Le secteur canadien des services de champ pétrolifère se tourne vers l’exportation : entrevue avec Mark Salkeld de la Petroleum Services Association of Canada

Le secteur canadien des services de champ pétrolifère se tourne vers l’exportation : entrevue avec Mark Salkeld de la Petroleum Services Association of Canada

Le Canada est le cinquième producteur de gaz naturel et de pétrole brut, et les entreprises canadiennes sont reconnues dans plusieurs champs de l’industrie pétrolière et gazière. Alors pourquoi n’exportent-elles pas davantage? Exportateurs avertis a rencontré Mark Salkeld, président et chef de la direction de la Petroleum Services Association of Canada (PSAC), pour avoir son avis sur l’état du secteur.

Quels sont les occasions et les défis que présente l’industrie pétrolière et gazière canadienne?

Le principal obstacle est sans aucun doute le bas prix actuel du pétrole et du gaz naturel. Ensuite vient l’accès aux côtes. Avoir un seul client pour nos produits, c’est vraiment loin d’être l’idéal; la construction d’oléoducs maritimes élargirait évidemment nos marchés, mais fournirait aussi des emplois aux Canadiens. Voilà le principal débouché, puisque les entreprises membres de la PSAC devraient remplir les pipelines et faire en sorte qu’ils restent pleins. Le bas prix du pétrole est hors de notre contrôle, mais pas les oléoducs; le pays est libre d’en construire.

Quelles sont les caractéristiques d’une entreprise qui réussit dans le secteur du pétrole et du gaz naturel?

Les entreprises d’exploitation des champs pétrolifères qui survivent sont celles qui sont prudentes financièrement, qui affichent un excellent bilan et qui ont ce qu’il faut pour le maintenir. Celles qui n’ont pas de dettes ou qui les gèrent efficacement, donc qui peuvent faire des acquisitions et élargir leurs activités, parce que les débouchés de ventes, de fusions et d’acquisitions sont là.

J’imagine que certaines entreprises de l’Association sont préparées à faire face aux fluctuations du prix du pétrole.

La PSAC est née il y a 35 ans, au début des années 1980, pour montrer à quel point le Programme énergétique national nuisait à l’industrie. Certaines entreprises fondatrices – d’ailleurs toujours membres – sont encore en activité parce qu’elles ont su parer aux ralentissements, comme la crise économique mondiale et le surplus de pétrole actuel. En période d’essor, les jeunes entreprises ont de la difficulté à offrir plus de ressources matérielles et humaines aux clients locaux et internationaux. Comme les taux prêteurs sont très avantageux et l’accès au capital est facile, elles empruntent pour pouvoir répondre à la demande. Puis survient un surplus de pétrole imprévu, qui fait s’écrouler le secteur. Malgré leur succès et leur saine gestion, ces entreprises sont prises au dépourvu, car elles n’ont aucun coussin en cas de ralentissement prolongé.

Quelle place occupe l’exportation dans l’industrie pétrolière et gazière canadienne?

Voilà un sujet qui me passionne. La PSAC a réalisé une étude dans laquelle elle montre que les entreprises pétrolières et gazières canadiennes ont généré 42 milliards de dollars en recettes d’exportation. On parle d’entreprises établies au pays, qui paient des taxes fédérales et provinciales. Les exportations augmentent dans le secteur et je m’en réjouis. Je veux aider nos membres qui cherchent à exporter, que ce soit leurs produits, leurs services ou leur expertise. Je crois que le Canada a un rôle très important à jouer sur la scène mondiale en raison de ses connaissances, de son expertise et de sa façon éthiquement responsable de développer son secteur du pétrole et du gaz naturel.

Comme président et chef de la direction de l’Association, je fais tout ce que je peux pour présenter aux membres des possibilités d’exportation. Ce matin avec des représentants du gouvernement albertain, nous nous sommes penchés sur l’Amérique centrale, le Mexique et l’Amérique du Sud. Et je suis allé en Inde avec le gouvernement fédéral en novembre dernier pour promouvoir le commerce entre nos deux pays et repérer les possibilités pour les entreprises membres. Oui, le Canada a un rôle à jouer, mais il a aussi de nombreuses occasions de diffuser ses excellents produits et services sur les marchés du pétrole et du gaz naturel mondiaux.

Le Canada est-il traditionnellement plutôt refermé sur lui-même dans le secteur?

Oui, nous sommes assez prudents et conservateurs, et cela entre en ligne de compte. Il m’est arrivé de travailler en Australie, au large de la Grèce et en Sibérie occidentale pour des sociétés canadiennes, mais c’est plutôt rare. C’est en partie sur cette réalité que je souhaite travailler : je veux montrer aux entreprises d’ici la multitude de possibilités internationales. Les membres de la PSAC ont beaucoup à offrir, mais sont de nature prudente. Les Américains, eux, ont la réputation de prendre des risques, sans demi-mesures. Ils sont bien soutenus par leur gouvernement et sont les premiers à sauter sur une occasion.

Je sais qu’un soutien important est offert aux sociétés canadiennes voulant exporter, alors je fais tout ce que je peux pour qu’elles en profitent.

J’ai récemment organisé un colloque avec Exportation et développement Canada, la Banque de développement du Canada (BDC), l’Alberta Treasury Branch et Affaires mondiales Canada. Ensemble, ces organisations offrent plus d’un milliard de dollars en soutien aux sociétés canadiennes souhaitant exporter, alors la PSAC essaie de les faire connaître.

Au cours des 70 à 100 dernières années, le pétrole canadien a été utilisé pour répondre aux besoins du pays, ce qui fonctionne exceptionnellement bien. Le secteur compte 1 200 appareils d’entretien, 800 plateformes de forage et 10 entreprises de fracturation hydraulique qui maintiennent un niveau d’activité acceptable en temps de forte demande et de croissance – les entreprises membres de la PSAC sont très diverses. En période occupée, de 2011 à 2014 par exemple, de 10 000 à 12 000 puits étaient forés annuellement, ce qui était idéal parce que la seule demande nationale nous permettait de fonctionner à plein régime. Seulement quelques entreprises économisaient et cherchaient alors les occasions à l’étranger. La PSAC a bien quelques membres qui font de même, mais généralement, quand la demande est forte ici, on se dit qu’on n’a pas besoin de chercher ailleurs. Actuellement, la demande locale est faible, alors les entreprises ne refusent aucun contrat. Nous avons une entreprise de transport qui déplaçait des plateformes de forage et qui transporte maintenant des éoliennes.

Les chaînes d’approvisionnement jouent un rôle important dans l’industrie pétrolière et gazière. Comment une entreprise canadienne peut-elle s’intégrer à l’une d’elles?

D’abord, adhérez à la PSAC pour pouvoir profiter des occasions de réseautage. Vous pouvez aussi assister au Salon mondial du pétrole pour réseauter et explorer les possibilités. Prenez l’exemple de ce fabricant automobile qui ne produisait que des voitures. Quand le secteur de l’automobile s’est écroulé il y a quelques années, il a assisté au Salon, y a fait quelques rencontres et s’est rendu compte qu’en rééquipant son usine, il pouvait fabriquer des produits pour des clients de notre secteur. Aujourd’hui, 40 % de sa production est destinée au secteur de l’automobile et 60 %, à celui des sables bitumineux. Tout ça parce qu’il a pris l’initiative de venir voir ce qui se faisait ici.

Les sociétés canadiennes peuvent communiquer avec nous; elles n’ont pas à devenir membres immédiatement. Il s’agit simplement de s’engager dans l’industrie. Le reste peut attendre. D’ailleurs, la PSAC représente plusieurs entreprises qui s’intéressent aux écotechnologies; le virage est amorcé.

Avez-vous quelques conseils à donner aux PME de l’industrie pétrolière et gazière?

Cherchez des occasions d’élargir votre clientèle à l’échelle mondiale; envisagez les écotechnologies et soyez au fait des nouvelles technologies et des idées novatrices pour la production de pétrole et de gaz naturel. Le gouvernement connaît la valeur de notre industrie et sait qu’elle sera présente encore longtemps. Pour lui permettre de la soutenir, il faut emprunter la voie des technologies propres et durables et trouver des moyens toujours plus écologiques d’extraire le pétrole et le gaz naturel. 

Qu’est-ce que l’avenir réserve à l’industrie pétrolière et gazière canadienne?

Les temps seront durs pendant encore au moins un an. Il y aura plus de faillites, de fusions, d’acquisitions et d’efforts dans la recherche d’occasions internationales. Malgré les rumeurs voulant que le surplus mondial soit en train de s’équilibrer, il faudra encore du temps pour que le baril remonte à 60 ou 70 dollars et que les investisseurs reprennent confiance. Sans oublier les banques : quand les profits reprendront, elles réclameront leur dû. Ensuite, la main-d’œuvre : il faudra rapatrier les talents et remonter les niveaux d’activité.

Catégories Pétrole et gaz

Comments are closed.

Affichages connexes