz carbonique, principal coupable des effets de serre.

Transformation du gaz brut en énergie propre

Partout au pays, la québécoise Xebec Adsorption Inc., de Blainville, conçoit des solutions novatrices qui transforment les gaz bruts en sources d’énergie propre – servant surtout de carburant de transport. Elle se concentre sur la valorisation du biogaz, la déshydratation du gaz naturel et la purification de l’hydrogène.

Les exportations représentent 80 % des ventes de Xebec, à laquelle EDC a accordé du crédit et du financement préexpédition. Ses principaux marchés étrangers sont l’Asie et les États-Unis, et elle a une usine et un bureau de ventes à Shanghaï.

Elle maximise sa chaîne d’approvisionnement chinoise pour réduire ses coûts d’achat et ainsi profiter de la proximité de son marché principal, souligne Éric Favreau, vice-président et chef de la direction financière chez Xebec.

Élimination des déchets pétroliers

Plus à l’est, à St. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador), la filiale de West Mountain Capital Inc., Phase Separation Solutions Inc., utilise une technique thermique séparant les hydrocarbures (chlorés et non chlorés, notamment le pétrole, les BPC et les pesticides) de matériaux comme la terre et les boues.

La Chine est maintenant son unique marché. « Nous avons deux coentreprises en Chine qui récupèrent le pétrole des boues pétrolières, et une autre qui se concentre sur la décontamination des sols », précise Paul Antle, président et chef de la direction de West Mountain Capital.

La compagnie traite tous les déchets, qu’ils proviennent de navires-citernes ou d’entrepôts de pétrole, pour les revendre ou les réutiliser.

Le système ne produit aucune émission et recycle les eaux usées. « C’est vraiment une technologie propre inoffensive qui nous permet de réduire les déchets et d’en tirer de la valeur », dit M. Antle.

Sécurisation des pipelines mondiaux

Le forage de puits de gaz naturel a des incidences environnementales que de nombreuses compagnies canadiennes – utilisatrices de technologies propres et avancées – réussissent à réduire mondialement.

Le forage de puits de gaz naturel a des incidences environnementales que de nombreuses compagnies canadiennes – utilisatrices de technologies propres et avancées – réussissent à réduire mondialement.

Entreprise familiale fondée en 1969, Sealweld Corporation a travaillé sur presque tous les grands pipelines du monde, pour des clients comme la canadienne Trans-Canada Pipelines Limited, la russe Gazprom et la saoudienne Saudi Aramco.

L’entreprise prospère, car la plupart des pipelines ont plus de 50 ans, bien plus que la durée de vie de 35 ans prévue à leur conception.

« Les pipelines prennent de l’âge, et partout le personnel de maintenance est licencié pour augmenter les profits, ce qui crée plus de fuites », note M. Chisholm, qui ajoute que les pipelines peuvent durer longtemps s’ils sont bien entretenus.

La compagnie se concentre sur la réparation des gazoducs. Comme le gaz est sec, la plus petite éraflure risque de créer une fuite. Les oléoducs ont moins de problèmes parce que le pétrole est autolubrifiant.

Que les gazoducs soient sur terre, en mer, au-dessus ou au-dessous du sol, « les vannes sont les mêmes, et les solutions aussi », dit-il.

Sealweld réalise 80 % des ventes à l’exportation, dans plus de 90 pays (Chine, États-Unis, Russie, Arabie saoudite et Union européenne notamment) depuis dix ans.

Au cours des cinq dernières années, ces exportations ont explosé de 300 %, avec l’envergure croissante du programme de formation ValvePro, qui apprend aux techniciens des clients de Sealweld à souder les vannes eux-mêmes.

Des clients l’ont adopté dans plus de 30 pays et il a été traduit en plusieurs langues. Les cours sont donnés dans les locaux de la compagnie au Canada (Calgary), aux États-Unis (Houston), en Chine et même dans l’île isolée de Sakhaline, en Russie.

« Le transfert de technologie est une énorme activité pour nous, explique M. Chisholm. Les stagiaires deviennent de très bons clients et reçoivent des formations continues ou avancées.

Nous offrons aussi un programme de certification des instructeurs.

« Nous gagnons d’ailleurs de nouveaux clients grâce à ces cours. Lorsque les ingénieurs du gazoduc que nous avions formés en Chine ont été mutés en Ouzbékistan, ils nous ont demandé de réparer les fuites là-bas aussi – une grosse commande », déclare-t-il.

Plus d’options pour les clients

Les réparations de pipelines par Sealweld réduisent les coûts des clients et les gaz à effet de serre. Photo offerte par Sealweld Corporation.

Les réparations de pipelines par Sealweld réduisent les coûts des clients et les gaz à effet de serre. Photo offerte par Sealweld Corporation.

Depuis plus de dix ans, Sealweld a recours à divers services d’EDC, comme l’Assurance comptes clients, le financement préexpédition, les garanties bancaires et les conseils sur la solvabilité des clients étrangers ou sur les risques inhérents à leurs pays.

« C’est un immense avantage parce que je peux ainsi offrir diverses options à mes clients, qui autrement auraient à payer comptant pour traiter avec nous. »

Les services d’EDC sont devenus encore plus importants pour Sealweld depuis la crise de 2008, qui a depuis rendu les transactions bancaires souvent plus difficiles, selon M. Chisholm.

Par exemple, lorsque la société d’État des pipelines de l’Ouzbékistan a voulu régler par lettre de crédit, elle n’a pas pu s’entendre avec la banque de Sealweld sur le libellé.

« Cela a duré des semaines, soupire M. Chisholm. Finalement, nous avons résolu le problème grâce à l’assurance à l’exportation d’EDC. »

Les méandres de la route

Xebec transforme le gaz brut en énergie propre. Photo offerte par Xebec Adsorption Inc.

Xebec transforme le gaz brut en énergie propre. Photo offerte par Xebec Adsorption Inc.

Selon M. Favreau, si la faiblesse actuelle des cours du gaz naturel a ralenti les éco-investissements, c’est temporaire, et il prévoit de bonnes commandes pour Xebec dans les années à venir, qu’il s’agisse de séchoirs gaz pour les stations de ravitaillement des véhicules, d’usines de traitement du biogaz ou de traiteurs de récupération de l’hydrogène.

Il s’attend à ce que les États-Unis et le Canada adoptent bientôt des lois sur l’énergie qui favoriseront une solide croissance dans les domaines où excelle Xebec.

En particulier, sa technologie de purification peut aider à nettoyer le gaz associé (gaz naturel découvert en association avec le pétrole), qui peut alors être utilisé pour remplacer le diesel, le gaz propane ou de chauffage.

Les perspectives sont tout aussi bonnes pour les séchoirs gaz. « On assiste à de grandes campagnes de conversion des moteurs diesel au gaz naturel » pour les parcs de poids lourds, signale M. Favreau, qui pense que le nombre des stations de ravitaillement passera de 1 000 aujourd’hui à environ 15 000 dans dix ans en Amérique du Nord.

Actuellement, « nous visons la Californie, où les règlements environnementaux créent une demande pour nos produits », dit-il.

Cependant, le protectionnisme américain menace les exportations, selon lui. Pour tenter de contrer les politiques Achetez américain, Xebec ouvrira probablement une usine près de la frontière État de New York-Québec d’ici deux ans.

Toujours plus loin

Phase Separation Solutions, filiale de West Mountain, récupère le pétrole de la terre et des boues. Photo offerte par West Mountain Capital Inc.

Phase Separation Solutions, filiale de West Mountain, récupère le pétrole de la terre et des boues. Photo offerte par West Mountain Capital Inc.

Chez West Mountain Capital, les marchés canadien et américain étaient arrivés à maturité et M. Antle a donc commencé à regarder ailleurs.

Après avoir examiné les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), la compagnie a décidé que la Chine était un marché à fort potentiel de croissance, en justifiant ce choix notamment par son assiette fiscale relativement stable et par sa décision de s’attaquer aux enjeux environnementaux.

« Les gens craignent encore le régime communiste, mais il est beaucoup plus ouvert qu’avant. Le gouvernement agit rapidement, joint le geste à la parole et il a un grand appétit pour les technologies.

« D’autre part, le réveil de la société chinoise fait qu’elle ne se sent plus obligée de supporter la pollution. Le gouvernement subit donc des pressions supplémentaires pour régler les problèmes environnementaux.

« Les Chinois ne veulent plus de smog quotidien, ils désirent une bonne qualité de l’air, de l’eau potable et des légumes frais sans pesticides. Nous sommes arrivés sur ce marché au bon moment : le gouvernement changeait ses politiques », explique M. Antle.

Cependant, West Mountain a pénétré le marché chinois à contre-sens. Au lieu de créer des partenariats avec des acteurs locaux pour ses soumissions, comme il l’a fait partout ailleurs, M. Antle a compris que les voies conventionnelles ne marcheraient pas sur ce marché.

La compagnie a donc pris le risque d’investir en Chine avant d’y conclure un contrat. En 2010, elle s’est engagée à investir en transfert de technologie, a ouvert une petite usine sur place, recherché et mobilisé de bons partenaires locaux, puis a approfondi ces relations et en 2012, après avoir fabriqué une unité de traitement des sols, a remporté son premier contrat en solo.

Au moment d’obtenir ce contrat, et d’autres, elle a eu besoin de capitaux additionnels, et EDC lui a accordé une garantie de prêt. « Sans cela, nous n’aurions jamais obtenu le financement relais de notre banque », dit M. Antle.

Pour mieux se protéger, West Mountain a aussi pris une Assurance risques politiques, qui couvre son matériel.

Champ de rêves

Conclusion tirée de l’expérience chinoise, d’après M. Antle : « C’est l’approche “allons-y et ils suivront”, plutôt qu’essayer de trouver le catalyseur qui vous ouvrira les portes ».

Avant de conclure des contrats, les Chinois aiment savoir que les compagnies s’engagent envers leur pays. « Nous avons joué le jeu et avons gagné. »

La compagnie a maintenant trois projets importants en cours, en coentreprise, en Chine, axés sur la décontamination des sols et la récupération de pétrole des boues.

Essayer de comprendre les rouages des affaires en Chine peut être frustrant à l’occasion, selon M. Antle, comme ce qu’il appelle la méthode chinoise des négociations interminables, mais il s’agit de petits ennuis sur un marché extrêmement prometteur.

« Le marché est si grand qu’il me faudrait 20 vies pour profiter de tous les débouchés. Nous en avons refusé quelques-uns récemment, à cause de leur taille. »

Six conseils aux exportateurs

Éric Favreau, de Xebec Adsorption :
  • Concentrez-vous sur les marchés étrangers où les ventes sont plus aisées. Certains pays ont des barrières non tarifaires qui créent de grandes difficultés pour les exportateurs canadiens.
  • Établissez une présence aux États-Unis, qui pourra en partie compenser les effets d’Achetez américain.
Dean Chisholm, de Sealweld :
  • Apprenez aux gens à l’étranger à utiliser votre technologie. « La porte vous est grand ouverte si vous dites que vous pouvez leur apprendre à le faire eux-mêmes. »
  • Assistez à des salons et des conférences. C’est là où Sealweld a convaincu beaucoup de compagnies que la fermeture des pipelines n’est pas la seule solution pour les réparer.
Paul Antle, de West Mountain Capital :
  • Allez à contre-sens, s’il le faut. West Mountain a joué et gagné en établissant une présence en Chine avant d’y remporter un contrat.
  • Acceptez un prix plus bas, si cela a du sens. Dans des pays comme la Chine, les possibilités d’obtenir des volumes élevés font plus que remplacer les marges perdues.

La demande mondiale de technologies propres ne peut que croître…

C’est ce que dit Reid McDougall, gestionnaire de la présélection et l’évaluation à Technologies du développement durable du Canada (TDDC), qui a investi quelque 85 millions de dollars dans 29 projets écotechs pour le pétrole et le gaz.

« L’intérêt croît dans le secteur pétrolier et gazier pour les écosolutions, note M. McDougall. La demande est vraiment tirée par des compa­gnies cherchant à devenir plus compétitives, à augmenter la valeur pour leurs actionnaires et à obtenir de meilleurs résultats – tout en gérant leur empreinte écologique. »

TDDC fournit une aide financière aux compa­gnies qui développent des technologies propres, tandis qu’EDC contribue au financement de leur exportation. L’an dernier, elles ont signé un accord de collaboration pour renforcer les capacités internationales du Canada dans ce secteur.

« Nous cherchons toutes deux à ouvrir de bons marchés d’exportation pour le travail novateur des Canadiens en technologies propres », dit M. McDougall.

Les écoprojets sont financés par TDDC, au nom du gouvernement canadien, qui comble l’écart entre le développement des technologies et la commercialisation. L’objectif est de bâtir une infrastructure des écotechs qui engendrera emplois, croissance et occasions d’exportation.

Catégories Asie-Pacifique, Ecotechnologies, Mines et énergies

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